Mise à jour le 08/04/2007
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San Finna N°408 du 09 au 15 Avril 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

  

A vue de monde

LIMITATION DES MANDATS PRESIDENTIELS
BIYA NON PLUS N’ENTENDRAIT PAS S’Y SOUMETTRE

La communauté internationale a changé d’attitude sinon de jurisprudence par rapport aux modifications des constitutions africaines. Il y a tout juste trois ou quatre ans, elle ne se faisait vraiment pas beaucoup entendre lorsque, ici et là, il venait à quelques dictateurs le désir de charcuter leurs Constitutions pour se maintenir au pouvoir. Ainsi en Tunisie, au Gabon, en Guinée, au Burkina Faso.., on a pu notamment taillader sans état d’âme des constitutions malgré les protestations populaires pour totalement déverrouiller les mécanismes limitatifs des mandats présidentiels ou pour donner des rabiots de mandat à des présidents insatiables de pouvoir. Non seulement, on n’a pas entendu de dénonciations venant de la communauté internationale mais quelques partenaires ont même pu murmurer que les formes ont été respectées et pire, que les gouvernés n’ont que les gouvernants qu’ils méritent. Au Burkina Faso en particulier, malgré les condamnations unanimes venant de milieux les plus divers, deux modifications sont passées en force avec un parti-Etat fortement représenté à l’Assemblée et bien sûr, aux ordres. La première a brisé la barrière de la limitation alors que la seconde, face au mécontentement populaire, était censée rétablir la limitation. Mais elle l’a fait en la biaisant.

Aujourd’hui, les choses ont changé par rapport à ce sport préféré des présidents africains qu’est le viol des constitutions aux fins de pérennisation aux affaires. On n’en rate pas une au niveau de la communauté internationale pour fustiger les « traficoteurs » de constitution. Kofi Annan, bien que sur le tard, les a dénoncés haut et fort au tout dernier sommet de l’Union africaine auquel il était invité. Lorsque Olosogun Obasanjo, après avoir vu faire tous ses pairs et rendu des services, à ce qu’on dit, dans l’affaire ivoirienne, s’est piqué de faire comme tout le monde, on lui a dit «doucement les basses ; pas touche à la constitution », et ce « même en recourant aux voies légales et constitutionnelles de révision ». Les USA, la France, l’Union Européenne, tous en chœur ont dit Non. Et Olosogun Obasanjo a reculé. Lorsque Museveni a décidé à son tour de passer par des voies légales et constitutionnelles pour briser les scellés de la limitation constitutionnelle des mandats, il a rencontré la même virulente opposition. C’est vrai que contrairement à Olosogun Obasanjo, il est passé outre mais on ne pourra pas reprocher à la communauté internationale d’avoir, comme par le passé, gardé motus et bouche cousue sur la forfaiture.

Aujourd’hui, c’est au tour de Paul Biya, le Camerounais, d’être gagné par le spleen de la retraite politique, et qui selon la même pathologie, envoie des coursiers tâter le pouls par rapport au déblocage de la limitation du mandat.

On se sait pas ce qu’il fera de l’avis de la communauté internationale mais il est heureux que sur cette affaire, elle adopte une attitude de confirmation de ce qui semble devenir maintenant une jurisprudence. C’est le cas en tout cas pour les USA, dont l’Ambassadeur Niels Marquardt, a été clair sur la question : « En ce qui concerne le mandat, c’est évidemment une question que les Camerounais doivent régler dans les discussions démocratiques entre eux. L’avis de mon pays à l’égard de ce genre de chose, qui n’est pas l’apanage du Cameroun, est le suivant : d’abord on respecte le droit des pays souverains de prendre leurs décisions. Mais, là où on a vu que l’impulsion d’un tel changement concerne le sort d’un seul homme au pouvoir, comme c’était le cas l’année dernière au Nigeria, quand il était question d’un changement constitutionnel pour permettre au président actuel de rester au pouvoir, nous avons dit qu’il vaut mieux respecter les limites, pour permettre à l’espace politique du pays de s’agrandir, et permettre aux autres qui veulent participer à la vie politique de tenter leur chance, de développer les générations futures. La question se pose à peine au Cameroun. Mais dans la mesure où elle se pose quand même, j’imagine que ce sera aussi notre position » (in Le Messager du 26/03/2007).

Voilà un message qui conforte a posteriori les arguments maintes fois invoqués au Burkina Faso par les opposants à la modification de la loi fondamentale et à sa fausse interprétation basée sur la non rétroactivité des lois pour permettre à Blaise Compaoré de briguer un troisième et même un quatrième mandat. C’est clair. Ici, on ne s’embarrasse plus ni de rétroactivité ni de conformité des révisions aux procédures légales et constitutionnelles. Seul le fait du démantèlement de la limitation du mandat est condamné en tant que tel.

L’Ambassadeur, malgré un langage diplomatique, ne souhaite donc pas que Paul Biya trafique la Constitution pour continuer à « squatter » le pouvoir comme il le fait depuis près de 25 ans. En 2011, date de la prochaine élection, après les deux mandats consécutifs que lui permet la Constitution actuelle, Paul Biya doit effectivement se retirer. Si les Camerounais ne manifestent pas contre les manœuvres qu’il entreprend actuellement pour charcuter la loi fondamentale, la forfaiture risque de passer. On dit même que si elle ne passe pas, Chantal son épouse (qui aurait les dents longues, dit-on) entendrait bien lui succéder. Ainsi, on priverait les Camerounais d’une réelle alternance comme d’ailleurs en Egypte où Hosni Moubarak vient de faire un coup d’Etat constitutionnel pour permettre à son fils Gamal de lui succéder puisque le parti au pouvoir dont il est l’étoile montante, le PND, est le seul parti à même de remplir les conditions requises pour présenter un candidat !

Ca suffit vraiment : les Camerounais (comme les Egyptiens..) ont droit à une vraie alternance. Et au plan international, on ferait mieux, pour avoir favorisé cette perversion de la démocratie, de trouver les parades efficaces à travers des conditionnalités nouvelles à intégrer dans la thématique de l’aide même si sur ce plan, la Chine joue les francs-tireurs.

CY

 




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