San
Finna N°415 du
28 Mai au 03 Juin 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
NICOLAS SARKOZY REÇOIT ELLEN JOHNSON SIRLEAF
QUE CACHE CETTE « PHASE » ?
Il
ne sera pas dit dans l’histoire que le premier chef
d’Etat africain reçu par Nicolas Sarkozy,
aura été Omar Ondimba Bongo, Blaise Compaoré
ou même Abdoulaye Wade. Non, il a beau être
de la Droite, héritier d’une certaine façon
de Chirac, il a tout de même sa rupture à
assumer, et même si l’idée n’a
été avancée que pour les besoins
de la cause, il se devait tout de même d’y
mettre les formes.
C’est donc la présidente libérienne
Ellen Johnson Sirleaf à qui reviendra l’insigne
honneur d’avoir été la première
personnalité africaine à féliciter
Nicolas Sarkozy et à faire la causette avec lui.
La première étonnée, c’est
bien elle.
Elle était tranquillement en Allemagne, à
Berlin précisément. L’idée
vint alors à Nicolas Sarkozy de lui demander de
faire, toute affaire cessante, un petit détour
à Paris. Qui peut refuser un tel cadeau, même
si c’est pour une causerie de moins d’une
demi-heure ? Mais pour le président français,
c’est une initiative pleine de symboles, comportant
un message. Il fallait que Mme Sirleaf fut la première
personnalité de ce rang du continent, à
être reçue par le président fraîchement
élu. Et Omar Ondimba Bongo n’a qu’à
aller se faire cuire un œuf, s’il pensait se
vanter de cette prouesse, déjà largement
commentée dans la presse. Non, il viendra en deuxième
position ! C’est blessant mais c’est tout
Nicolas Sarkozy, qui prouve là qu’il a de
la suite dans son idée de revisiter la politique
africaine de la France !
Maintenant, le premier Français et la dame de fer
du Libéria, de quoi ont-ils bien pu parler ? De
l'aide au développement et de la dette, les deux
sujets à l'ordre du jour du prochain sommet du
G8 du 6 au 8 juin à Heiligendamm en Allemagne ?
Très certainement. Ont-ils parlé de l’aide
spécifique de la France au Libéria pour
faire face à ses multiples besoins économiques
? Assurément que si ça n’a pas été
le plat de résistance, en tout cas, ça figurait
en bonne place dans le menu. Ont-ils parlé de la
rupture promise dans la politique africaine de la France
quand on sait que Dame Sirleaf passe pour être une
référence en matière de refondation
démocratique en terre africaine ? Cela se peut.
Mais la présidente libérienne ne s’est-elle
pas par hasard, faite l’interprète de certains
chefs d’Etat qui aimeraient bien que sur le thème,
Sarkozy mette encore plus de tranquillisant ? Peut-être
quand on sait que beaucoup de bruits courent sur les intermédiations
qu’elle pourrait jouer pour des présidents
de la région en indélicatesse avec la justice
pénale internationale. Mais il ne faudrait tout
de même pas en mettre sa main au feu surtout qu’en
¼ d’heure, on n’a pas beaucoup de temps
pour papoter.
Mais ce dont, à coup sûr, il aura été
question, c’est de la sécurité du
Libéria et d’une façon générale,
de la sous région puisque celle du Liberia a souvent
conditionné celle de la sous région. En
ce moment, en effet, les ex-rebelles semblent gagner par
la nervosité. A ce qu’il paraît, ils
ne trouvent pas leur compte dans la République
et ont du vague à l’âme en pensant
à la « belle période » où
ils régnaient en maîtres et seigneurs sur
le pays. Ensuite, ils ne voient pas d’un bon œil
ce procès en route contre leur patron, Charles
Taylor. D’ici qu’avec les 139 témoignages
déjà prévus, la machine s’emballe
pour arriver à d’autres inculpations, ce
n’est pas loin. Alors, ils font savoir haut et fort
que si les choses ne se passent pas dans de bonnes conditions,
on les entendra dans le pays. Mieux vaut prévenir
que guérir, n’est-ce pas ?
De cela, Mme Sirleaf doit être inquiète et
pourrait essayer de savoir quelles sont les intentions
de Sarkozy par rapport à ce dossier pour lequel
ce dernier ne peut pas être indifférent,
compte tenu des amitiés que son prédécesseur
a eues par le passé avec l’ancien dictateur
et nombre de ses complices, chefs d’Etat.
Serait-ce la continuité pour mettre définitivement
la dalle sur certains secrets d’Etat ou la rupture
pour laisser la justice suivre son cours normal ? Il n’y
a pas que la présidente libérienne à
vouloir être située. Il y a aussi et surtout
les millions de familles éplorées au Libéria
comme dans la sous région, les centaines de milliers
de déplacés, les dizaines de milliers d’amputés
et de violés, qui en tout cas, ne pardonneraient
pas que l’on veuille passer aux pertes et profits
leur douleur, leur désir de faire le deuil de leurs
morts.