Mise à jour le 06/05/2007
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San Finna N°412 du 07 au 13 Mai 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

DE LA NECESSAIRE RELANCE
D’UN DIALOGUE INTER BURKINABE

Ce n’est pas seulement aux hommes que s’imposent la nécessité et les vertus de l’introspection. Les collectivités humaines y sont aussi astreintes. C’est donc à raison que des voix s’élèvent au Burkina Faso pour demander, face à la montée de la contestation, une pause, un examen de conscience pour repartir sur de bonnes bases. Mais la sagesse ne semble pas habiter nos gouvernants puisqu’ils mènent tambour battant, leur gouvernance au point d’exposer le pays à la rupture dans ses équilibres économiques et démocratiques. Ainsi ont été engagées les élections législatives alors que le passif électoral était trop lourd : fichier électoral défectueux, fraudes… Le dialogue inter burkinabé, dans ces conditions, si l’on n’y prend garde, risque de venir comme le médecin après la mort.

En effet, le peuple burkinabé, depuis la chute du Conseil National de la Révolution du Capitaine Thomas SANKARA jusqu’aux élections Municipales de novembre 2006, est en manque de son consensus national : consensus de gouvernance, consensus éthique et moral, consensus de justice, consensus de répartition des retombées des fruits de la croissance, somme toute nécessaire à la cohésion et à la paix sociale tant vantée. Seulement, de nombreux crimes économiques et politiques ont été rangés dans les placards. L’odeur de la pourriture a embaumé les rapports sociaux et internationaux de la Nation, à telle enseigne qu’il aura fallu lancer l’idée d’un Forum National de la Réconciliation, qui s’était terminé en queue de poisson au bonheur du l’actuel locataire du Palais de Kossyam. La Journée du Pardon aura été comme un « mini sommet » national susceptible de blanchir d’un trait toutes les tâches de sang du Conseil de l’Entente et d’autres lieux comme Sapouy, Boussé, etc. Seulement voilà, « l’amnésie des peuples » chère à l’ancien Président béninois Nicéphore SOGLO, ne s’applique pas à la lettre au peuple burkinabé.

Rien que depuis le début de l’année 2007, on a eu droit à pas moins de trois grèves et à d’autres tentatives pour réclamer Justice et de meilleures conditions de travail. La commémoration de la Fête du 1er Mai aura été le summum par la remise officielle des doléances – quasi identiques - pour transmission à qui de droit. Courtoisie de la République vis-à-vis de ses « vaillants travailleurs », le Ministre Jérôme BOUGOUMA avec sourire aux lèvres, a signé le « Cahier de transmission » et promis de faire le nécessaire. On aura relevé la forte participation des femmes à la marche organisée, preuve de leur engagement social, mais aussi expression de leur soutien aux hommes censés rapporter « la popote ».

Une chose est certaine, l’appauvrissement généralisé et aggravant de chaque Burkinabé est une réalité quotidienne, qui, par ses insidieuses et multiples facettes a désorienté les « hommes intègres » dans leur comportement. Ce calme apparent dont se targue les dirigeants dans leurs allocutions pour attirer d’éventuels potentiels investisseurs, cache très mal une situation explosive. Les cœurs qui se remplissent de haine chaque jour, goutte à goutte, prouvent si besoin en était, la nécessité pressante d’instaurer ou de relancer un dialogue inter burkinabé. Comme de beaux diables, l’on se bat en solitaire avec le ferme espoir de « réussir », de se sortir de cette misère sciemment créée et entretenue à des fins électorales. Les chiffres arrondis de la croissance économique n’arrondiront pas les fins de mois des fonctionnaires et des agents du secteur privé. A telle enseigne que, par un savant dosage de dénigrement, d’intimidations de militants, d’achats de conscience et d’une politique extraordinaire nationale et internationale de communication, le pouvoir est parvenu, par un subterfuge de transfert psychologique de la rancœur du peuple censée lui être destinée, à imputer à l’Opposition, voire à la Société Civile, la responsabilité de la morosité nationale. Que nenni ! Même les déroulements successifs sans accroc majeur des différents scrutins, mis au compte « de la consolidation de la démocratie dans notre pays », ressemblent à une fuite en avant des préoccupations majeures de la majorité des citoyens.

Et pourtant ! Les affrontements des 20 et 21 décembre 2006, la fronde populaire sur le port du casque, l’affaire des Kundé, les récents mouvements d’humeurs de la Garde de Sécurité Pénitentaire, de Yalgado, de la SONAR, et de celui avorté des Magistrats, sont encore vivaces et montrent que les choses vont très mal au fond. Le Burkina se retrouve, comme si l’Histoire se répétait, à la situation des années 74/76 où la gravité de la situation sociale avait valu au Général Sangoulé LAMIZANA de créer la Commission Spéciale dans un contexte d’agitation politique et sociale. Mieux, l’application des propositions des membres de l’illustre organe temporaire avait permis de sauver l’essentiel et de remettre la Nation sur les rails de la vraie démocratie en 1978. Aujourd’hui, le drame vient du refus des dirigeants de voir la réalité, de l’accepter et d’en appeler à la contribution des forces vives pour une sortie de crise. Car crise, il y en a et Dieu seul sait jusqu’où elle aboutira, tant les dés du jeu démocratique ont été pipés : le fichier électoral, les coups d’Etat dans les partis, la « belle dame » corruption avec sa jupe rose, les détournements et la morale qui agonise au Faso.

Quelle que soit l’issue du scrutin, il nous semble, au vu de ce qui précède, qu’il faille ouvrir un débat national après que nous ayons aidé nos voisins togolais, ivoiriens et autres à se réconcilier. Car nous-mêmes avons besoin de la vérité sur certains dossiers pendants, gage de prémices d’une réelle réconciliation nationale ; réconciliation d’autant nécessaire que cette manie à emballer les dossiers dans du papier « alu » pour ensuite les ranger au réfrigérateur risque à terme de faire sauter la marmite. « Gouverner c’est prévoir ». De ce fait, nos gouvernants devraient convoquer après ces élections des assises dont la dénomination reste à trouver, pour éplucher toutes les questions brûlantes de la République. Marquer une pause dans notre processus démocratique ne serait pas superflu dans cette mondialisation qui nous encercle chaque jour, et au finish, fera de nous les ouvriers de la termitière humaine.

Que la IVe République ait ce courage de reconnaître les griefs portés contre elle, notamment sur les questions de Gouvernance, d’Ethique, de Morale et de Justice. Les sorties répétées de l’opposition vraie, des syndicats, de l’Eglise et de mouvements divers ne sont pas le fait d’une politique politicienne mais un cri de cœur de citoyens soucieux de l’avenir de notre Nation.

La Rédaction





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