Mise à jour le 03/06/2007
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San Finna N°416 du 04 au 10 Juin 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Tribune de la femme

FIN DE LA 3EME LEGISLATURE
UN AU REVOIR FADE
A L’IMAGE D’UNE LEGISLATURE SANS AME

Beaucoup, qui ont écouté le discours du Président de l’Assemblée nationale ce 1er juin 2007, au terme de la 3ème législature, n’ont pas été transportés par son contenu. Son message était à l’image de ce que fut la législature : fade !

Le plus naturellement du monde, le président de l’Assemblée, appréciera la gouvernance passée en félicitant « le gouvernement pour la bonne tenue des élections » et en soulignant que « la démocratie burkinabé se consolide au fil du temps ». A part donc l’autoglorification propre à tous les organes d’Etat et assimilés, soumis au parti-Etat, rien de nouveau dans l’hémicycle, pour ainsi dire.
Cette impression est largement partagée par la rue, qui découragée par la pratique parlementaire et politique avait progressivement pris quelque distance par rapport au jeu politique et à ses animateurs.

Il faut dire que l’Assemblée élue en 2002 l’a été dans des conditions équivoques qui ont très vite dissipé l’enthousiasme réel qui avait marqué les élections et la naissance de la nouvelle assemblée.

En effet, les réformes instituant le scrutin régional, la représentation à la plus forte moyenne.., avaient permis l’arrivée à l’hémicycle, d’une nouvelle configuration politique. De manière brute, le partage se faisait entre 57 députés pour le CDP et 54 pour ceux se réclamant de la différence d’avec lui.

Beaucoup de partis avaient mené campagne, affichant leurs différences avec le CDP dans des termes non équivoques par rapport à leur appartenance à l’opposition ; ils ont pu ainsi faire une entrée à l’Assemblée, pour certains d’entre eux. Cela avait permis à l’opinion de se féliciter de cette avancée à la limite comparable à celle de la 3ème République. La majorité n’était certes pas comme en 1978, établie par une différence d’un élu mais par une différence de 4 élus.

Voilà qui suffisait cependant à être présenté comme un signe de transparence, de vitalité démocratique et le pouvoir n’était pas parmi les derniers à vendre ce label au plan international.

Mais une fois les structures parlementaires installées, les choses changèrent du tout au tout : une majorité parlementaire de soutien à l’action présidentielle se constitua immédiatement, édulcorant proprement cette distinction de 57 à 54. Les opposants firent rapidement les comptes : ils n’étaient guère plus que 30 !

Dans le même temps, le refus de consacrer les droits de l’opposition et de son chef de file, suivi de l’action de déstabilisation des partis d’opposition (qui entraîna une vague de transhumance des rangs de l’opposition vers la mouvance présidentielle) réduisit par le fait comme une peau de chagrin, la place de l’opposition stricto sensu.

Si l’on y ajoute le passage de l’ADF/RDA au gouvernement, à la fin de la législature, beaucoup en étaient à se demander réellement de quel nombre de députés, l’opposition vraie (puisqu’on en était à parler de vraie et de fausse opposition) pouvait-elle se prévaloir : 20 ou moins ? La question était posée !

Marginalisée, l’opposition servira de gratte-papier à chaque fois que cela sera nécessaire mais verra ses quelques velléités entravées par le pouvoir et quelquefois même, par des mésintelligences incompréhensibles en son propre sein. Il n’est pas étonnant que, dans ces conditions, elle n’ait pas été réellement en mesure de peser sur le travail parlementaire comme elle l’aurait dû, et de répercuter notablement les sentiments des électeurs et du peuple dans l’hémicycle, d’où la désaffection de l’opinion à son endroit, une opinion qui finira en ces temps de vaches maigres, par considérer les députés, comme de simples invités au banquet !

Dans ces conditions, le discours du président Roch Marc Christian Kaboré du 1er juin, ne pouvait pas être marqué par des élans qui captivent l’opinion, ni par des appréciations au sein de l’hémicycle venant de l’opposition ou de ce qu’il en reste, qui en recadrent la portée.

C’est que depuis, la pratique parlementaire et politique ayant montré la volonté de phagocytose du pouvoir sur tous les organes d’Etat, et par-delà sur les structures de la société civile comme de l’opposition, l’équivoque était bel et bien levée au terme de la législature, et l’Assemblée reconnue pour ce qu’elle a toujours été, dès le début : une puzzle du pouvoir monopolistique du régime en place, une chambre d’enregistrement ayant anesthésié toute capacité de mouvement significatif de l’opposition.

Au moment où s’apprête à prendre fonction la nouvelle assemblée de la 4ème législature, avec une démarcation qui a l’avantage d’être moins hypocrite entre majorité et opposition, généralement reconnu dans la différence de 100 pour la majorité contre 11 pour l’opposition (voire de 102 contre 9 !), on peut comprendre qu’il n’y ait plus ni illusion ni équivoque. Avec une dizaine de députés, on ne voit vraiment pas comment l’opposition pourrait en mener large sinon dans les marges acceptées et contrôlées par le pouvoir qui a vissé tout l’appareil de l’Etat !

CY





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