FIN
DE LA 3EME LEGISLATURE
UN AU REVOIR FADE
A L’IMAGE D’UNE LEGISLATURE SANS AME
Beaucoup,
qui ont écouté le discours du Président
de l’Assemblée nationale ce 1er juin
2007, au terme de la 3ème législature,
n’ont pas été transportés
par son contenu. Son message était à
l’image de ce que fut la législature
: fade !
Le plus naturellement
du monde, le président de l’Assemblée,
appréciera la gouvernance passée en
félicitant « le gouvernement pour la
bonne tenue des élections » et en soulignant
que « la démocratie burkinabé
se consolide au fil du temps ». A part donc
l’autoglorification propre à tous les
organes d’Etat et assimilés, soumis au
parti-Etat, rien de nouveau dans l’hémicycle,
pour ainsi dire.
Cette impression est largement partagée par
la rue, qui découragée par la pratique
parlementaire et politique avait progressivement pris
quelque distance par rapport au jeu politique et à
ses animateurs.
Il faut dire que l’Assemblée élue
en 2002 l’a été dans des conditions
équivoques qui ont très vite dissipé
l’enthousiasme réel qui avait marqué
les élections et la naissance de la nouvelle
assemblée.
En effet, les réformes instituant le scrutin
régional, la représentation à
la plus forte moyenne.., avaient permis l’arrivée
à l’hémicycle, d’une nouvelle
configuration politique. De manière brute,
le partage se faisait entre 57 députés
pour le CDP et 54 pour ceux se réclamant de
la différence d’avec lui.
Beaucoup de partis avaient mené campagne, affichant
leurs différences avec le CDP dans des termes
non équivoques par rapport à leur appartenance
à l’opposition ; ils ont pu ainsi faire
une entrée à l’Assemblée,
pour certains d’entre eux. Cela avait permis
à l’opinion de se féliciter de
cette avancée à la limite comparable
à celle de la 3ème République.
La majorité n’était certes pas
comme en 1978, établie par une différence
d’un élu mais par une différence
de 4 élus.
Voilà qui suffisait cependant à être
présenté comme un signe de transparence,
de vitalité démocratique et le pouvoir
n’était pas parmi les derniers à
vendre ce label au plan international.
Mais une fois les structures parlementaires installées,
les choses changèrent du tout au tout : une
majorité parlementaire de soutien à
l’action présidentielle se constitua
immédiatement, édulcorant proprement
cette distinction de 57 à 54. Les opposants
firent rapidement les comptes : ils n’étaient
guère plus que 30 !
Dans le même temps, le refus de consacrer les
droits de l’opposition et de son chef de file,
suivi de l’action de déstabilisation
des partis d’opposition (qui entraîna
une vague de transhumance des rangs de l’opposition
vers la mouvance présidentielle) réduisit
par le fait comme une peau de chagrin, la place de
l’opposition stricto sensu.
Si l’on y ajoute le passage de l’ADF/RDA
au gouvernement, à la fin de la législature,
beaucoup en étaient à se demander réellement
de quel nombre de députés, l’opposition
vraie (puisqu’on en était à parler
de vraie et de fausse opposition) pouvait-elle se
prévaloir : 20 ou moins ? La question était
posée !
Marginalisée, l’opposition servira de
gratte-papier à chaque fois que cela sera nécessaire
mais verra ses quelques velléités entravées
par le pouvoir et quelquefois même, par des
mésintelligences incompréhensibles en
son propre sein. Il n’est pas étonnant
que, dans ces conditions, elle n’ait pas été
réellement en mesure de peser sur le travail
parlementaire comme elle l’aurait dû,
et de répercuter notablement les sentiments
des électeurs et du peuple dans l’hémicycle,
d’où la désaffection de l’opinion
à son endroit, une opinion qui finira en ces
temps de vaches maigres, par considérer les
députés, comme de simples invités
au banquet !
Dans ces conditions, le discours du président
Roch Marc Christian Kaboré du 1er juin, ne
pouvait pas être marqué par des élans
qui captivent l’opinion, ni par des appréciations
au sein de l’hémicycle venant de l’opposition
ou de ce qu’il en reste, qui en recadrent la
portée.
C’est que depuis, la pratique parlementaire
et politique ayant montré la volonté
de phagocytose du pouvoir sur tous les organes d’Etat,
et par-delà sur les structures de la société
civile comme de l’opposition, l’équivoque
était bel et bien levée au terme de
la législature, et l’Assemblée
reconnue pour ce qu’elle a toujours été,
dès le début : une puzzle du pouvoir
monopolistique du régime en place, une chambre
d’enregistrement ayant anesthésié
toute capacité de mouvement significatif de
l’opposition.
Au moment où s’apprête à
prendre fonction la nouvelle assemblée de la
4ème législature, avec une démarcation
qui a l’avantage d’être moins hypocrite
entre majorité et opposition, généralement
reconnu dans la différence de 100 pour la majorité
contre 11 pour l’opposition (voire de 102 contre
9 !), on peut comprendre qu’il n’y ait
plus ni illusion ni équivoque. Avec une dizaine
de députés, on ne voit vraiment pas
comment l’opposition pourrait en mener large
sinon dans les marges acceptées et contrôlées
par le pouvoir qui a vissé tout l’appareil
de l’Etat !
CY