Mise à jour le 03/06/2007
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San Finna N°416 du 04 au 10 Juin 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

M’BEKI A-T-IL BIEN OU MAL FAIT D’ASSISTER A LA CEREMONIE DE PRESTATION DE SERMENT DE UMARU YAR'ADUA,
NOUVEAU PRESIDENT NIGERIAN ?

Pour la prestation de serment de Umaru Yar'Adua, successeur de Olesogun Obasanjo, la présence qui a le plus été remarquée parmi les invités d’honneur, a été celle de Thabo M’beki. Dans une ambiance dominée par la polémique autour des conditions peu recommandables de l’élection du président nigérian, le déplacement du numéro un sud-Africain suscite beaucoup de commentaires. Pour ceux qui l’en félicitent, il s’est comporté fidèlement à ses principes en privilégiant le pays, les priorités africaines aux pressions que peuvent exercer les médias et partenaires occidentaux. Pour les autres, qui s’en désolent, il a donné une mauvaise image de l’Afrique du Sud en allant en quelque sorte adouber un président mal élu, avec la complicité d’un ancien président qui aura déçu l’Afrique par ses compromissions multiples. Deux sons de cloche.

THABO M’ BEKI A BIEN FAIT D ASSISTER PERSONNELLEMENT A L’ INVESTITURE DE UMARU YAR’ADUA

Si l’on devait tout le temps s’en remettre à l’opinion des médias et partenaires occidentaux pour gérer nos pays, on continuerait de trimer dans les affres du sous-développement. D’ailleurs, que fait-on depuis des années avec les plans d’ajustement structurel et autres conditionnalités sinon que d’être à leur écoute ? Non seulement, on n’avance pas mais ces partenaires n’honorent pas leurs engagements à notre endroit, notamment par rapport au financement du développement et à l’interdiction des subventions agricoles. Thabo Mbeki est un homme d’Etat qui a toujours montré son indépendance à cet égard. Qu’il s’agisse du Zimbabwe, de la Côte d’Ivoire, des choix de gouvernement de son pays, il a toujours eu ses positions à lui, pas forcément singées des pays riches. Il n’est pas étonnant qu’il se rende au Nigeria pour l’investiture de Umaru Yar'Adua. En le faisant, il ne rend pas tellement hommage à un homme mais à un pays, un pays riche qui constitue une puissance en Afrique. L’Afrique du Sud n’a pas intérêt à méconnaître cette réalité, uniquement pour faire plaisir à l’extérieur. Du reste, ceux-là même qui ont boudé la cérémonie, qui n’ont pas manqué de mots durs pour décrire ces élections et le sort qui attend le Nigeria, seront les premiers à courir à bride rabattue pour aller négocier avec les nouvelles autorités afin d’avoir des contrats divers surtout en matière énergétique. Alors, la leçon, ce n’est pas à Thabo Mbeki qu’il faut la faire, lui au moins a le courage de ses opinions ; d’ailleurs, rien ne dit que le nouveau président, comme on l’annonce trop vite, sera un président potiche, obéissant au doigt et à l’œil de son faiseur, Obasanjo. Dans l’histoire, beaucoup ont ainsi rêvé de continuer à rêver après leur successeur et qui se sont retrouvés le bec dans l’eau. Laissons le temps nous départager par rapport à la présidence de Yar’Adua, et trêve de querelle avec Thabo Mbeki !



TOMY.

THABO MBEKI A MAL FAIT DE SE RENDRE LUI-MEME A L INVESTITUDE DE UMARU YAR’ADUA

Thabo M’béki n’est pas, comme on dit, un président « ouya ouya ». Il est à la tête d’une grande puissance africaine, le pays de Mandiba ; un pays qui se distingue en Afrique par son attachement aux droits de l’homme, à la démocratie, sa puissance militaire et économique. Là-bas, on ne badine pas avec la liberté de presse, le droit de suffrage et celui des partis politiques. On n’a aucun penchant pour la monarchie républicaine. C’est pour cette raison que Thabo M’béki, malgré quelques encouragements même discrets, a vite fait de démentir les rumeurs qui tendaient à le donner partant pour un troisième mandat non prévu par la Constitution. Que le président de ce pays, qui constitue un phare en Afrique, aille s’asseoir à la table des convives du nouveau président nigérian à l’occasion de sa prestation de serment, voilà qui est choquant, difficile à encaisser. C’est comme si l’homme avait, pour des raisons obscures, pris le parti de faire pour les autres pays ce qu’il n’aime pas faire pour le sien : l’encouragement aux fraudes, à la corruption, au dévoiement des institutions. Déjà, son soutien à Robert Mugabe n’est pas fait pour embellir son image, et jusqu’à ce jour, on ne comprend pas que, contre vents et marées, il soit si tolérant vis-à-vis de ce dernier. Aujourd’hui, il fait fi de tout ce qui a été dénoncé par rapport à cette élection nigériane, des critiques qui fusent de toutes parts, pour être au nombre de la petite dizaine de chefs d’Etat, à l’installation du nouveau président. C’est décevant et ça joue contre les peuples africains qui luttent contre l’oppression, et qui en appellent au secours des partenaires. On pourra leur rétorquer qu’ils n’ont que ce qu’ils méritent puisque des présidents censés donner l’exemple en matière de gouvernance comme le chef de l’Etat sud-africain sont les premiers à féliciter la mauvaise gouvernance. En tout cas, au moment où il s’apprête à quitter le pouvoir, il n’est pas judicieux d’avoir accompli un tel acte qui restera comme une tâche dans un parcours presque sans fautes.


TOSI.

Citation de la semaine

«Pour moi, c'est un grand mystère que la France, les journalistes, les philosophes, aient toléré la 'France-Afrique' pendant si longtemps»

Eva Joly






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