RECUPERATION
DE LA POLITIQUE « GENRE »
CRI D’ALARME LANCE DU ZIMBABWE
Ce
qui distingue le Zimbabwe, ce n’est pas seulement
l’inflation qui atteint des scores inégalés
dans le monde ni l’ostracisme vis-à-vis
de l’opposition ou des homosexuels. Non, le pays
se distingue aussi par une forme d’injustice pernicieuse
exercée à l’encontre des femmes.
C’est vrai qu’il existe dans le pays de
Mugabe, des associations d’activités de
« genre ». C’est vrai aussi que le
gouvernement élabore des programmes intéressant
la réalisation de l’égalité
de genre, en droite ligne des « Objectifs du millénaire
pour le développement des Nations Unies ».
On peut même relever une implication très
sérieuse du PNUD qui a aidé le gouvernement
à adopter la politique nationale sur le genre
(NGP), qui ambitionne de promouvoir l’intégration
des perspectives de genre dans la conception, la mise
en œuvre, le contrôle et l’évaluation
de politiques et programmes.
Actuellement, le PNUD est engagé dans un projet
visant la réduction de la pauvreté par
la participation des femmes à des processus de
prise de décision, en amenant le gouvernement
zimbabwéen à mettre en œuvre un programme
genre « budgétisation et émancipation
des femmes ».
Le pouvoir a même promulgué une loi sur
la violence conjugale mais pour beaucoup et notamment
de femmes comme Zhean Gwaze, journaliste très
active dans la politique de genre, cela ressemble beaucoup
à de la poudre aux yeux. Et elle le dit sans
détours : «les femmes au gouvernement sont
simplement là pour servir les intérêts
des politiciens hommes. La militante des droits de l'Homme
Alice Chibwe est de cet avis : ‘Nous avons une
femme vice-présidente, mais ce qui importe est
le travail qu'elle fait. Elle ne fait aucun travail
qualitatif pour servir les intérêts des
femmes’".
Ces propos sont confirmés par Chibwe, qui travaille
pour la Southern African Human Rights Trust (SAHRIT)
qui ne craint pas de dire que les Objectifs du millénaire
risquent de ne pas être atteints d’ici 2015.
Il faut dire que ce pessimisme semble malheureusement
confirmer par les faits. Le Zimbabwe a été
classé 173 ème dans l’indice de
développement mondial lié au genre en
2004, et les archives de la Police de 2006 montrent
qu’une femme sur 4 souffre d’abus durant
toute sa vie, et que près de 60 % des dossiers
de meurtres, traités à la Haute Cour,
sont liés à des violences conjugales.
En fait, comme pour le Sida, l’excision, les enfants
soldats, le travail des enfants…, le Zimbabwe
ayant compris comme beaucoup d’Etats, qu’il
s’agissait de créneaux porteurs, s’y
est engouffré à fond, sans accompagner
de décisions concrètes, la manne qu’il
reçoit. Tout au plus, fait-il de la gesticulation
pour mettre certaines femmes au devant, encore que là,
il s’agit des femmes du « sérail
» qui n’iront pas faire des choses qui déplaisent
au pouvoir.
C’est ce coup de gueule que nous fait entendre
Zhean Gwaze. Mais au fond, n’est-ce pas un peu
le même problème que l’on vit dans
nombre de pays africains où l’engagement
pour l’égalité de genre est freiné
par sa récupération par les pouvoirs en
place ? Cette lutte dans laquelle les Nations Unies
se sont engagées, risque de connaître des
déceptions si l’on ne tient pas compte
de l’environnement politique des Etats. Lorsque,
comme c’est le cas dans beaucoup de pays africains,
les institutions sont récupérées
par les pouvoirs en place qui font main basse sur toute
activité politique, économique, diplomatique,
sociale, culturelle…, cela instaure un climat
de peur qui ne permet pas que les femmes jouissent pleinement
de leurs droits. L’égalité de genre,
en effet, suppose que la femme ne soit pas seulement
promue parce qu’elle s’alignera derrière
le parti ou les hommes au pouvoir, qu’elle en
épousera les points de vue mais qu’elle
le soit en considération de ses qualités
propres et dans le respect de sa liberté de choix.
On le voit bien, il y a encore beaucoup de travail à
faire car ils ne sont pas nombreux, ces pays africains
où des femmes, qui sont à l’opposition,
peuvent aspirer à des hautes fonctions dans l’administration,
la diplomatie, peuvent accéder à l’Assemblée
nationale. C’est ça toute la question qui
hypothèque grandement cette politique de genre
et l’objectif fixé par les Nations Unies.