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San Finna N°418 du 18 au 24 Juin 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

SACREBLEU
LUTHER OUALI S’EST FAIT LA MALLE !

La nouvelle a commencé à couler doucement comme un ruisseau et maintenant, elle court à la vitesse d’un torrent menaçant de sortir de son lit : le Capitaine Luther Ouali s’est évadé de la MACO. C’est un peu comme si on disait « le lion est lâché ». En effet, pour ceux qui ne le savent pas, Ouali n’est pas n’importe qui.

Il avait été écroué à la prison centrale, on s’en souvient, à l’occasion de l’affaire dite de la tentative de putsch de fin 2003, qui avait fait couler tant d’encre. Le jugement s’était tenu en avril 2004.

Face au pouvoir et à ses soutiens qui pensaient tenir là une affaire pour redorer le blason du régime, notamment terni par la crise ivoirienne et compromettre l’opposition pour l’affaiblir dans la perspective de la présidentielle de 2005, il y avait tous ceux qui dénonçaient une cabale de plus à travers un procès sur mesure.

L’Observateur-Paalga du 22 avril 2004 répercutera bien de points de vue sur ce procès.


Me Gilbert Ouédraogo dira : « J’ai suivi le procès avec beaucoup d’attention. J’estime qu’il a été éducatif pour la population burkinabè. Toute la classe politique et la société civile doivent tirer de grands enseignements de ce procès. Ce fut une grande école. L’ADF/RDA avait déjà fait une déclaration pour réaffirmer son attachement aux valeurs républicaines en condamnant toute forme de prise de pouvoir par la force ».

Me Benewende Sankara se prononcera également : « Il y a eu machination…. En tout cas, le peuple burkinabè aura compris qu’on a utilisé des gens mécontents dans le but de régler des problèmes politiques. C’est vraiment dommage ».

Mr Boukaré Sébastien Zabsonré, du PDP/PS, dira pour sa part : « .. par rapport à ce qui a été dit au cours du procès, nous percevons difficilement où se trouve la tentative de putsch. Critiquer le pouvoir ne saurait constituer une atteinte à la sûreté de l’Etat. Qui ne fait pas de critiques à l’encontre des gouvernants ? Pour nous, tous les accusés devraient être acquittés ».

A l’occasion, Me Yaméogo, qui ne croit pas non plus au sérieux de cette affaire, qui pour lui est vraiment tirée par les cheveux, la qualifiera, en raison du temps incroyable mis pour son commencement d’exécution (plus de 4 ans !) de tentative de putsch entrecoupée de « pauses-café ».

Pour l’accusé Luther Ouali, cette affaire tombait à point nommé même si elle avait tourné court. Il n’entendait pas bouder son plaisir. Il fera l’évènement en comparaissant devant ses juges, le port altier et le verbe haut. Il ne niera pas les accusations qui pesaient sur lui. Au contraire, l’occasion sera belle pour lui d’expliquer les raisons de son engagement à lutter pour délivrer le peuple du régime Compaoré. Ces raisons ne sont pas exclusivement liés à des griefs personnels mais à la façon dont l’armée est gérée, rongée par le clientélisme, le favoritisme (une armée dira-t-il où les sous-officiers peuvent commander à des officiers), à la façon dont son pays est gouverné, marqué par les injustices, l’impunité, les ingérences...

Il a spécialement ressenti l’assassinat de Norbert Zongo et de ses compagnons comme un déclic patriotique à la révolte. Voyant la foule, le jour de l’enterrement, s’agenouiller au pont de Gounghin pour prier, il s’est senti interpellé. C’est de là que date sa décision de lutter pour soulager le pays de Blaise Compaoré, qui à son sens, incarne le mal suprême du Faso.

Devant les magistrats, il tentera de faire des révélations sur les conditions de ces crimes odieux mais on lui fit savoir qu’il se trompait de procès. Il ne put cependant manquer d’exprimer sa satisfaction que le procès lui ait donné l’occasion de dénoncer ce qu’il a qualifié de « Compaorose » c’est-à-dire la gestion anti-démocratique, anti-sociale du pays par le chef de l’Etat. Et Ouali y est allé de bon cœur, à en susciter la colère des gens du pouvoir mais la satisfaction de nombre d’opposants qui ne pensaient pas qu’il puisse exister dans l’armée, des voix pour donner autant d’amplitude à leurs propres dénonciations.
Il écopera sans bavures de 10 ans ferme. Pour autant, il n’en était pas mortifié, loin s’en faut. Il le fera savoir en ces termes : « Même si je vais en prison, mon but est atteint » (in l’Observateur Paalga du 19 avril 2004).

C’est cet insurgé emblématique (qui a révélé de façon spectaculaire que l’armée n’était pas ce long fleuve tranquille qu’on pouvait croire), qui s’est fait la belle il y a bientôt une semaine, à ce qu’on dit, et qui laisse les Burkinabé pantois, tenaillés par bien de questions.

Comment a-t-il pu s’enfuir ?

A-t-il eu des complices ?

Où peut-il bien se rendre ?

Pourquoi n’a-t-il pas saisi d’autres occasions qui se sont présentées pour se faire la belle, comme cette grande évasion du 29 septembre 2004 où la prison s’est vidée de 102 prisonniers, et surtout cette fameuse nuit du 20 au 21 décembre 2006 où des militaires en colère sont venus lui demander de s’associer à leur protestation ?

Mais tel qu’on connaît l’homme, qui n’a pas plié pendant le procès, ni durant sa détention et qui n’a pas abjuré sa mission à ce qu’on sache, il ne manquera peut-être pas, là où il se trouve, de se faire entendre !

KS





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