6ème
FORUM DE COMMUNICATION ALTERNATIVE (FOCAL) DE L’
UNDD
Thème
:
Procès de Charles Taylor :
Déni de justice programmé de la communauté
internationale ?
(Ouagadougou, le 16 Juin 2007)
Alors qu’après l’ouverture
du procès de Charles Taylor, ses juges s’attèlent
logiquement à asseoir leur conviction sur toutes
les responsabilités liées à l’affaire,
un autre travail est engagé par le biais de
certains médias et officines pour obtenir de
l’opinion, un pré jugement qui influence
le procès dans le sens d’une sélection
des incriminations.
Heureusement, il y a eu des résistances anticipatrices
et elles sont toujours en œuvre.
OPERATIONS
DE CANTONNEMENT DU PROCES
Depuis
ce 4 juin 2007 en effet, on sent bien comme une conspiration,
préparée de longue date et à
renfort de gros moyens, pour enclore les débats
autour de la seule mise en cause de Charles Taylor
comme unique auteur des crimes de guerre et des crimes
contre l’humanité commis en Sierra Leone..
Tout est bon pour baliser le procès autour
de considérations non substantielles pour la
manifestation de la vérité mais qui
peuvent nourrir la polémique dans une opinion
travaillée.
Pourquoi ce procès à La Haye qui ressemble
à un procès de vainqueurs, de colons,
contre les éternels opprimés ? Comme
si la distribution de la justice était plus
opérationnelle, plus saine et plus sécurisée
en Afrique et que la délocalisation était
sans précédent, en droit pénal
international !
Pourquoi ce procès contre un Africain alors
que ne sont pas inquiétés des puissants
de ce monde pour les ravages qu’ils causent
ici et là, en Palestine, en Tchétchénie,
en Afghanistan, en Irak, au Tibet, à Guantanamo,
au Liban … ? Comme s’il fallait attendre
que tous les infracteurs soient mis sous main de justice
avant d’empêcher ceux qu’on a sous
la main, de nuire !
Insidieusement, Charles Taylor en vient à être
présenté comme un pauvre hère,
l’agneau sacrificiel qui lutte dans des conditions
peu amènes (surveillé de jour comme
de nuit, sustenté par une alimentation fade,
privé de ses droits d’accusé..)
contre des juges décidés à lui
faire rendre gorge ; un souffre-douleur qui garde
cependant toute son intelligence des rues et qui parvient
même à déstabiliser le Tribunal
en adoptant des postures qui lui font gagner des points.
Relevons seulement que sa sortie jugée si brillante
sur ses droits bafoués et spécialement
au sujet de ses témoins qu’on empêcherait
de voyager n’avait pas de raison d’être
ainsi montée en neige. En attestent ces termes
pertinents de la Résolution 1521 du Conseil
de Sécurité, en son alinéa 9
: «Décide que les mesures imposées
au paragraphe 4 a) de la résolution 1521 (2003)
du 22 décembre 2003 ne s’appliqueront
pas ..(..) à l’exécution du jugement
et que l’interdiction de voyager sera levée
pour tous témoins dont la présence sera
requise au procès ». Alors, trêve
de dilatoire !
Par ce petit jeu cependant, on voudrait transformer
ce procès en un combat singulier entre Charles
Taylor et l’antipathique procureur du tribunal,
Stephen Rapp, à la solde des ennemis du continent
; bref, métamorphoser le dictateur pour en
faire un homme au fond pas plus mauvais qu’un
autre, que son peuple à l’occasion plébisciterait
contre Mme Sirleaf. « L’Express »
du 4 juin 2007 pour sa part, va jusqu’à
dire qu’il sera difficile d’établir
sa responsabilité dans les faits qui lui sont
reprochés parce qu’il aurait été
loin du théâtre des opérations.
C’est la totale. Il faut croire que maintenant,
dans un procès pénal, les collaborateurs,
les instigateurs, les parrains, les commanditaires
et autres auteurs intellectuels d’un crime sont
obligés d’en être les exécutants
directs pour être passibles de poursuites !
LES
COMPLICES PRESUMES DE CHARLES TAYLOR
Une
telle justice, qui réduirait aussi arbitrairement
le champ de l’imputabilité des crimes
ne serait ni conforme aux principes qui fondent le
droit pénal, ni conforme au bon sens commun.
