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San Finna N°416 du 04 au 10 Juin 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

MANIFESTATION DES FEMMES EN NOIR DU FASO
EXTRAORDINAIRE TEMOIGNAGE DE SOUTIEN
L’EVEQUE DE KAYA, MGR THOMAS KABORE ET DE « JUSTICE ET PAIX »

Ce dimanche 3 juin 2007, au cimetière de Gounghin, n’était pas comme tous les autres premiers dimanches du mois passé. En effet, ceux qui ont l’habitude se recueillir sur la tombe de Norbert Zongo, ont dû se pincer pour y croire. Il y avait grand monde au cimetière, et pas n’importe quel monde. Les membres de l’Association « Justice et paix » avec à leur tête François de Sale Bado, les paroissiens venus des 4 coins de la capitale, des sympathisants venus en force pour assister à un autre fait exceptionnel : l’audition du Message de l’Evêque de Kaya, Monseigneur Thomas Kaboré. 10 mois après sa création, le regroupement des Femmes en noir reçoit ainsi, de la plus belle manière qui soit, la consécration. Dans l’assistance, il y avait comme une reconnaissance diffuse exprimée au-delà de toutes ces personnes présentes, au Père Balemans, qui, avec des mots forts, disait aux Femmes en noir de ne jamais se décourager, de venir se recueillir tous les premiers dimanches du mois sur la tombe de Norbert Zongo. L’homme de Dieu avait raison puisque ce 3 juin 2007, on ne pourra plus dire que les Femmes en noir se battaient en solitaire pour une cause perdue.

Mais lisez les différents messages qui ont été livrés à l’occasion.


MESSAGE DE SOUTIEN AU «MOUVEMENT DES FEMMES EN NOIR »

Mesdames,


1- Rappel des objectifs du mouvement des Femmes en noir.

Le 13 décembre 1998, en compagnie de trois de ses compagnons, le journaliste Norbert ZONGO a été assassiné et brûlé pour le combat qu’il menait pour la vérité, la justice et le respect des droits humains. Mais depuis cette date jusqu’à nos jours, et malgré la mobilisation de la communauté nationale et internationale, la lumière n’a pas encore été faite sur ce dossier. Pire, son traitement judiciaire a abouti à une décision de non-lieu, prononcée par le juge d’instruction. Pour exiger des pouvoirs publics la lumière sur cette affaire, vous avez créé le « mouvement des femmes en noir du Faso », et vous avez décidé de vous retrouver tous les premiers dimanches de chaque mois, autour des tombes des illustres défunts, pour vous recueillir, jusqu’à ce que la lumière soit faite sur cette affaire. La Commission Justice et Paix, que je préside, loue votre courage et votre détermination.

2- Objet de la visite de la Commission « Justice et Paix »

Mesdames,

La Commission « Justice et Paix » est une organisation de l’Eglise catholique du Burkina. Elle a pour missions:

- de promouvoir la justice et la paix ;

- d’éveiller et de former les consciences des individus et des communautés aux valeurs de justice et de paix ;

- De défendre les droits humains violés en privilégiant ceux des plus pauvres et des laissés pour compte de la société, et d’en soutenir les victimes.

Ce soir, les membres de cette Commission « Justice et paix » élargis à des sympathisants et à d’autres mouvements d’obédience catholique et de mouvements de droits de l’homme, sont venus pour vous apporter leur soutien et leurs encouragements pour la noblesse du combat que vous menez. Si à un moment de votre combat vous vous êtes senties isolées, abandonnées voire trahies, sachez que beaucoup d’hommes et de femmes au Burkina Faso et dans le monde vous soutiennent et vous admirent, même s’ils n’ont pas souvent le courage ou l’opportunité de vous l’exprimer. Dans votre combat l’Eglise catholique est à vos côtés.


3- Le sens profond de la journée Nationale du Pardon.

Le 30 mars 2001, soucieuse de préserver le Bien Commun et l’intérêt supérieur de la Nation, l’Eglise catholique du Burkina, à l’instar d’autres confessions religieuses, s’est activement impliquée dans la célébration de la journée nationale du pardon. Elle voulait ainsi s’associer à la communauté nationale pour préparer les esprits et les cœurs au pardon et à la réconciliation Nationale face à la profonde crise que traversait le Burkina, suite aux tragiques événements du 13 décembre 1998.

En organisant la journée nationale du pardon, la Nation voulait reconnaître qu’elle veut s’édifier sur la vérité et la justice. L’Etat dans ses plus hauts responsables voulait reconnaître les entorses faites à la justice dans le respect de la vérité. Sans un tel consensus national notre Pays ne reposerait sur aucune base solide. C’est le sens de la journée nationale du pardon.

