San
Finna N°414 du
21 au 21 Mai 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
CONFERENCE
DE PRESSE DE L’UDPS
APRES LES ELECTIONS LEGISLATIVES
Au
sortir de l’élection législative qui
pose problème tant la fraude a atteint des recors
insoupçonnés, la gêne grandit dans
les Chancelleries, et nombre de partis ont de la peine
à contenir leur colère. C’est le cas
de l’Union pour la démocratie et le progrès
social (UDPS) qui, lors d’une conférence
de presse tenue à Ouagadougou le vendredi 18 mai
dernier, n’a pas fait dans la dentelle pour dire
son fait au pouvoir, coupable de mener le pays au chaos
par une gouvernance autiste. Lisez plutôt la déclaration
liminaire.
Mesdames
et Messieurs les Journalistes,
Honorables invités,
Militants et sympathisants de l’UDPS,
Au
nom du Bureau de Coordination nationale de l’UDPS,
je voudrais vous remercier, vous de la presse et vous
nos invités, d’avoir honoré de votre
présence, cette rencontre.
Mesdames
et Messieurs de la Presse
Le
10 février 2007, l’UDPS, qui venait de naître,
vous conviait à échanger sur les convictions
qui ont présidé à sa création
en tant qu’union de partis politiques mais aussi
à partager ses craintes et inquiétudes face
aux élections législatives programmées
pour le 6 mai.
Après que la Commission Electorale Nationale Indépendante
eût proclamé les résultats provisoires
du scrutin, il est dans la logique des choses que nous
en fassions ensemble le bilan et en tirions les leçons.
En termes de bilan, nous nous proposons :
- dans un premier temps, d’examiner les chiffres
tels qu’ils ont été « livrés
» par les urnes ainsi que leur signification primaire
- dans un second temps, de dresser les constats que nous
avons nous-mêmes pu établi du déroulement
de la campagne et du scrutin
- d’en tirer les leçons après en avoir
fait une analyse politique
- nous terminerons par ce que nous considérons
comme les mesures à prendre…
1.
– Les législatives du 6 mai en chiffres
1.1
De la participation populaire
Sur
4.666.354 électeurs inscrits, seulement 2.520.488
ont pris part au vote, soit un taux de participation de
56,43 %. Ce n’est pas fameux, et c’est sans
doute parmi les plus faibles des taux de participation
enregistrés depuis 1992 pour ce type de scrutin.
De surcroît, 4,7 millions d’inscrits, y compris
les quelques milliers de morts maintenus dans le fichier
électoral depuis sa reprise en 2002, sur un électorat
estimé à plus de 8 millions de citoyens,
on est bien loin du compte.
Dans les grands centres urbains comme Ouagadougou, seulement
35 % environ des électeurs inscrits sont allés
retirer leur carte d’électeur C’est
plutôt le signal d’une désaffection
grandissante des Burkinabé vis-à-vis du
vote, c’est-à-dire de l’exercice du
pouvoir populaire.
Désillusion ? Perte de repères ? En tout
cas, la différence abyssale entre le jugement que
portent publiquement les citoyens à la veille des
élections sur le système politique qui nous
gouverne depuis 20 ans et leur « choix » les
jours du scrutin finit de convaincre du caractère
quelque peu factice de la démocratie burkinabé.
Cela du reste est déjà connu…
1.2
De la représentativité de la classe politique
47
partis ou formations politiques ont pris part à
la compétition électorale du 6 mai 2007.
soit moins de 40 % des organisations partisanes légalement
reconnues au Faso, si l’on se fie aux estimations
les plus couramment avancées.
Sur les 47, seulement 13 seront représentés
à l’Assemblée nationale. Dans le lot,
les partis ou formations politiques ayant privilégié
une démarche de mise en commun des forces auront
le mieux tiré leurs marrons du feu.
Sur les 13 partis ou formations représentés
au Parlement, seulement deux (2) auront franchi le seuil
de 5 % des suffrages exprimés au plan national
et sont donc susceptibles de continuer à bénéficier
des financements publics aux termes actuels de la loi.
Dix (10) autres ont franchi le seuil de 1 % sans atteindre
la barre de 5 %.
Enfin, présenter des listes dans les 45 provinces
n’aura pas suffi à franchir le seuil de 1
% des suffrages exprimés moins encore à
arracher un siège.
2.