Si le monstre Frankenstein, ne l’oublions pas,
a pu commettre des horreurs, c’est parce qu’il
a eu un fameux docteur du même nom qui l’a
créé. Si Charles Taylor, le «Serial
killer » de l’Afrique de l’Ouest,
a pu écumer la sous région, c’est
qu’il a eu plusieurs « Docteurs »
plus ou moins zélés, dont la plupart
sont encore en vie.
Ainsi, c’est dans une mesure symbolique le cas
des Américains parce qu’ils auraient
aidé Charles Taylor à se faire la belle
d’une prison américaine pour aller en
finir avec le sanguinaire Samuel Doe.
On pointe du doigt également le Burkina Faso
où, après une escale carcérale
au Ghana, il a atterri pour s’y construire des
fidélités durables. Le quotidien français
Libération du 5 juin 2007, sous le titre «
Les ‘diamants du sang’ de Charles Taylor
les rappelle bien à propos : « La trajectoire
de Charles Taylor croise alors celle de plusieurs
parrains bien disposés à son égard
: l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny qui
a des comptes personnels à régler avec
le pouvoir alors en place à Monrovia, le dirigeant
burkinabé Blaise Compaoré, jamais en
retard d'une intrigue pour placer ses pions dans la
sous-région et, surtout, le colonel libyen
Muammar Kadhafi, prêt à toutes les aventures
pourvu qu'elles se parent d'atours anticolonialistes
».
Et justement, peut-on occulter le rôle de la
Libye où Charles Taylor faisait des séjours
fréquents notamment de formation, en compagnie
des Foday Sankoh et autres mercenaires de grand chemin
que le Guide a toujours aimé lâcher dans
bien de pays du continent pour des guerres de prédation
et d’hégémonie ?
Il est également impossible de mettre sous
le boisseau, sinon les complicités avérées
de la France, son silence qui a permis que se déroulent
avec Charles Taylor des trafics d’armes, de
bois, de diamant, impliquant des multinationales et
autres intermédiaires. C’est bien la
question que se pose Patrice Nganang, romancier camerounais
: « Taylor sera jugé, certes. Mais qu’en
sera-t-il des marchands d’armes, des multinationales
ayant profité des diamants, du bois, des minerais
de la guerre - parmi lesquelles on retrouve Usinor-Sacilor
et Bolloré, selon plusieurs sources ? ».
(in http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=25360).
Mais les omissions les plus coupables dans ce dossier
sierra leonais pour lequel comparaît Charles
Taylor, concernent évidemment la Libye, et
surtout le Burkina Faso qui croule sous les accusations
comme celles venant de Thomas Hugeux : « …Fort
de 15 000 à 20 000 hommes aguerris, le RUF
tient encore la brousse, ses fiefs du Nord et du Sud-Est,
et les mines de diamants de l'Est. L'exportation illégale
des gemmes lui assure d'ailleurs, grâce à
la bienveillance du Liberia voisin, une rente de 200
millions de dollars par an. De quoi puiser largement
dans l'arsenal des trafiquants d'armes ukrainiens,
avec la complicité, cette fois, du Burkina
Faso » ( in L’Express du 25/05/2000).
De son côté, feu François-Xavier
Vershave, dans son célèbre livre "Noir
silence - Qui arrêtera la Françafrique
?" paru en 2001, a écrit ceci : «
Le Burkina de Compaoré est le parrain central
de l’entreprise Taylor-Sankoh…. ‘
Des officiers de la Force d’interposition ouest-africaine
(Ecomog) et particulièrement le général
nigérian Timothy Shelpidy, ont évoqué
le soutien de l’État burkinabè
aux rebelles sierra-léonais. Les mêmes
accusations avaient été portées
par le journaliste américain James Rupert le
10 janvier 1999 dans le quotidien américain
Washington Post. Selon des sources concordantes, les
Nations Unies disposeraient désormais de preuves
sur le soutien du Burkina aux rebelles de Freetown’.
Un rapport américain précise, en juillet
1999 :’ Récemment, l’Ukraine a
envoyé des armes au Burkina Faso, indiquant
sur les certificats de destination que ce pays était
l’acheteur. Ouagadougou a ensuite cédé
les armes aux combattants du RUF en Sierra Leone’».
Il n’est jusqu’au Parlement de l’Union
Européenne qui n’ait incidemment évoqué
la question en dénonçant l’impunité
liée à la criminalité de groupe
: «.. plusieurs anciens dictateurs africains,
en particulier Charles Taylor (Sierra Leone), Mengistu
Haïlé Mariam (Ethiopie) et Hissène
Habré (Tchad) et leurs complices coulent aujourd'hui
des jours paisibles en toute impunité »
(http://www.avomm.com/index.php).
