SCANDALE
A LA BANQUE MONDIALE
PAUL WOLFOWITZ FAIT TREMBLER LA MAISON
ET COMPROMET UN HEUREUX DESTIN
Lorsque
dans quelques années, on évoquera Paul
Wolfowitz avec le jugement de l’histoire, on retiendra
de lui l’image d’un homme promu à
un destin exceptionnel mais qu’il a gaspillé.
Ce qu’on retiendra, ce sera d’abord un nom,
un style. Paul Wolfowitz, »faucon » parmi
les « faucons », éminent sherpa élu
par George W. Bush au nombre des cerveaux de la politique
américaine. L’épisode de l’Irak
lui aura particulièrement permis de faire étalage
de sa fidélité autant que de ses compétences
dans le service de la ligne dure préconisée
par G. W. Bush pour combattre Saddam Hussein, et à
travers lui, le terrorisme international.
Mais les impondérables de la politique extérieure
et les évolutions de la situation en Irak ont
terni l’étoile des « durs»,
dont celle de Paul Wolfowitz. Cependant, le numéro
un américain saura préserver son lieutenant
de la défaveur populaire en l’envoyant
cultiver son jardin à la Banque Mondiale comme
patron de cette grande institution.
Ce ne fut pas facile. Mais il faut dire que dans cet
antre, la primauté de la parole est à
ceux qui contribuent le plus, financièrement
parlant. Et Paul Wolfowitz fut sacré patron de
la première banque mondiale de par la volonté
de la puissante Amérique.
Il aurait pu ainsi y couler des jours heureux mais,
et c’est là le deuxième trait que
l’histoire retiendra de lui, il a offert de lui
des images peu conformes au personnage « bon chic,
bon genre », rivé sur les principes et
propret, qu’on avait de lui.
Ainsi donc, il s’est offert en spectacle aux yeux
du monde entier en rentrant dans une Mosquée
avec des chaussettes trouées. Ca n’a l’air
de rien mais pour ce que les médias avaient construit
autour du personnage, ça apparaissait pour beaucoup
comme décalé, débraillé
et peu conforme à l’image stricte et ordonnée
qu’on donnait du personnage. Ces chaussettes trouées
n’ont pas pour rien fait le tour du monde !
Mais comme si ce but qu’il a marqué contre
lui-même ne suffisait pas, voilà qu’il
sert à la curiosité des journalistes et
autres paparazzi, une aventure amoureuse avec une certaine
Shaha Ali Riza, responsable de la communication de la
Banque Mondiale pour le Moyen Orient. Après son
arrivée à la tête de la Banque,
Paul Wolfowitz avait informé le Conseil d'administration
de la liaison qu'il entretenait avec elle et celui-ci
avait recommandé que sa compagne soit détachée
dans une autre administration pendant la durée
de son mandat.
En septembre 2005, elle rejoignit donc le département
d'Etat, soit six mois après l'arrivée
à la présidence de Wolfowitz. Payée
par la Banque, Shaha Ali Riza bénéficiera
d’une augmentation de salaire de plus de 60.000
dollars US. De quoi faire pâlir de jalousie le
Secrétaire d’Etat américain Condoleeza
Rice, qui ne touche pas autant pour le boulot qu’elle
abat !
Voilà l’estocade de trop que l’homme
s’est porté et qui non seulement compromet
sa présence à la tête de la Banque
Mondiale mais entache de façon lourde son destin.
Le mieux à faire dans ces conditions n’aurait-il
pas été de déposer, en bon gentleman,
sa démission comme on le fait en société
civilisée ? Eh bien, comme si le mauvais sort
s’acharnait pour lui, Paul Wolfowitz ne saisira
pas cette occasion. Il préfèrera seulement
présenter des excuses en reconnaissant ses torts.
Excuses qui, dans le contexte, ne semblent pas encore
recueillir une large adhésion pour passer l’éponge
puisque partout, montent en force des demandes quant
à sa démission.
C’est vrai que George W. Bush n’a pas lâché
son cheval et qu’il lui a même renouvelé
sa confiance mais de quel secours sera-t-il pour Paul
Wolfowitz quand on sait que dans l’institution,
on ne décolère pas contre lui ? Les choses
ne sont vraiment pas parties pour s’apaiser lorsqu’on
observe la crise qui menace l’institution avec
cette quasi-sédition des pays du Sud qui veulent
se libérer des serres des institutions de Bretton
Woods pour créer leur banque propre. Pour les
caciques de la banque, en plus de se tirer une balle
dans le pied, Paul Wolfowitz aura planté un coup
de couteau dans le dos de la banque des banques, et
ce à un moment plutôt critique.
On voit difficilement comment ce va-t-en guerre qui
avait lancé une action de purification de l’institution,
va s’en sortir. En effet, l'association des employés
de l'institution a demandé, jeudi dernier, son
départ :"Il doit agir avec honneur et démissionner"..(..)
Il doit reconnaître que sa conduite a compromis
l'intégrité et l'efficacité du
groupe Banque mondiale et a détruit la confiance
du personnel en son autorité".. L’association
a été rejointe par le Conseil d’administration
qui a condamné fortement le patron de la banque
en lui enjoignant de prendre ses responsabilités.
Quant au Comité pour l'annulation de la dette
du Tiers Monde (CADTM, il estime pour sa part qu’
« Alors qu’il se pose en apôtre de
la lutte contre la corruption, Wolfowitz est pris la
main dans le sac. La seule issue acceptable est sa démission
immédiate ».
Il faut croire que l’homme qui ne s’inquiète
pas le moins du monde de perdre jusqu’à
son honneur, finira par quitter sa planque et la scène
mondiale par un joli coup de pied, et il ne l’aura
pas raté.
La Rédaction