Mise à jour le 22/04/2007
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San Finna N°410 du 23 au 29 Avril 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
 

A vue de monde

ELECTIONS AU NIGERIA
OLOSOGUN OBASANJO S’INQUIETE
ET SOUHAITE LA LOYAUTE DU SCRUTIN

Le président nigérian vient d’exprimer son inquiétude par rapport au scrutin présidentiel et législatif et en appeler à la sagesse de ses compatriotes pour que la transparence soit au rendez-vous de ces élections. Les bras nous en tombent !

C’est bien cet homme-là, qui a déçu les mouvements de droits de l’homme, les démocrates, qui parle ainsi.

Il a oublié qu’il a trahi l’espoir de tous ceux qui ont cru que s’étant investi dans le domaine des ONG des droits humains après son premier passage au pouvoir, il ferait refleurir les droits de l’homme et de la démocratie au Nigeria, une fois réinstallé aux affaires. Non seulement, il n’a pas fait après son élection, ce qu’il disait (travailler pour éradiquer la corruption, implanter solidement la démocratie pour protéger les droits de l’homme) mais il s’est mis à agir comme tous ceux qu’il condamnait quand il se donnait comme exemple à suivre comme apôtre de la renaissance africaine.

Il s’est laissé enivrer par le pouvoir et a basculé ainsi dans la démesure. Une telle démesure qui lui a donné, à lui aussi, un tel tournis qu’il a été gagné par le rêve fou de charcuter la Constitution de son pays et de s’engager sur le terrain de la république monarchique.

Si la mobilisation interne et internationale l’en a empêché, il n’a pas pour autant baissé les armes puisqu’il s’est employé, par des méthodes les plus anti-démocratiques, à mettre les bâtons dans les roues de ses adversaires pour assurer la victoire de son successeur à laquelle il tient comme à la prunelle de ses yeux, parce que constituant (pense-t-il) sa meilleure protection contre les poursuites pénales qui lui pendent au nez, à lui et aux siens.

C’est cet homme-là qui aujourd’hui se permet (reconnaissant qu’il y a eu quelques fraudes lors des régionales) de prodiguer sur un ton docte, des conseils de loyauté, de probité électorale, à ses compatriotes. C’est un monde !

Félicitons tout de même les institutions judiciaires de ce pays. Contrairement à la plupart des pays africains, où les pouvoirs ont réussi à faire main basse sur les instruments électoraux et sur les organes judiciaires (notamment les Cour Suprême, Cour Constitutionnelle et autres), au Nigeria, la vampirisation des gouvernants n’a pas atteint ces organes clé de l’Etat. La justice en effet a toujours su s’y administrer, se distribuer, dans l’indépendance par rapport à l’Exécutif. Elle a démontré en particulier, dans l’opposition qui a existé entre le président Obasanjo et son vice président Atiku Abubakar. C’est ce qui a permis à ce dernier de pouvoir être candidat et de s’affronter avec Umaru Yar'Adua, candidat du président sortant. Nul doute que si la libre parole et le libre vote étaient laissés au peuple nigérian, il ne manquerait pas d’édifier l’opinion nationale et internationale sur sa volonté de liberté et son refus de captation par le pouvoir. Mais il y a le barrage de la fraude d’Etat que tout le monde reconnaît très fort, qui pour une fois, n’est pas tu par les médias. Le peuple saura-t-il briser ce barrage ? On n’en mettra pas sa main au feu, encore et surtout que le Nigeria, ne l’oublions pas, constitue une puissance énergétique qui intéresse bien de pays dont les USA qui s’y approvisionnent beaucoup plus qu’au Moyen Orient. Il faut craindre que la sécurité énergétique n’amène ces puissances à préférer l’ordre qu’incarnent Obasanjo et celui que pourrait donner son poulain, à l’inconnu que représentent des nouveaux venus qui pourraient être cause de bouleversement dans les contrats, de mollesse dans la répression des fauteurs de troubles, donc de désordre.

NDLR : Au moment de boucler cette édition, nous apprenons que le scrutin, émaillé de violences, aurait été douteux eu égard au nombre d’irrégularités observées partout. Le président du président du Transition Monitoring Group (TMG), Innocent Chukwuma, a estimé pour sa part qu’il fallait reprendre l’élection, celle-ci devant être annulée : "Nous allons demander de refaire l'élection. On ne peut pas se fonder sur les résultats dans la moitié du pays pour annoncer quel est le nouveau président" (Lu sur Le journal du dimanche du 22 avril 2007).

VT





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