Mais pour mettre en lumière toutes les facettes
de ce dossier, il faut ajouter les tolérances
multiples à l’endroit de Charles Taylor
de la part de la CEDEAO et même de la part des
Nations Unies. On comprendra alors l’ampleur
des difficultés à appeler en cause tous
les impliqués dans cette vaste association
criminelle. C’est qu’au niveau le plus
haut de la gouvernance mondiale, où se concentrent
des pouvoirs de toutes sortes, le phénomène
maffieux a pris corps, favorisant l’impunité
des plus grands. Ce serait pourtant un déni
de justice contre l’humanité que de laisser
sur la touche, les acteurs-clé.
EXIGENCES
D’UN JUGEMENT GLOBAL, INCLUSIF ET JUSTE
Plusieurs
experts de la très sérieuse «
Organisation de coopération et de développement
économique » (OCDE), ont en tout cas,
explique Jeune Afrique, condamné ce tropisme
judiciaire qu’est « l’acharnement
actuel contre le seul président libérien
Charles Taylor.. ». L’hebdomadaire poursuit
: « Comme la réunion se déroulait
à huis clos, ils n’ont pas hésité
à dénoncer la responsabilité
des présidents libyen et burkinabé dans
l’acheminement d’armes, notamment ukrainiennes,
dans la sous région ». (in Jeune Afrique
du 18 au 24 mai 2003).
La journaliste Stéphanie Maupas, avec une pointe
d’amertume, est allée dans le même
sens à l’occasion de l’ouverture
de la première audience du tribunal spécial
sur la Sierra Leone autour du procès à
Freetown de Sam Hinga Norman, chef des milices progouvernementales
: «Ni mercenaires, ni représentants de
la De Beers, principale compagnie d’exploitation
du diamant, ni les présidents libyen ou burkinabé,
connus pour leur appui aux rebelles du RUF, n’apparaîtront
dans le box des accusés » (in Le Monde
du 4 juin 2004).
Pour David Crane, ancien procureur du Tribunal spécial
sur la Sierra Leone, il n’y a pas non plus de
doute : «.. le tribunal est chargé de
juger les principaux responsables des crimes de guerre
commis durant la guerre civile sierra-léonaise.
Cela signifie « poursuivre ceux qui ont déclenché
cette guerre, qui l'ont facilitée, qui l'ont
soutenue, qui l'ont poursuivie et qui ont créé
les conditions permettant à d'autres individus
de tuer, de violer, de mutiler, de réduire
en esclavage, de piller, etc. » (Washington
File le 11 avril 2006).
C’est le même D. Crane qui avait révélé
cet extraordinaire coup d’audace de l’ancien
dictateur -vraiment irrécupérable- qui
rompant son exil doré au Nigeria, se serait
rendu à bord d’un avion burkinabé
à Ouagadougou pour des conciliabules au sujet
des élections alors en préparation au
Libéria et autour d’actions de déstabilisation
de la Guinée.
Mais D . Crane est loin d’être le seul
à proscrire un procès effeuillé
de ses principaux acteurs. C’est aussi le cas
du journaliste Narcisse Kimfado, qui révèle
que « Sur les 32 000 pages d’accusation
dans le procès Taylor, 7 000 le (NDLR : Blaise
Compaoré) concernent directement » (Afrique
Education N° 223 du 1er au 15 mars 2007).
Le célèbre avocat et professeur de relations
internationales à l’Université
de Reims, Albert Bourgi, sera plus catégorique
lors du « Débat africain » du 09
avril 2006 sur RFI : « Taylor n’a pas
agi de manière isolée. Il a eu des alliés
dans la région. D’autres chefs d’Etat
ont participé au festin meurtrier au Libéria
comme en Sierra Leone … La Libye est impliquée.
Le Burkina Faso, c’est très clair, était
impliqué. Charles Taylor y disposait d’une
villa pour ses différents séjours au
Burkina Faso ».
Pour Patrice Nganang, suscité, les choses sont
claires : « Que Charles Taylor, l’ancien
satrape de Monrovia (Liberia), soit jugé par
un tribunal international, est une bonne chose. Mais
la communauté internationale devrait veiller
à ne pas faire respecter la règle du
droit en Afrique à la tête du client
». (http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=25360).