– Le scrutin tel qu’en lui-même
La
presse burkinabé ainsi que les partis d’opposition
qui se sont déjà exprimés sur le
scrutin ont largement décrit la réalité
du scrutin du 6 mai 2007. Un scrutin profondément
décrédibilisé par une fraude massive
doublée d’un achat éhonté de
la conscience des électeurs : cartes d’électeurs
multiples pour un même individu, votes multiples,
soustraction frauduleuse de milliers de cartes d’électeurs
non distribuées, fabrication à la pelle
de fausses pièces d’état-civil, vote
des morts, transferts massifs d’électeurs,
dépouillements dans l’obscurité et
destruction immédiate des bulletins uniques, menaces
ouvertes, intimidations et achats de conscience, licenciements
abusifs de candidats, tout y est passé. Le scrutin
du 6 mai 2007 aura été tout sauf une élection
transparente et équitable.
3.
– Notre analyse des résultats
Et
l’UDPS eut raison : ce qui avait été
planifié depuis avril 2004 par la révision
unilatérale de la loi électorale est donc
arrivé. Une majorité stalinienne, n’en
déplaise aux tournures de style, s’installe
à l’Assemblée nationale. Faisons le
compte :
-
le parti présidentiel, le CDP, à lui seul,
se tire avec 73 sièges, soit 2/3 des députés
;
- ajoutons-y un nombre franc de 10 députés
« mouvanciers acquis » issus de l’UPR,
de la CFD/B et du RDB ; cela donne 83 élus, soit
la majorité des ¾ indispensable à
une révision par voie parlementaire de la Constitution,
ce qui était activement recherché depuis
2002 ;
- lorsqu’à ces ¾, on se doit d’ajouter
les 14 élus qui, parce qu’ils aiment le général
tout en détestant ses troupes, ont décidé
de former un troisième bataillon, on abouti à
cette majorité sans appel de 87,4 %, largement
au-dessus des 80,35 % acquis « à hauteur
d’homme » par le Président Compaoré
en 2005 ;
- l’opposition se retrouve donc, à deux députés
près, dont on attendu du reste avec intérêt
le positionnement, avec la portion congrue, juste de quoi
former un seul groupe parlementaire.
Si
avec un tel score, il n’est pas indécent
de parler de « majorité confortable devant
permettre d’assurer la mise en œuvre du Programme
du Président du Faso », c’est qu’il
y a de la démesure e tout dans cette République
cotonnière du Burkina.
Mesdames
et Messieurs,
C’est
avec un tel schéma qu’est déjà
lancé le débat relatif au Chef de file d
l’opposition, cette institution origine pour une
démocratie de tradition française, que l’opportunisme
et la négation de l’éthique politique
a fini par vider de tout intérêt.
Finalement,
doit-on se battre pour être le chef de file de quelle
opposition ? Celle de la figuration face à une
majorité prompte à rigoler par inculture
ou simplement celle de la « mal cause » par
dépit ?
4.
Ce qui nous paraît indispensable
Les
partis d’opposition en compétition dans la
province du Houët ont demandé l’annulation
et la reprise du scrutin dans cette province. Par la boulimie
de quelques hommes au pouvoir, le Houët a en effet
livré l’image la plus hideuse qu’ait
jamais connue une élection dans cette partie du
pays. C’est pourquoi l’UDPS soutient cette
requête et insiste pour que toutes dispositions
soient prises afin de garantir la transparence d’un
nouveau scrutin.
Trois ans au moins séparent les Burkinabé
d’un nouveau scrutin national.
Cette trêve doit nécessairement être
mise à profit pour :
-
refondre le fichier électoral et le débarrasser
des morts et des inscriptions multiples ;
- relire la loi portant modalités de financement
public des partis politiques ;
- refondre le code électoral, notamment en s’appuyant
sur les propositions formulées par les groupes
parlementaires de l’opposition de la législature
sortante. Au-delà de ces propositions, il s’agira
de régler la question de la composition consensuelle
et proportionnelle des membres des bureaux de vote.
Mesdames
et Messieurs,
Le
pouvoir a donc obtenu pour son Parlement, la majorité
si activement recherchée depuis 2002, cette majorité
qui le rassure enfin qu’il peut décider du
cours de la démocratie dans notre pays.
Mais que fera la république de cette majorité
des ¾ qui consacre un recul démocratique
de 10 ans ?
A-t-on besoin d’une telle majorité pour gouverner
un des derniers pays parmi les plus pauvres de la planète
?
Une telle majorité sert-elle véritablement
le programme du Président de la République
ou vise-t-elle plutôt à offrir un parasol
à des indélicatesses que l’on voudrait
cacher à tout prix ?
Une telle majorité peut-elle servir la stabilité
et la paix sociale au Burkina ?
Mesdames
et Messieurs,
Ne
l’oublions jamais : l’histoire moderne de
l’Afrique nous enseigne que c’est bien souvent
du sommet de ce type de majorité que dégringolent
les dictatures.