ELECTIONS
LEGISLATIVES DE 2007
LES ASPECTS TOUJOURS BANALISES DE LA FRAUDE
Insidieusement,
consultation après consultation, la fraude est
devenue une réalité vivante des élections
au Burkina Faso. Le pouvoir joue d’autant plus
sur le velours, de nos jours, qu’il a totalement
maîtrisé le fichier électoral, qu’il
a en mains une CENI qui lui obéit au doigt et
à l’œil ayant su y inféoder
la société civile et bon nombre de partis
politiques d’opposition. Le parti au pouvoir a
ainsi toute latitude pour conduire à sa guise
le processus électoral surtout qu’il a
révisé les textes électoraux à
sa convenance, sans le moindre esprit de consensus,
que les morts, les absents, les personnes fictives votent
toujours, que l’ encre reste irrémédiablement
indélébile et que, contrairement aux demandes
de l’opposition relatives à l’imposition
d’un seul document sécurisé pour
la votation (ce qu’il encourage dans d’autres
pays, notamment au Togo et en Côte d’Ivoire),
il maintient toujours envers et contre tout la multiplicité
des documents d’identification pour le vote. Tant
pis si une même personne peut voter avec le passeport
dans un bureau de vote, le permis de conduire dans un
deuxième, la carte d’identité dans
un troisième, le livret de famille dans un quatrième
et l’extrait d’acte de naissance dans un
cinquième. D’ailleurs, l’expérience
et les complicités aidant, on en est aujourd’hui,
dans bien des cas, à voter sans aucun document,
et tenez-vous bien, même sans carte d’électeur
!
Voilà comment la fraude sévit au pays
des hommes intègres, atteignant les milieux jusqu’alors
les plus protégés comme la jeunesse. On
voit maintenant des jeunes de 15 ou 16 ans voter. Des
élèves, lycéens et étudiants
sont convoyés par centaines voire par milliers,
de ville en ville, pour des votes multiples moyennant
finance. Par ci, par là, certains ont été
arrêtés notamment à Koudougou. Des
listes parallèles, il en circule toujours comme
celle qui est tombée entre les mains d’un
candidat, Benjamin Yaméogo, à Koudougou.
Ces faits n’ont pas seulement été
constatés à Ouagadougou, Bobo-Dioulasso,
Koudougou, Ouahigouya mais aussi à Tougan, à
Kombissiri, un peu partout dans le pays. Ce qui aujourd’hui
s’impose comme une évidence aux gens honnêtes,
c’est l’annulation de ce scrutin et sa reprise
après avoir, comme l’a toujours demandé
Me Hermann Yaméogo, procédé à
la relecture de nos textes fondamentaux pour les expurger
des passoires à fraude.
Mais le fait que cette fraude, qui cancérise
ainsi la démocratie et le pays, ne soit pas dénoncée
au plan international, qu’elle ne provoque pas
de violences en interne, ne contredit en rien sa compénétration
désormais totale, avec le scrutin.
La façon à la fois ironique et tragique
dont Le Pays du vendredi 11 mai dernier a conclu qu’il
faudrait établir un Prix du meilleur fraudeur,
ressemble à un aveu résigné. Mais
pourquoi justement est-ce que la plupart des observateurs
nationaux et internationaux ont-ils régulièrement
un avis contraire à ceux des partis politiques
notamment d’opposition sur la réalité
mais surtout sur l’ampleur des fraudes ? Voilà
une question dont on ne débat pas beaucoup à
la vérité mais qui révèle
l’inutilité de ces observateurs sinon leur
complicité par le silence vis-à-vis des
fraudes.
Autre chose : les partis politiques sont toujours les
premiers à stigmatiser les hold-up réalisés
sur les scrutins. Pour les dernières élections
qui viennent de se dérouler, ils n’ont
pas manqué à la tradition. On relèvera
seulement que cette fois-ci, ils ont été
en plus grand nombre à condamner, et que les
plus virulents ne se trouvaient pas forcément
à l’opposition. Pourquoi alors ces partis
ne vont-ils pas jusqu’au bout de leur logique
en refusant d’accepter les scrutins ? C’est
là une autre bizarrerie qui établit le
peu d’attachement de ces partis aux principes
sinon leur implication directe ou indirecte dans ces
malversations électorales.
Il faut relever par ailleurs le rôle des ONG et
des médias à travers les élections.
Ils sont les témoins directs de toutes les entraves
possibles à la manifestation du suffrage populaire.
Les corruptions électorales, les fraudes, les
violences se déroulent en « live »
devant eux. Et alors qu’ils ont l’obligation
de les dénoncer, d’en faire une relation
abondante à l’opinion, ils les survolent
et en parlent comme d’un élément
mineur, récurrent et qu’on se doit d’accepter
car faisant finalement partie de l’apprentissage
de la démocratie. Pourquoi une telle démission
qui apparaît comme la marque d’une préférence
pour le pouvoir sinon d’une collusion avérée
avec lui ?
On pourra de la même façon parler du flegme
des confessions religieuses, des partenaires techniques
et financiers devant le cancer de la fraude, s’en
étonner et induire que c’est la marque
de leur désintérêt pour la construction
de la démocratie au Burkina Faso ou de leur aval
à la déloyauté électorale.
Mais ces diverses dérobades révèlent
aussi le phénomène de non-retour atteint
par la fraude, sa généralisation, son
inculturation. La fraude est devenue quasiment un sport
national qu’on pratique en réunion au niveau
de ceux qui gèrent en association le pays ; plus
encore elle est une entreprise d’Etat puisque
c’est la collectivité étatique qui
la met en œuvre en utilisant les forces de l’ordre,
l’administration, les instruments électoraux,
la justice. Le fait le plus désolant et le plus
tragique dans tout cela, c’est le cynisme qui
amène le pouvoir à être toujours
le premier à crier à la fraude, lui qui
pour la transparence démocratique, a une obligation
de résultat sans que cette divine comédie
n’apparaisse choquante aux templiers internationaux
de la démocratie.
Mais de toute façon, a-t-on déjà
vu, sauf quelques très rares exceptions, les
médias, l’opinion internationale, prendre
partie pour les victimes de la fraude ? Qu’ont-ils
fait hier pour les opposants camerounais, gabonais,
centrafricains qui criaient à la fraude ? Que
font-ils aujourd’hui pour les opposants sénégalais
maliens, qui, en stigmatisent preuves à l’appui,
les effets dévastateurs ? Rien, sauf les condamner
en les traitant de capitulards, étalant leur
irresponsabilité, leur faiblesse face aux machines
huilées des pouvoirs en place.
Et puis, même lorsque l’évidence
empêche le doute comme au Nigeria, les a-t-on
vus aller jusqu’à recommander des mesures
de rétorsion économique, politique ? Jamais
de la vie ! On laisse le temps faire les choses parce
qu’entre la démocratie et l’ordre,
l’ordre qui sert la communauté internationale,
la sécurité interne, il ne viendra jamais
à l’esprit de privilégier la démocratie
africaine. Et c’est ainsi que se déclenchent
les désordres en Afrique avec leurs cohortes
de malheurs, de guerres, d’immigration imposée.
La Rédaction