Cette exigence est répercutée dans un
documentaire d’Alexandre Héraud et Jean-Philippe
Navarre consacré à Charles Taylor et
à son jugement : « Un procès qui
risque bien d’ouvrir la boîte de Pandore,
tant les complicités internationales étatiques
(Libye, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, France…)
et industrielles dont a bénéficié
l’ancien président pour faire fonctionner
son économie de guerre (bois et diamants contre
armes) sont aujourd’hui connues… »
(Radio France le 02/04/2007 http://www.radiofrance.fr/chaines/France
culture/emissions/sur_docks/fiche.php?diffusion_id=51019)
Même
au Burkina Faso, il ne faut pas croire, ce souci est
partagé. Des voix se sont toujours élevées
dans le même sens, venant de l’opposition,
de la société civile...
Le Collectif des organisations démocratiques
de masse et de partis politiques dénonçait
déjà, dans son Message du 9 avril 2000,
les ingérences burkinabé : « Nous
ne pouvons accepter les ventes d’armes par tonnages
incalculés à des pays africains, le
trafic de diamants et autres pierres précieuses,
des produits pétroliers à l’Angola
de Savimbi, à la Sierra Leone de Fodé
Sankho, au Libéria de Charles Somé Taylor
car tel est son nom au Burkina Faso ».
Idem pour les médias. « Charles Taylor
selon les analystes les plus avertis de la scène
politique nationale ne peut pas répondre correctement
devant le tribunal spécial pour la Sierra Leone
sans citer le nom de Compaoré ». (Bendre
du 7 juillet 2003).
Le 14 avril 2004, la CDS, la CPS, le FFS, le FPC,
le GDP, le MDR, l’OBU, le PAI, le PDP/PS, le
PDS, le PFID, le RDEB, l’UDPI, l’UNDD
et l’UNIR/MS, partis d’opposition, rentrent
dans la danse : « Les partis politiques, signataires
du Mémorandum, sont d’autant plus attachés
à la mise en place d’un tel instrument
d’investigation que les accusations récurrentes
qui pèsent sur le Burkina Faso relèvent
de la compétence des juridictions internationales
(commerce illégal d’armes, de diamants,
ingérences au Libéria, en Sierra Leone,
en Angola, en Côte d’Ivoire)».
Les mouvements de droits de l’homme ne sont
pas en reste : « Nous avons dénoncé
la présence du Burkina au Libéria, la
présence burkinabé en Sierra Leone.
Si vous avez suivi les différends entre le
Burkina et le Togo, entre l'Angola et le Burkina et
aujourd'hui entre la Mauritanie et le Burkina nous
disons qu'il est temps que le Burkina arrête
de mener ce type de politique qui le met en danger
et toute la sous-région avec » (Halidou
Ouédraogo, Président du Mouvement burkinabé
des droits de l’homme et des peuples, interviewé
par Le Patriote du 23 Septembre 2004).
On le voit, l’intérêt de ce procès
est loin de se trouver comme à la fin d’un
western, dans un face à face entre deux individus
aux personnalités trempées, le «bravo»
Charles Taylor et le mauvais Stephen Rapp. Ca, c’est
un tableau qui peut inspirer bien de thrillers mais
qui reste plutôt caricatural au regard de la
gravité de la situation.
L’ancien dictateur n’est pas l’enjeu
ultime et unique du procès. Son avocat Karim
Khan, en lançant à la volée à
l’ouverture du procès, que son client
n’en était qu’un «élément
mineur », a bel et bien recadré les choses.
Du coup, ce procès, malgré les pare-feux,
peine encore plus à passer pour celui du seul
Charles Taylor plutôt que celui de tous ceux
qui, ensemble et de concert avec lui, sont impliqués
à des degrés divers dans les faits de
la procédure.
Qu’importe alors que les charges retenues concernent
les crimes commis en Sierra Leone et non au Libéria
! Qu’importe que le procès se tienne
à La Haye et non en Afrique ! Qu’importe
qu’on n’ait pas d’abord jugé
Poutine, Bush, Olmert, Blair, Chirac…et tutti
quanti, avant d’en venir à Charles Taylor
! L’essentiel, c’est qu’il y ait
un début de réaction organisée
au plan universel contre la délinquance des
chefs d’Etat et autres personnalités
mises directement en cause dans ce procès.
Ca sera déjà ça de gagné
; le reste viendra de surcroît, comme la conséquence
d’une jurisprudence victorieuse et irréversible.
