Mise à jour le 15/04/2007
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San Finna N°409 du 16 au 22 Avril 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

SCANDALE A LA BANQUE MONDIALE
PAUL WOLFOWITZ FAIT TREMBLER LA MAISON
ET COMPROMET UN HEUREUX DESTIN

Lorsque dans quelques années, on évoquera Paul Wolfowitz avec le jugement de l’histoire, on retiendra de lui l’image d’un homme promu à un destin exceptionnel mais qu’il a gaspillé.

Ce qu’on retiendra, ce sera d’abord un nom, un style. Paul Wolfowitz, »faucon » parmi les « faucons », éminent sherpa élu par George W. Bush au nombre des cerveaux de la politique américaine. L’épisode de l’Irak lui aura particulièrement permis de faire étalage de sa fidélité autant que de ses compétences dans le service de la ligne dure préconisée par G. W. Bush pour combattre Saddam Hussein, et à travers lui, le terrorisme international.

Mais les impondérables de la politique extérieure et les évolutions de la situation en Irak ont terni l’étoile des « durs», dont celle de Paul Wolfowitz. Cependant, le numéro un américain saura préserver son lieutenant de la défaveur populaire en l’envoyant cultiver son jardin à la Banque Mondiale comme patron de cette grande institution.

Ce ne fut pas facile. Mais il faut dire que dans cet antre, la primauté de la parole est à ceux qui contribuent le plus, financièrement parlant. Et Paul Wolfowitz fut sacré patron de la première banque mondiale de par la volonté de la puissante Amérique.

Il aurait pu ainsi y couler des jours heureux mais, et c’est là le deuxième trait que l’histoire retiendra de lui, il a offert de lui des images peu conformes au personnage « bon chic, bon genre », rivé sur les principes et propret, qu’on avait de lui.

Ainsi donc, il s’est offert en spectacle aux yeux du monde entier en rentrant dans une Mosquée avec des chaussettes trouées. Ca n’a l’air de rien mais pour ce que les médias avaient construit autour du personnage, ça apparaissait pour beaucoup comme décalé, débraillé et peu conforme à l’image stricte et ordonnée qu’on donnait du personnage. Ces chaussettes trouées n’ont pas pour rien fait le tour du monde !

Mais comme si ce but qu’il a marqué contre lui-même ne suffisait pas, voilà qu’il sert à la curiosité des journalistes et autres paparazzi, une aventure amoureuse avec une certaine Shaha Ali Riza, responsable de la communication de la Banque Mondiale pour le Moyen Orient. Après son arrivée à la tête de la Banque, Paul Wolfowitz avait informé le Conseil d'administration de la liaison qu'il entretenait avec elle et celui-ci avait recommandé que sa compagne soit détachée dans une autre administration pendant la durée de son mandat.

En septembre 2005, elle rejoignit donc le département d'Etat, soit six mois après l'arrivée à la présidence de Wolfowitz. Payée par la Banque, Shaha Ali Riza bénéficiera d’une augmentation de salaire de plus de 60.000 dollars US. De quoi faire pâlir de jalousie le Secrétaire d’Etat américain Condoleeza Rice, qui ne touche pas autant pour le boulot qu’elle abat !

Voilà l’estocade de trop que l’homme s’est porté et qui non seulement compromet sa présence à la tête de la Banque Mondiale mais entache de façon lourde son destin.

Le mieux à faire dans ces conditions n’aurait-il pas été de déposer, en bon gentleman, sa démission comme on le fait en société civilisée ? Eh bien, comme si le mauvais sort s’acharnait pour lui, Paul Wolfowitz ne saisira pas cette occasion. Il préfèrera seulement présenter des excuses en reconnaissant ses torts. Excuses qui, dans le contexte, ne semblent pas encore recueillir une large adhésion pour passer l’éponge puisque partout, montent en force des demandes quant à sa démission.

C’est vrai que George W. Bush n’a pas lâché son cheval et qu’il lui a même renouvelé sa confiance mais de quel secours sera-t-il pour Paul Wolfowitz quand on sait que dans l’institution, on ne décolère pas contre lui ? Les choses ne sont vraiment pas parties pour s’apaiser lorsqu’on observe la crise qui menace l’institution avec cette quasi-sédition des pays du Sud qui veulent se libérer des serres des institutions de Bretton Woods pour créer leur banque propre. Pour les caciques de la banque, en plus de se tirer une balle dans le pied, Paul Wolfowitz aura planté un coup de couteau dans le dos de la banque des banques, et ce à un moment plutôt critique.

On voit difficilement comment ce va-t-en guerre qui avait lancé une action de purification de l’institution, va s’en sortir. En effet, l'association des employés de l'institution a demandé, jeudi dernier, son départ :"Il doit agir avec honneur et démissionner"..(..) Il doit reconnaître que sa conduite a compromis l'intégrité et l'efficacité du groupe Banque mondiale et a détruit la confiance du personnel en son autorité".. L’association a été rejointe par le Conseil d’administration qui a condamné fortement le patron de la banque en lui enjoignant de prendre ses responsabilités.

Quant au Comité pour l'annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM, il estime pour sa part qu’ « Alors qu’il se pose en apôtre de la lutte contre la corruption, Wolfowitz est pris la main dans le sac. La seule issue acceptable est sa démission immédiate ».

Il faut croire que l’homme qui ne s’inquiète pas le moins du monde de perdre jusqu’à son honneur, finira par quitter sa planque et la scène mondiale par un joli coup de pied, et il ne l’aura pas raté.

La Rédaction





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