San
Finna N°411 du
30 Avril au 05 Mai 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
RUPTURE
D’UNE DIGUE A SAABA
PLUS DE 3000 HABITANTS PRIVES D’EAU DEPUIS 2001
ONT PRIS LEUR DESTIN EN MAIN
Un
triste constat. Au Burkina Faso à quelques 15 km
de Ouagadougou, des populations souffrent de manque d’eau.
Et, tenez-vous bien, d’eau potable et d’irrigation.
C’est à Tanghin, localité située
à 5 km environ de Saaba que cela se constate.
Il
y a de cela 25 ans que le barrage de ce petit village
a été aménagé. C’était
à l’époque une association caritative,
dirigée par un prêtre (le frère Adrien)
qui avait pensé bon de le faire pour permettre
une indépendance hydrique à la localité.
En
2001 donc, la digue principale qui retenait l’eau
de ce barrage s’est brisée. Résultat
: les maraîchers qui dépendaient largement
de ce barrage sont obligés de migrer vers d’autres
localités pourvues d’eau ou de changer totalement
de secteurs d’activités. Certains d’entre
eux selon les informations que nous avons reçues,
sont obligés de se mettre dans le commerce de bois
de chauffe. Conséquence, la forêt se décime.
Nous
avons fait le déplacement sur cette localité
pour mieux comprendre le problème que vit Tanghin.
Il ressort des entretiens que nous avons eus et des constats
faits sur le terrain que les populations ont décidé
de refaire la digue que les autorités, malgré
les appels réitérés, n’ont
pas daigné reconstruire. Il faut voir ces centaines
de personnes ensemble sur le même terrain, rassemblant
du sable et construisant les bases en béton de
la digue (voir photos). Les gens travaillent jour et nuit
avec le soutien financier de fils du village vivant à
Ouagadougou.
Des
politiques ont fini par mettre la main à la pâte
mais les habitants l’ont fait savoir sans détour
: « Si vous voulez nous aider, faites-le, mais ne
comptez pas sur nos voix lors de ces élections
». Réaction légitime de personnes
qui ont expérimenté les promesses des gouvernants
qui gèrent ce pays depuis des lustres.
Voici
les sentiments des habitants de Tanghin, pris à
chaud pour vous. Nous avons même eu l’honneur
de tendre notre micro au Chef.
San
Finna : Bonjour Chef. Qu’avez-vous à porter
à la connaissance de nos lecteurs et de toute l’opinion
sur le problème de la cassure de la digue du barrage
de votre village ?
Chef
de Tanghin :
Ce que j’ai à dire à ce propos, c’est
que nous avons depuis plus de cinq ans, été
l’objet de flatteries de toutes sortes. Je veux
dire que, depuis que la digue a lâché, les
autorités et les politiques nous ont toujours promis
qu’on allait bénéficier à nouveau
d’un barrage bien construit, ce qui allait nous
permettre de mieux vivre ici à Tanghin. Avant chaque
élection, c’est la promesse qui nous est
faite mais une fois qu’ils sont élus, ils
ne pensent plus à ça. Nous sommes donc toujours
dans cette situation, sans eau, et nous sollicitons toujours
l’aide de nos concitoyens pour que nous sortions
de ce problème qui pénalise tout le village.
Actuellement, nous sommes obligés d’aller
jusqu’à Tansobtenga (localité située
à quelques kilomètres de Tanghin) pour demander
de l’eau. Il n’y a pas d’eau à
boire, les jeunes qui exerçaient dans la culture
maraîchère ont dû se chercher autre
chose à faire. Comment peut-on s’occuper
de culture si on n’a pas d’eau à boire
?
Les ministres viennent
nous promettre à chaque moment que les choses vont
rentrer dans l’ordre.
Il y a trois ans de cela,
Nikiéma Patrice (ancien Ministre et natif de la
région) était venu voir ce qui se passait
et avait promis que les travaux allaient démarrer
deux jours après. C’est totalement faux !
Personne n’est venu par la suite pour ça
!
Il n’y a pas longtemps
encore, il était là et nous a fait comprendre
que dans les affaires du Blanc, les choses ne sont jamais
rapidement exécutées. Tout cela est faux,
et c’est aujourd’hui que nous l’avons
réalisé. Il a donc tout laissé de
notre côté pour aller dans sa localité
d’origine pour aider à reconstruire le barrage
qui y est (NDLR : le barrage de Kaongo). Mais je ne pouvais
pas imaginer que lui, natif d’ici, allait oser nous
faire ça.
San
Finna : C’est donc vous qui avez décidé
que les habitants du village se concertent pour eux-mêmes
faire la digue ?
Le
Chef de Tanghin :
C’est bien moi qui ai pris la décision. J’ai
dit aux jeunes de voir ce qu’ils peuvent faire pour
que, lors de la saison pluvieuse, nous puissions quelque
peu retenir l’eau de pluie. C’est ainsi qu’ils
sont allés creuser pour la réfection de
la digue et contribuer chacun financièrement, avec
l’appui de toutes les familles de Tanghin, avec
des contributions de ressortissants du village résidant
à Ouagadougou. Certains ont contribué en
nature (sacs de ciment..) et d’autres, en nature.
Nous avons reçu environ 120 sacs de ciment et près
de 990.000 fcfa.