LES
RESISTANCES A LA JUSTICE
Pour
autant, des inquiétudes, il y en a. Les USA
(même concernés a minima) restent les
USA, la première puissance du monde, rejetant
de surcroît la compétence de la juridiction
pénale internationale pour ce qui la concerne
; mais à leur décharge, ils ont plutôt
fait amende honorable en se retournant contre Charles
Taylor. La France reste la France (4ème puissance
du monde ayant des protections diplomatiques très
puissantes) qui n’a pas jusqu’à
preuve du contraire, renié le dictateur. La
Libye, quant à elle, engluée jusqu’au
cou dans l’affaire, reste égale à
elle-même, et continue même à faire
danser au monde, la danse du ventre à cause
de son pétrole, de ses pétrodollars
comme l’a symbolisé Abderahmane Ahmat
sur Internet : « Aujourd’hui, la mort
de 440 personnes a été classée
grâce à de simples virements bancaires.
Le Colonel Khadafi a déboursé 10 millions
de dollars US pour chaque victime de la Pan-Am (des
Américains !) et 1 million de dollars US pour
chaque victime de l’UTA (Africains et quelques
Européens !). L’argent lave le sang !
Kadhafi s’est lavé les mains ensanglantées
avec l’argent du peuple libyen. Ce qui n’empêche
pas aujourd’hui, Tony Blair, Condoleeza Rice
et beaucoup d’autres petits de ces grands pays,
donneurs de leçons de démocratie et
surtout de justice, de défiler chez le «
Guide » Libyen et faire le clown pour quelques
marchés juteux ». En Côte d’Ivoire,
Félix Houphouët Boigny n’est plus
là mais nombre de ceux qui l’ont aidé
et qui ont poursuivi son œuvre jusqu’à
finir par mettre à feu et à sang sa
Côte d’Ivoire bien aimée, après
sa mort, sont toujours là pour veiller au grain.
Quant aux autorités burkinabé, elles
se disent qu’elles ne peuvent -sauf impossible-
être épinglées sans que d’autres
ne le soient avec elles ; et pour mieux bétonner
leur défense, elles n’arrêtent
pas de clamer qu’en tout état de cause,
lors même que les faits les contredisent, elles
ont rompu depuis belle lurette toute relation avec
Charles Taylor, comme si cela valait exonération
de poursuites.
Au fond, chacun se tient par la barbichette, assuré
de l’impunité.
DES
RAISONS D’ ESPERER
Mais
de la force d’inertie que peut exercer tout
ce beau monde sur la procédure, le célèbre
prisonnier de La Haye en a conscience comme il perçoit
qu’elle est à double tranchant. En effet,
elle constitue une protection pour lui, et pour peu
qu’il accepte de jouer le jeu et de respecter
l’ « omerta », il pourrait connaître
une autre forme d’asile doré à
Londres en attendant de voir venir. Tant qu’il
y a la vie, y a l’espoir, n’est-ce pas
? Mais Charles Taylor sait aussi, pour l’avoir
expérimenté, que c’est toujours
dangereux de laisser circuler des témoins gênants,
et plus encore des acteurs puissants d’un crime
organisé, gagnés par la psychose d’être
« balancés » ; ce que confirme
à sa façon Ben Ismaël, dans un
écrit publié dans « Chronique
diplomatique » : «.. si Charles Taylor
parle..(..) .. , les noms de Blaise Compaoré,
Muammar Kadhafi, Félix Houphouët-Boigny
seront cités » (www.lintelligentdabidjan.org
© Copyright Le Devoir, 25/04/2006).
Alors, le petit « cinéma » de l’accusé
au sujet de ses droits bafoués, mis en relation
avec la sortie de son avocat, pourrait cacher bien
des calculs ! L’ancien dictateur, habile à
jouer à la roulette russe avec les autres,
pourrait se dire que cette fois-ci, la balle est bien
logée dans le barillet et pointée sur
son tympan, et qu’il ne faut pas faire de faux
gestes pour connaître un sort semblable à
celui de Milosevic. L’attaque ne serait-elle
pas alors la meilleure défense pour lui ? C’est
entre autres la conviction de K. Sylvain Sasse : «De
sa prison, Charles Taylor ne cesse de jurer que, dès
sa comparution, il ne manquera pas de citer son compagnon
de toujours, Blaise Compaoré ». (in Afrique
Education N° 223 du 1er au 15 mai 2007).
Rien n’est donc exclu.
Par ailleurs, les temps changent avec les départs
de Kofi Annan, de Jacques Chirac, de Olesogun Obasanjo,
et pourraient changer encore plus avec les promesses
de Nicolas Sarkozy de décrochage avec les dictateurs
et les pratiques de la Françafrique, quoi qu’il
faille les prendre avec prudence.
