DE
LA NECESSAIRE RELANCE
D’UN DIALOGUE INTER BURKINABE
Ce
n’est pas seulement aux hommes que s’imposent
la nécessité et les vertus de l’introspection.
Les collectivités humaines y sont aussi astreintes.
C’est donc à raison que des voix s’élèvent
au Burkina Faso pour demander, face à la montée
de la contestation, une pause, un examen de conscience
pour repartir sur de bonnes bases. Mais la sagesse ne
semble pas habiter nos gouvernants puisqu’ils
mènent tambour battant, leur gouvernance au point
d’exposer le pays à la rupture dans ses
équilibres économiques et démocratiques.
Ainsi ont été engagées les élections
législatives alors que le passif électoral
était trop lourd : fichier électoral défectueux,
fraudes… Le dialogue inter burkinabé, dans
ces conditions, si l’on n’y prend garde,
risque de venir comme le médecin après
la mort.
En
effet, le peuple burkinabé, depuis la chute du
Conseil National de la Révolution du Capitaine
Thomas SANKARA jusqu’aux élections Municipales
de novembre 2006, est en manque de son consensus national
: consensus de gouvernance, consensus éthique
et moral, consensus de justice, consensus de répartition
des retombées des fruits de la croissance, somme
toute nécessaire à la cohésion
et à la paix sociale tant vantée. Seulement,
de nombreux crimes économiques et politiques
ont été rangés dans les placards.
L’odeur de la pourriture a embaumé les
rapports sociaux et internationaux de la Nation, à
telle enseigne qu’il aura fallu lancer l’idée
d’un Forum National de la Réconciliation,
qui s’était terminé en queue de
poisson au bonheur du l’actuel locataire du Palais
de Kossyam. La Journée du Pardon aura été
comme un « mini sommet » national susceptible
de blanchir d’un trait toutes les tâches
de sang du Conseil de l’Entente et d’autres
lieux comme Sapouy, Boussé, etc. Seulement voilà,
« l’amnésie des peuples » chère
à l’ancien Président béninois
Nicéphore SOGLO, ne s’applique pas à
la lettre au peuple burkinabé.
Rien
que depuis le début de l’année 2007,
on a eu droit à pas moins de trois grèves
et à d’autres tentatives pour réclamer
Justice et de meilleures conditions de travail. La commémoration
de la Fête du 1er Mai aura été le
summum par la remise officielle des doléances
– quasi identiques - pour transmission à
qui de droit. Courtoisie de la République vis-à-vis
de ses « vaillants travailleurs », le Ministre
Jérôme BOUGOUMA avec sourire aux lèvres,
a signé le « Cahier de transmission »
et promis de faire le nécessaire. On aura relevé
la forte participation des femmes à la marche
organisée, preuve de leur engagement social,
mais aussi expression de leur soutien aux hommes censés
rapporter « la popote ».
Une chose est certaine, l’appauvrissement généralisé
et aggravant de chaque Burkinabé est une réalité
quotidienne, qui, par ses insidieuses et multiples facettes
a désorienté les « hommes intègres
» dans leur comportement. Ce calme apparent dont
se targue les dirigeants dans leurs allocutions pour
attirer d’éventuels potentiels investisseurs,
cache très mal une situation explosive. Les cœurs
qui se remplissent de haine chaque jour, goutte à
goutte, prouvent si besoin en était, la nécessité
pressante d’instaurer ou de relancer un dialogue
inter burkinabé. Comme de beaux diables, l’on
se bat en solitaire avec le ferme espoir de «
réussir », de se sortir de cette misère
sciemment créée et entretenue à
des fins électorales. Les chiffres arrondis de
la croissance économique n’arrondiront
pas les fins de mois des fonctionnaires et des agents
du secteur privé. A telle enseigne que, par un
savant dosage de dénigrement, d’intimidations
de militants, d’achats de conscience et d’une
politique extraordinaire nationale et internationale
de communication, le pouvoir est parvenu, par un subterfuge
de transfert psychologique de la rancœur du peuple
censée lui être destinée, à
imputer à l’Opposition, voire à
la Société Civile, la responsabilité
de la morosité nationale. Que nenni ! Même
les déroulements successifs sans accroc majeur
des différents scrutins, mis au compte «
de la consolidation de la démocratie dans notre
pays », ressemblent à une fuite en avant
des préoccupations majeures de la majorité
des citoyens.
Et
pourtant ! Les affrontements des 20 et 21 décembre
2006, la fronde populaire sur le port du casque, l’affaire
des Kundé, les récents mouvements d’humeurs
de la Garde de Sécurité Pénitentaire,
de Yalgado, de la SONAR, et de celui avorté des
Magistrats, sont encore vivaces et montrent que les
choses vont très mal au fond. Le Burkina se retrouve,
comme si l’Histoire se répétait,
à la situation des années 74/76 où
la gravité de la situation sociale avait valu
au Général Sangoulé LAMIZANA de
créer la Commission Spéciale dans un contexte
d’agitation politique et sociale. Mieux, l’application
des propositions des membres de l’illustre organe
temporaire avait permis de sauver l’essentiel
et de remettre la Nation sur les rails de la vraie démocratie
en 1978. Aujourd’hui, le drame vient du refus
des dirigeants de voir la réalité, de
l’accepter et d’en appeler à la contribution
des forces vives pour une sortie de crise. Car crise,
il y en a et Dieu seul sait jusqu’où elle
aboutira, tant les dés du jeu démocratique
ont été pipés : le fichier électoral,
les coups d’Etat dans les partis, la « belle
dame » corruption avec sa jupe rose, les détournements
et la morale qui agonise au Faso.
Quelle
que soit l’issue du scrutin, il nous semble, au
vu de ce qui précède, qu’il faille
ouvrir un débat national après que nous
ayons aidé nos voisins togolais, ivoiriens et
autres à se réconcilier. Car nous-mêmes
avons besoin de la vérité sur certains
dossiers pendants, gage de prémices d’une
réelle réconciliation nationale ; réconciliation
d’autant nécessaire que cette manie à
emballer les dossiers dans du papier « alu »
pour ensuite les ranger au réfrigérateur
risque à terme de faire sauter la marmite. «
Gouverner c’est prévoir ». De ce
fait, nos gouvernants devraient convoquer après
ces élections des assises dont la dénomination
reste à trouver, pour éplucher toutes
les questions brûlantes de la République.
Marquer une pause dans notre processus démocratique
ne serait pas superflu dans cette mondialisation qui
nous encercle chaque jour, et au finish, fera de nous
les ouvriers de la termitière humaine.
Que
la IVe République ait ce courage de reconnaître
les griefs portés contre elle, notamment sur
les questions de Gouvernance, d’Ethique, de Morale
et de Justice. Les sorties répétées
de l’opposition vraie, des syndicats, de l’Eglise
et de mouvements divers ne sont pas le fait d’une
politique politicienne mais un cri de cœur de citoyens
soucieux de l’avenir de notre Nation.
La Rédaction