Cette journée a contribué effectivement à apaiser le climat socio politique et à rétablir l’autorité de l’Etat. l’Eglise catholique se félicite de s’être publiquement engagée dans cette démarche délicate. Voilà pourquoi, elle peut souhaiter avec vous aujourd’hui que le processus de réconciliation nationale ne s’arrête pas en chemin. Il doit se poursuive non seulement par le respect de certains engagements pris, mais surtout en faisant apparaître la lumière et la vérité sur les dossiers de crimes économiques et de sang.

4- Interpellation.

C’est pourquoi, nous nous joignons à vous aujourd’hui pour inviter les autorités politiques, administratives et judiciaires qui ont la charge de ces dossiers, à créer les conditions nécessaires pour une réconciliation nationale vraie, fondée sur la vérité et la justice. Pas de vérité, pas de réconciliation nationale ! C’est à cette seule condition que la paix dont jouit le Burkina Faso aura des fondements solides et inébranlables. Notre pays a besoin de tous ses fils et filles pour son développement harmonieux. Personne ne saurait en être exclu.

Quant à vous mesdames, militantes du mouvement des femmes en noir, vous êtes au cœur du drame, donc au cœur du pardon. Voilà pourquoi il est juste que vous soyez au cœur de l’action pour la justice. Nous louons votre courage et votre détermination. En vous invitant à poursuivre votre noble combat, l’Eglise vous encourage à bannir de vos cœurs tout sentiment de haine et de vengeance. Vous ne devez pas aussi devenir les meurtriers des meurtriers mais les retrouver comme des compatriotes et des frères réconciliés. Seul un tel combat spirituel rendra le pardon possible. Préparez ce terrain et ce climat car ils sont nécessaires pour que la vérité et la justice deviennent possibles. Dans la prière, cultivez la tendresse et l’amour, dont seules sont capables les femmes, en vue de rendre possibles la justice et le pardon au jour où la vérité, que nous appelons de tous nos vœux, aura le courage de se manifester.

Je vous remercie.
Ouagadougou, le 5 mai 2007

Le Président

Monseigneur Thomas KABORE
Evêque du diocèse de KAYA
Chevalier de l’Ordre National



MESSAGE DU 03 JUIN 2007 DES FEMMES EN NOIR

Cher Norbert,

Cela va faire bientôt 10 mois que les Femmes en noir du Faso se sont retrouvées pour défendre ta cause et celle de toutes les personnes victimes d’impunité. En 10 mois, nous avons rencontré beaucoup de manifestations d’incompréhension, d’indifférence, d’hostilité, mais nous ne nous sommes jamais laissées gagner par la démission car nous sommes des croyantes, et pour les croyants, la vérité triomphe toujours. La lutte est difficile mais en 10 mois, nous avons constaté que les gens comprennent de plus en plus que l’impunité, c’est le cancer de la fraternité, de la paix, des droits de l’homme.

Mais les gens comprennent surtout que ce n’est pas une seule personne, un seul groupe qui peut combattre l’impunité mais tout le monde. Et nous sommes heureuses aujourd’hui et très honorées de voir ce monde réuni au cimetière pour nous soutenir dans notre lutte.

Nous avons envie de dire que notre persévérance a payé. Norbert, la présence ici de l’association « Justice et Paix », que préside François de Sale Bado, de ces nombreuses bonnes volontés, est un témoignage vivant que notre cause est juste et que ceux qui pensent que l’on pourra enterrer la lutte contre l’impunité se trompent.

Nous voulons, en cette occasion, considérer comme le plus haut signe d’encouragement qui soit, le message de Monseigneur Thomas Kaboré, Evêque du Diocèse de Kaya, qui est un acte historique mais aussi un signal fort pour toute la communauté catholique mais aussi pour tous les croyants, quelle que soit leur religion, et pour tous les citoyens épris de paix et de justice.

C’est donc un 3 juin particulier qui nous amène devant toi, Norbert, et qui nous donne à croire que le temps n’est plus loin où nous pourrons, sans haine ni esprit de vengeance, faire ton deuil et où tous ceux qui ont perdu des êtres chers pourront en faire de même.

Merci à Monseigneur Thomas Kaboré
Merci à l’Association Justice et paix et à son président
Merci à tous ceux qui ont fait le déplacement de ce dimanche
Que Dieu vous garde tous et vous ramène en paix d’où vous êtes venus.
Quant à toi Norbert, nous serons de nouveau là le dimanche 1er juillet 2007.


LES FEMMES EN NOIR QUI REFUSENT LA FATALITE





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