Finalement, on le sait, l’issue de l’épreuve
dépendra du courage des juges, de la mobilisation
des intellectuels, des contre-pouvoirs internationaux
non récupérés comme de la ténacité
de ces partenaires de la communauté internationale
qui refusent de se prêter aux accommodements
qui portent atteinte à l’équilibre
de la justice. Alors, on le voit bien, ce déni
de justice qui veut forcer les porte du Tribunal à
La Haye devient le défi de tous, de Eva Joly,
de Carla Ponte, du Procureur Rapp…, et par-dessus
tout celui de la justice pénale internationale
qui, par trop suspectée d’être
une justice retenue, instrumentalisée par les
puissants de ce monde, a grand besoin de convaincre.
En conduisant ce procès Charles Taylor et autres
de façon véritablement inclusive, dans
la stricte appréciation du degré des
implications avérées, elle résorberait
grandement son déficit de crédit et
aiderait au relèvement de l’éthique
sociale dans ce monde menacé par l’action
corrosive des forces maffieuses.
Et ce ne seront pas les centaines de milliers de victimes
(ou leurs familles), en attente de vérité
et de justice, qui s’en plaindront ni la collectivité
universelle dont l’ordre violé commande
aussi réparation.
KS
LE
SYNDICAT NATIONAL DES ENTREPRENEURS EN BATIMENT ET TRAVAUX
PUBLICS SECTION DE L’OUEST, EN CONCLAVE A BOBO-DIOULASSO
L’Hôtel
Ran Somkiéta de Bobo-Dioulasso a servi de cadre
le samedi 08 juin 2007 dernier, à l’organisation
d’une assemblée générale
et au renouvellement du bureau de la section de l’Ouest
du SNEBTP (Syndicat National des Entrepreneurs en
Bâtiment et Travaux Publics) .
Cette
importante cérémonie a connu la présence
du préfet de Bobo-Dioulasso représentant
le Gouverneur Mathieu B Ouédraogo, empêché,
et de plusieurs autres invités. En prenant
la parole le premier, le président régional
sortant de cette organisation, Monsieur Salif Ouédraogo,
a tenu à remercier tous ceux qui ont tenu à
honorer de leur présence cette importante cérémonie,
qui selon lui est une étape décisive
et incontournable dans la vie de leur syndicat. A
l’endroit des autorités régionales,
il a eu des mots de remerciements pour l’intérêt
qu’elles accordent à la vie du SNEBTP,
Section de l’Ouest. Pour terminer, il a souhaité
que les sympathisants et les membres du syndicat participent
activement aux débats afin que chacun puisse
apporter sa pierre à la construction de leur
édifice commun qu’est le SNEBTP.
A la suite de l’intervention du président
régional sortant, le préfet de Bobo-Dioulasso,
représentant le Gouverneur de la région,
prit la parole pour son discours d’ouverture.
Il promettra de ne ménager aucun effort pour
soutenir les actions qui tendent au développement
harmonieux de la région. Après le discours
d’ouverture, le président sortant reprit
la parole , mais cette fois-ci pour faire le bilan
moral du syndicat après avoir passé
six ans à la tête de cette organisation
syndicale . La gestion efficiente d’un syndicat
n’étant pas chose aisée, vous
conviendrez avec nous que le SNEBTP n’a pas
échappé aussi à cette règle
car il ressort du bilan moral que beaucoup de dysfonctionnements
sont apparus dans la mise en œuvre effective
des activités du syndicat.
Sur ordre du bureau national, il a été
décidé que pour être électeur
et éligible, il fallait être en possession
de la carte de membre qui a été fixée
à 10 000 f CFA. Et comme il fallait s’y
attendre, ces cartes ont été vendues
comme des petits pains à ceux qui n’en
avaient pas. Après l’élection
du bureau, nous avons constaté qu’il
n’y a pas eu un grand changement car le président
sortant, Monsieur Ouédraogo Salif s’est
succédé à lui-même. Ce
bureau fort d’une trentaine de membres dit être
prêt pour défendre vaille que vaille,
les intérêts de leurs membres pour le
développement de la région en particulier
et du Burkina Faso en général.
C’est dans une ambiance bon enfant que le président
réélu du syndicat national des entrepreneurs
en bâtiment et travaux publics section de l’ouest,
Monsieur Salif Ouédraogo et ses collègues
entrepreneurs, se sont quittés.
Seydou
Diabo