Mise à jour le 13/05/2007
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San Finna N°413 du 14 au 20 Mai 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

ELECTIONS LEGISLATIVES DE 2007
LES ASPECTS TOUJOURS BANALISES DE LA FRAUDE

Insidieusement, consultation après consultation, la fraude est devenue une réalité vivante des élections au Burkina Faso. Le pouvoir joue d’autant plus sur le velours, de nos jours, qu’il a totalement maîtrisé le fichier électoral, qu’il a en mains une CENI qui lui obéit au doigt et à l’œil ayant su y inféoder la société civile et bon nombre de partis politiques d’opposition. Le parti au pouvoir a ainsi toute latitude pour conduire à sa guise le processus électoral surtout qu’il a révisé les textes électoraux à sa convenance, sans le moindre esprit de consensus, que les morts, les absents, les personnes fictives votent toujours, que l’ encre reste irrémédiablement indélébile et que, contrairement aux demandes de l’opposition relatives à l’imposition d’un seul document sécurisé pour la votation (ce qu’il encourage dans d’autres pays, notamment au Togo et en Côte d’Ivoire), il maintient toujours envers et contre tout la multiplicité des documents d’identification pour le vote. Tant pis si une même personne peut voter avec le passeport dans un bureau de vote, le permis de conduire dans un deuxième, la carte d’identité dans un troisième, le livret de famille dans un quatrième et l’extrait d’acte de naissance dans un cinquième. D’ailleurs, l’expérience et les complicités aidant, on en est aujourd’hui, dans bien des cas, à voter sans aucun document, et tenez-vous bien, même sans carte d’électeur !

Voilà comment la fraude sévit au pays des hommes intègres, atteignant les milieux jusqu’alors les plus protégés comme la jeunesse. On voit maintenant des jeunes de 15 ou 16 ans voter. Des élèves, lycéens et étudiants sont convoyés par centaines voire par milliers, de ville en ville, pour des votes multiples moyennant finance. Par ci, par là, certains ont été arrêtés notamment à Koudougou. Des listes parallèles, il en circule toujours comme celle qui est tombée entre les mains d’un candidat, Benjamin Yaméogo, à Koudougou. Ces faits n’ont pas seulement été constatés à Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Koudougou, Ouahigouya mais aussi à Tougan, à Kombissiri, un peu partout dans le pays. Ce qui aujourd’hui s’impose comme une évidence aux gens honnêtes, c’est l’annulation de ce scrutin et sa reprise après avoir, comme l’a toujours demandé Me Hermann Yaméogo, procédé à la relecture de nos textes fondamentaux pour les expurger des passoires à fraude.

Mais le fait que cette fraude, qui cancérise ainsi la démocratie et le pays, ne soit pas dénoncée au plan international, qu’elle ne provoque pas de violences en interne, ne contredit en rien sa compénétration désormais totale, avec le scrutin.

La façon à la fois ironique et tragique dont Le Pays du vendredi 11 mai dernier a conclu qu’il faudrait établir un Prix du meilleur fraudeur, ressemble à un aveu résigné. Mais pourquoi justement est-ce que la plupart des observateurs nationaux et internationaux ont-ils régulièrement un avis contraire à ceux des partis politiques notamment d’opposition sur la réalité mais surtout sur l’ampleur des fraudes ? Voilà une question dont on ne débat pas beaucoup à la vérité mais qui révèle l’inutilité de ces observateurs sinon leur complicité par le silence vis-à-vis des fraudes.

Autre chose : les partis politiques sont toujours les premiers à stigmatiser les hold-up réalisés sur les scrutins. Pour les dernières élections qui viennent de se dérouler, ils n’ont pas manqué à la tradition. On relèvera seulement que cette fois-ci, ils ont été en plus grand nombre à condamner, et que les plus virulents ne se trouvaient pas forcément à l’opposition. Pourquoi alors ces partis ne vont-ils pas jusqu’au bout de leur logique en refusant d’accepter les scrutins ? C’est là une autre bizarrerie qui établit le peu d’attachement de ces partis aux principes sinon leur implication directe ou indirecte dans ces malversations électorales.

Il faut relever par ailleurs le rôle des ONG et des médias à travers les élections. Ils sont les témoins directs de toutes les entraves possibles à la manifestation du suffrage populaire. Les corruptions électorales, les fraudes, les violences se déroulent en « live » devant eux. Et alors qu’ils ont l’obligation de les dénoncer, d’en faire une relation abondante à l’opinion, ils les survolent et en parlent comme d’un élément mineur, récurrent et qu’on se doit d’accepter car faisant finalement partie de l’apprentissage de la démocratie. Pourquoi une telle démission qui apparaît comme la marque d’une préférence pour le pouvoir sinon d’une collusion avérée avec lui ?

On pourra de la même façon parler du flegme des confessions religieuses, des partenaires techniques et financiers devant le cancer de la fraude, s’en étonner et induire que c’est la marque de leur désintérêt pour la construction de la démocratie au Burkina Faso ou de leur aval à la déloyauté électorale.

Mais ces diverses dérobades révèlent aussi le phénomène de non-retour atteint par la fraude, sa généralisation, son inculturation. La fraude est devenue quasiment un sport national qu’on pratique en réunion au niveau de ceux qui gèrent en association le pays ; plus encore elle est une entreprise d’Etat puisque c’est la collectivité étatique qui la met en œuvre en utilisant les forces de l’ordre, l’administration, les instruments électoraux, la justice. Le fait le plus désolant et le plus tragique dans tout cela, c’est le cynisme qui amène le pouvoir à être toujours le premier à crier à la fraude, lui qui pour la transparence démocratique, a une obligation de résultat sans que cette divine comédie n’apparaisse choquante aux templiers internationaux de la démocratie.

Mais de toute façon, a-t-on déjà vu, sauf quelques très rares exceptions, les médias, l’opinion internationale, prendre partie pour les victimes de la fraude ? Qu’ont-ils fait hier pour les opposants camerounais, gabonais, centrafricains qui criaient à la fraude ? Que font-ils aujourd’hui pour les opposants sénégalais maliens, qui, en stigmatisent preuves à l’appui, les effets dévastateurs ? Rien, sauf les condamner en les traitant de capitulards, étalant leur irresponsabilité, leur faiblesse face aux machines huilées des pouvoirs en place.

Et puis, même lorsque l’évidence empêche le doute comme au Nigeria, les a-t-on vus aller jusqu’à recommander des mesures de rétorsion économique, politique ? Jamais de la vie ! On laisse le temps faire les choses parce qu’entre la démocratie et l’ordre, l’ordre qui sert la communauté internationale, la sécurité interne, il ne viendra jamais à l’esprit de privilégier la démocratie africaine. Et c’est ainsi que se déclenchent les désordres en Afrique avec leurs cohortes de malheurs, de guerres, d’immigration imposée.

La Rédaction





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