Mise à jour le 10/06/2007
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San Finna N°417 du 11 au 17 Juin 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

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RECUPERATION DE LA POLITIQUE « GENRE »
CRI D’ALARME LANCE DU ZIMBABWE

Ce qui distingue le Zimbabwe, ce n’est pas seulement l’inflation qui atteint des scores inégalés dans le monde ni l’ostracisme vis-à-vis de l’opposition ou des homosexuels. Non, le pays se distingue aussi par une forme d’injustice pernicieuse exercée à l’encontre des femmes. C’est vrai qu’il existe dans le pays de Mugabe, des associations d’activités de « genre ». C’est vrai aussi que le gouvernement élabore des programmes intéressant la réalisation de l’égalité de genre, en droite ligne des « Objectifs du millénaire pour le développement des Nations Unies ». On peut même relever une implication très sérieuse du PNUD qui a aidé le gouvernement à adopter la politique nationale sur le genre (NGP), qui ambitionne de promouvoir l’intégration des perspectives de genre dans la conception, la mise en œuvre, le contrôle et l’évaluation de politiques et programmes.

Actuellement, le PNUD est engagé dans un projet visant la réduction de la pauvreté par la participation des femmes à des processus de prise de décision, en amenant le gouvernement zimbabwéen à mettre en œuvre un programme genre « budgétisation et émancipation des femmes ».

Le pouvoir a même promulgué une loi sur la violence conjugale mais pour beaucoup et notamment de femmes comme Zhean Gwaze, journaliste très active dans la politique de genre, cela ressemble beaucoup à de la poudre aux yeux. Et elle le dit sans détours : «les femmes au gouvernement sont simplement là pour servir les intérêts des politiciens hommes. La militante des droits de l'Homme Alice Chibwe est de cet avis : ‘Nous avons une femme vice-présidente, mais ce qui importe est le travail qu'elle fait. Elle ne fait aucun travail qualitatif pour servir les intérêts des femmes’".

Ces propos sont confirmés par Chibwe, qui travaille pour la Southern African Human Rights Trust (SAHRIT) qui ne craint pas de dire que les Objectifs du millénaire risquent de ne pas être atteints d’ici 2015.

Il faut dire que ce pessimisme semble malheureusement confirmer par les faits. Le Zimbabwe a été classé 173 ème dans l’indice de développement mondial lié au genre en 2004, et les archives de la Police de 2006 montrent qu’une femme sur 4 souffre d’abus durant toute sa vie, et que près de 60 % des dossiers de meurtres, traités à la Haute Cour, sont liés à des violences conjugales.

En fait, comme pour le Sida, l’excision, les enfants soldats, le travail des enfants…, le Zimbabwe ayant compris comme beaucoup d’Etats, qu’il s’agissait de créneaux porteurs, s’y est engouffré à fond, sans accompagner de décisions concrètes, la manne qu’il reçoit. Tout au plus, fait-il de la gesticulation pour mettre certaines femmes au devant, encore que là, il s’agit des femmes du « sérail » qui n’iront pas faire des choses qui déplaisent au pouvoir.

C’est ce coup de gueule que nous fait entendre Zhean Gwaze. Mais au fond, n’est-ce pas un peu le même problème que l’on vit dans nombre de pays africains où l’engagement pour l’égalité de genre est freiné par sa récupération par les pouvoirs en place ? Cette lutte dans laquelle les Nations Unies se sont engagées, risque de connaître des déceptions si l’on ne tient pas compte de l’environnement politique des Etats. Lorsque, comme c’est le cas dans beaucoup de pays africains, les institutions sont récupérées par les pouvoirs en place qui font main basse sur toute activité politique, économique, diplomatique, sociale, culturelle…, cela instaure un climat de peur qui ne permet pas que les femmes jouissent pleinement de leurs droits. L’égalité de genre, en effet, suppose que la femme ne soit pas seulement promue parce qu’elle s’alignera derrière le parti ou les hommes au pouvoir, qu’elle en épousera les points de vue mais qu’elle le soit en considération de ses qualités propres et dans le respect de sa liberté de choix.

On le voit bien, il y a encore beaucoup de travail à faire car ils ne sont pas nombreux, ces pays africains où des femmes, qui sont à l’opposition, peuvent aspirer à des hautes fonctions dans l’administration, la diplomatie, peuvent accéder à l’Assemblée nationale. C’est ça toute la question qui hypothèque grandement cette politique de genre et l’objectif fixé par les Nations Unies.

CY


 





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