San
Finna N°417 du
11 au 17 Juin 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
LETTRE
OUVERTE DE CHRISTIAN KONE
A BERNARD KOUCHNER
Sur le Net et dans pas mal d’organes
de presse, il avait été annoncé le
passage de Bernard Kouchner à Ouagadougou, au cours
de sa tournée africaine. Evidemment, comme il fallait
s’y attendre, cela a déclenché beaucoup
de commentaires.
Pour certains, s’il venait, c’était
dans le but de féliciter Blaise Compaoré
pour sa médiation fructueuse dans la crise ivoirienne.
Et le nouveau ministre des Affaires étrangères
en aurait certainement profité pour faire la promotion
de la gouvernance exemplaire du pays, louer ses réformes
politiques et économiques !
Pour les autres, il viendrait plutôt en Ambassadeur
de son président Sarkozy pour notifier au président
burkinabé que la donne avait changé et que,
dorénavant, ça sera la tolérance
zéro avec certaines pratiques qui ont fait la grandeur
de la Françafrique !
Eh bien, on ne saura pas qui a eu tort et qui a eu raison
puisque, contrairement aux annonces, le « French
Doctor » n’est pas venu à Ouagadougou.
Il a rencontré le chef de l’Etat burkinabé
à Bamako, comme il l’a fait d’autres
chefs d’Etat et de gouvernement, et rien de vraiment
consistant n’a filtré de tous ces échanges.
Cela n’a pas empêché Christian Koné,
qui voyait dans la venue du ministre, une bonne occasion
pour lui faire des confidences, de produire avec son tempérament
habituel, une lettre ouverte qui ne passe pas par 4 chemins
pour dire ses 4 vérités.
Lisez plutôt.
Christian KONE
Président du Parti National Républicain/Juste
Voie (PNR/JV)
Tél : 226 50 34 37 03
Ouagadougou
Ouagadougou,
le 7 juin 2007
LETTRE OUVERTE A MONSIEUR BERNARD KOUCHNER
Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères
de la République française
Le changement intervenu
en France avec la brillante élection de Mr Nicolas
SARKOZY à la Présidence de la République
fait souffler chez les peuples d’Afrique Francophone
un vent d’espoir sur le renouveau politique, qui
pensons-nous va révolutionner la politique africaine
de la France.
Au début des années 90, le discours de la
Baule, qui avait apporté une vague démocratique,
s’est vite estompé face aux intérêts
d’une certaine France et au détriment des
peuples africains, qui à présent tentent
d’investir l’Europe à n’importe
quel prix pour la simple et bonne raison que la quasi-totalité
des régimes en place dans nos pays sont mal élus,
n’ont de légitimité que l’appui
qu’ils ont de l’ex puissance coloniale. Ils
ne représentent aucun n’espoir pour leurs
peuples et n’offrent aucune perspective pour des
populations jeunes à plus de 70 %.
Ainsi cette politique de réseau qui a eu cours
sur le continent, a fait beaucoup de mal et considérablement
altéré l’image de la France au sein
de nos populations. L’avènement d’un
nouvel homme, jeune, qui a promis la rupture avec certaines
pratiques, devrait conduire à l’approfondissement
de la démocratie sur le continent si la politique
africaine de la France ne redevient pas l’otage
d’intérêts obscurs.
Nous savons, Monsieur le Ministre, que vous êtes
un grand humaniste. Donc, vous devriez être sensible
aux questions de démocratie et mettre en œuvre
une politique qui devrait consolider la démocratie
dans nos Etats car ce sont les pratiques politiques dévoyés
qui conduisent aux crises majeures, voire les guerres
civiles qui sont nos lots quotidiens. Les flots d’émigrants
ne tariront pas tant que des régimes sclérosés
resteront accrochées au pouvoir avec la bénédiction
de la France. Juste retour des choses. Si l’avenir
de ces jeunes est compromis par des régimes corrompus,
les alternatives qui leur restent sont soit l’exil,
soit la violence politique car devant tant d’injustice,
ils n’ont pas d’autre choix.
La tournée que vous entreprenez doit augurer du
renouveau dans les relations avec nos Etats et les populations.
Il serait souhaitable qu’une approche plus équilibrée,
qui vous fera prendre le pouls de nos sociétés,
aider à fonder votre politique nouvelle selon les
vœux du nouveau locataire de l’Elysée.
Il est en fait difficile pour nous de comprendre qu’en
Europe, les hommes politiques -toutes tendances confondues-
sont reçus indifféremment par les gouvernement
mais qu’en Afrique, recevoir l’opposition
devient un crime de lèse-majesté. La politique
africaine de la France, à la limite, est comme
dictée par les pouvoirs en place.
Le régime Compaoré a atteint le seuil du
tolérable. 20 ans, ça suffit même
s’il ne revient pas à la France de le changer.
Il vous faudrait éviter autant que possible, de
l’encenser par des formules «le Burkina est
bien géré, le pays est stable, Blaise est
un ami de la France »… ? alors que les choses
vont très mal, les hold-up électoraux ne
sont pas l’expression du peuple mais une vaste magouille
mise en œuvre au lendemain de l’apaisement
de la crise qui a failli balayer le régime suite
au crime odieux du journaliste Norbert Zongo, dans le
but de reprendre ce qu’il avait cédé
sous la pression populaire.
Une crise majeure latente couve dans le pays. La manifestation
de celle-ci, c’est :
-
la révolte des élèves policiers juste
avant les élections présidentielles du 13
novembre 2005,
- la fronde syndicale contre la vie chère et la
corruption de la classe dirigeante coupée des réalités
du peuple,
- la violente manifestation de la grande Muette (l’Armée)
les 20 et 21 décembre 2006 sur fond de rupture
entre la hiérarchie et la troupe misérable
- la défiance du peuple à l’endroit
du système judiciaire qui s’est traduite
par des manifestations violentes dans l’affaire
dite des Kunde. Peu avant de quitter le Burkina, l’ancien
Ambassadeur de la France Mr Francis Blondet, avait eu
la dent dure contre les pratiques politiques et judiciaires
qui ont cours au Faso.
Malgré
les soi-disant succès diplomatiques du Président
Compaoré, il ne faudrait pas oublier que, pour
des raisons que lui seul connaît (mais que nous
imaginons guidées par la cupidité), il a
été mêlé aux différents
conflits qui ont ensanglanté l’Afrique :
Libéria, Sierra Leone, Tchad, Angola, Guinée
Conakry, Côte d’Ivoire, où il a lamentablement
échoué.
C’est ainsi qu’il est abondamment cité
dans le procès de son ami et frère Charles
Taylor.
La France est l’amie du peuple burkinabé
et il faudrait attendre que la case d’un ami brûle
pour lui venir au secours quand on s’aperçoit
que ces pratiques conduiront à l’incendie.
Nous ne souhaitons pas voir notre amie, la France, nous
assister en déployant des troupes mais plutôt
en intercédant pour plus de démocratie,
de justice, ce qui garantirait la paix.