LEVEE
DU MOT D’ORDRE DE GREVE A L’UNIVERSITE
UN SENTIMENT D’INACHEVE
Ils
étaient partis gorgés de rage, de détermination
mais aussi de solidarité pour défendre
leurs droits : augmentation de la bourse, suppression
du prêt et son remplacement par un appui ; ils
étaient partis pour en finir avec les décrets
portant atteinte aux franchises universitaires notamment
celui instituant la Police spéciale universitaire
(PSU) ; ils entendaient obtenir le « décongintement
» des plats au Restaurant universitaire, résoudre
la question lancinante de l’exiguïté
des amphithéâtres, et évidemment
trouver une solution à la question récurrente
de l’impunité, notamment celle liée
à l’affaire Dabo Boukary.
Pour toutes ces questions, ils ont fait le plein de
la mobilisation. Jamais, de mémoire d’étudiant
et même de Burkinabé, on n’aura
vu dans un même élan, une foule d’étudiants
se dresser en si grand nombre pour des revendications.
Alors, il faut comprendre que cela ait pu faire trembler
du côté du pouvoir, surtout au lendemain
d’élections marquées par des fraudes
inégalées qui ont mis en cran, la patience
de bien de citoyens. Certainement, se disent de plus
en plus beaucoup que les « AEBA » (NDLR
: bakchichs) ont joué à plein pour ramollir
les ardeurs de certains leaders.
C’est la rumeur qui se répand depuis
que, contre l’avis des ¾ des étudiants,
le mot d’ordre de marche programmée sur
les ministères a été révoqué.
L’Evènement du 25 mai 2007, comme beaucoup,
se demande si les étudiants ne se sont pas
faits flouer.
Mais voyons justement ce qu’en pensent les intéressés.
Richard
SANKARA, Etudiant en droit : « Pour
moi, quand on lutte, c’est pour obtenir des
résultats et depuis que je suis au campus,
les questions qui se trouvent dans cette plateforme
revendicative, ont toujours existé, et l’administration
jouait à cache-cache. Les étudiants
ont voulu prendre le taureau par les cornes, et visiblement,
le rapport de forces jouait en notre faveur. Sans
ouvrir de négociations, l’administration
s’est donnée les moyens de résoudre
deux points de la plateforme, de façon unilatérale.
La conséquence est que nous nous retrouvons
dans ces nouvelles mesures qui semblent créer
plus de problèmes qu’il y en avait.
L’assemblée générale du
21 mai était justement cette tribune où
les étudiants devaient apprécier la
situation. Si vous y étiez, vous verrez que
la décision de suspension de la lutte n’est
pas l’expression de la majorité des étudiants.
On devrait, à défaut de poursuivre la
lutte, exiger des négociations directes pour
tous les revendications ».
Delphine KANZIE, Histoire III : «
La question de la suspension de la lutte relève
d’une stratégie de lutte. Les étudiants
peuvent ne pas tous comprendre et je crois que c’est
en cela d’ailleurs qu’un travail de formation
s’impose. Sinon, en fait, pendant la lutte,
si vous avez remarquez, l’opinion publique n’était
pas favorable aux étudiants, notamment une
certaine presse. Il y avait en plus un risque de récupération
politique d la lutte. Voilà pour moi les deux
indicateurs à ne pas négliger dans une
lutte qui se veut noble et désintéressée.
Par ailleurs, la suspension ne veut pas dire la fin
de la lutte, les responsables des étudiants
(notamment l’ANEB) ont promis poursuivre les
discussions avec les autorités pour une plus
grande satisfaction des aspirations estudiantines
».
Un étudiant en SDS voulant garder l’anonymat
: « C’est comme ça.
Moi, depuis le début, j’avais peur qu’on
en arrive à ça. La mobilisation était
exceptionnelle, le pouvoir a eu peur. Il s’est
donné les moyens pour arrêter ce que
les dignitaires du régime pourraient appeler
‘cette comédie’. L’attitude
de l’ANEB met le doute dans notre esprit. On
ne saura plus qui résiste au AEBA ou à
la pression. La déception est grande pour moi.
Les arguments de l’ANEB ne tiennent pas. Ils
en ont deux principalement : l’opinion publique
et la récupération politique. Je m’inscris
en faux contre le premier car l’opinion publique
n’existe pas. C’est vous, c’est
moi et ainsi de suite. On n’avait qu’à
informer les gens sur nos problèmes.. Quant
à la récupération politique,
ça fait rire. De quels politiciens parlons-nous
? Ceux qui faisaient les pétitions sur les
candidatures indépendantes pendant les rassemblements
d’étudiants ? Qu’on se prenne au
sérieux ».
S.
Koné