Après avoir entendu
le Chef, nous avons entendu 5 autres personnes. Chacune,
avec une virulence qui montre leur amertume face aux difficultés
que Tanghin et ses habitants vivent et face à l’indifférence
des autorités de ce pays qui frise la « foutaise
».
Mr Paul Rouamba, ressortissant
de Tanghin, rencontré sur le chantier de construction
de la digue en compagnie de ses fils, nous parle ici des
efforts faits par les villageois pour que la digue soit
refaite.
« Il y a de cela
5 ans que le barrage est cassé. Dans la même
période, celui de Kaongo était dans le même
état. Depuis ce temps, nous avons arpenté
toutes les voies possibles pour que notre barrage soit
réhabilité. Les jeunes du village sont même
allés voir le Ministre qui leur a fait comprendre
de laisser la digue céder complètement pour
qu’après, il voit ce qu’il peut faire.
Après ça, la digue a complètement
cédé et ils sont allés de nouveau
le voir. Il a encore fait comprendre qu’en début
de l’année suivante, tout allait être
fait pour la réhabilitation du barrage. Par la
suite, des études ont été faites.
On nous a dit qu’on a demandé des financements
pour le faire et que dans la même année,
nous aurons gain de cause. Une année est passée
encore sans que rien ne soit fait.
Cette année, nous
avons entendu qu’un projet avait reçu d l’argent
mais insuffisant pour la réhabilitation. C’est
ainsi que les jeunes, vu le manque de volonté au
niveau des autorités et projets, ont décidé
de s’associer pour reconstruire la digue. Ils sont
venus voir le Chef qui a donné tout de suite son
accord et les a encouragés en leur disant de ne
plus compter sur les politiciens qui sont toujours venus
pour leurs besoins électoralistes.
Après avoir cotisé
et entrepris de démarrer les travaux, des politiques
sont venus apporter leur soutien ainsi que des ressortissants
neutres de ce village.
Au jour d’aujourd’hui, nous pensons finir
le mur d’ici quelques jours mais il faut le renforcer
avec de la terre et c’est pour cela que nous avons
encore besoin de soutien pour que des machines viennent
en renfort pour mettre de la terre sur le mur. Dans le
cas contraire, nos efforts auront été vains.
Nous remercions donc votre journal de s’être
déplacé jusqu’ici pour que tous les
Burkinabé sachent la réalité sur
cette affaire ; et nous lançons un appel à
l’endroit de tous ceux qui peuvent nous aider, de
le faire avant que la saison pluvieuse ne rentre dans
sa phase décisive.
Monsieur Idrissa Rouamba
a tenu à ajouter quelque chose : Je vous remercie
d’avoir bien voulu porter un regard sur notre situation.
Je voudrais dire que la problème que nous connaissons
est très sérieux et qu’il mobilise
tous les habitants du village. (NDLR : effectivement,
il y avait là 85 femmes et 75 hommes sur le chantier).
Si tout ce beau monde est sorti c’est que le barrage
est vital pour tous. Ces gens travaillent là sans
manger pendant le travail. Ce que les autorités
ont fait n’est pas bien du tout mais là où
nous en sommes nous n’avons pas d’orgueil.
Ils viennent à tout moment nous promettre mais
nous savons maintenant à quoi nous en tenir.
Monsieur Issa Rouamba
: Nous avons, grâce à un prêtre, reçu
une formation à Koubri sur l’entretien des
barrages. Cette formation a concerné plusieurs
d’entre nous. (Ceux qui nous ont formé nous
remettront plus tard, un don de 400.000 f pour l’entretien
du barrage). Elle s’est déroulée dans
la première année de la rupture de la digue.
Mais déjà, à cette époque,
nous prenions tous les contacts pour trouver des personnes
qui nous viendraient en aide.
Il y a 3 ans, nous avons
commencé à avoir des promesses de certains
politiques qui effectuaient le déplacement pour
constater nos difficultés mais par la suite, nous
nous sommes rendu compte que tout cela était du
pipeau.
Entre temps, nous avons
rédigé une demande qui a été
transmise au Projet Petit barrage de Ziniaré. Depuis
ce temps, nous poursuivons ce dossier mais en vain.
Monsieur Nonguierma, chef de ce projet, ne nus avant jamais
dit auparavant que le barrage ne sera pas refait. A chaque
moment, on nous dit que le problème sera réglé
et ainsi de suite.
L’année dernière,
nous avions foi que la digue ainsi que tout le barrage
seront refaits. Ils avaient fait venir des ingénieurs
qui ont fait des études. Malgré tout, nous
n’avons rien vu comme travaux à l’approche
de la saison pluvieuse. Nous avons souffert des promesses
non tenues. Nous avons été très déçu
car nous avons beaucoup perdu.
C’est comme ça
que nous avons pensé refaire nous-mêmes la
digue.
Monsieur Arouna Yanogo.
Il a voulu intervenir car son domaine, la culture maraîchère,
a été totalement affecté. Lisez plutôt.
Nous sommes allés
effectivement partout pour qu’on nous aide. Depuis
décembre 2006, nous nous sommes concertés
pour réaliser les travaux que vous voyez. Nous
ne sommes pas content qu’on nous ait fait traîner
car nous aurions pris nos responsabilités, si on
avait su. Et nous aurions moins souffert. Nous sommes
200 personnes à pratiquer dans la culture maraîchère
et nous peinons beaucoup à nous retrouver.