Mise à jour le 17/06/2007
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San Finna N°418 du 18 au 24 Juin 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

A vue de monde

JACQUES CHIRAC II
TEMPETE JUDICIAIRE ANNONCEE SUR UNE SECONDE VIE ?

Il était tellement « accroc » au pouvoir et y avait consacré tant d’années de sa vie qu’on se demandait s’il ne serait pas victime d’un blues fatal quand il quitterait la « scène ». Pour rassurer, il avait dit qu’il aurait une autre vie, et son entourage en avait esquissé les perspectives en montrant qu’il pourrait entre autres s’investir dans le vaste et passionnant chantier de l’écologie, dans celui de la défense des arts et surtout des arts premiers auquel son nom est déjà attaché par une réalisation remarquable : le Musée des arts premiers. On annonçait également de la rédaction d’un livre. Voilà qui pourrait annoncer un feuilleton à rebondissements mais plutôt tourmenté pour Jacques Chirac puisque c’est de lui qu’il s’agit.

En effet, le samedi 16 juin dernier, a pris fin selon les termes de l’article 16 de la Constitution, l’ immunité de Jacques Chirac, et l’opinion s’emplit de rumeurs de convocations dans une kyrielle de dossiers. Comme si les juges en charge de ceux-ci attendaient -en rongeant leur frein- la fin de cette immunité, il semble qu’ils se soient effectivement engagé dans une course à la prime pour savoir lequel d’entre eux sera le premier à rentrer dans l’histoire en convoquant avant les autres, un 18 juin, l’ancien président. Mais de nombreuses indiscrétions font état d’ un grand coup d’éponge sur les vieux dossiers de l’ancien locataire de l’Elysée, ce qui justifierait ces concentrations nuageuses à l’horizon venant de juges qui ne veulent pas se retrouver Gros Jean comme par-devant.

1er nuage : les juges Henri Pons et Jean-Marie d’Huy auraient en conséquence fait ce qu’il fallait pour qu’à la date historique du 18 juin (qui marque le célèbre appel du Général de Gaulle à la résistance), Jacques Chirac reçoive, lui, pour l’histoire, son appel à comparaître devant eux, dans le dossier Clearstream dont les notes du Général Rondot le mettent en cause.

2ème nuage : Jacques Chirac devrait être rapidement convoqué, comme témoin assisté, par le juge de Nanterre Alain Philibeaux dans le dossier des emplois fictifs du RPR. Là, son cas ayant fait l’objet d’une disjonction au moment du jugement qui a coûté une condamnation à sursis à Alain Juppé, revient devant le juge maintenant qu’il n’a plus son immunité.

3ème nuage : l’ancien président devrait expliquer au juge Patrick Desmure, son rôle dans le dossier des emplois fictifs de la mairie de Paris. Il s’agira ici de dire comment s’est opéré, pour le compte du RPR, le financement occulte de la cinquantaine d’employés au coût chiffré de 4 à 6 millions d’euros, selon la Division nationale des investigations françaises (DNIF). Il faut se rappeler que certains des ex-employés, et pas des moindres (Geneviève Balladur, Agnès Pasqua, Yves Lecanuet, François Debré) auraient reconnu devant les enquêteurs en 2002, que leurs contrats comportaient des zones floues.

Mais ce n’est pas tout : il pourrait aussi avoir à répondre à la juge Xavière Siméoni pour l’affaire Euralair, ces billets d’avion gratuits qu’on a découvert, avant 1995.

Des nuages, pour dire vrai, il en existe beaucoup plus que cela. Il y a ceux que cachent les affaires des frais de bouche (qui pour faire sourire, n’en ont pas moins mobilisé des sommes importantes) et de la SEMPAP (cette imprimerie de la ville de Paris qui aurait permis des détournements d’argent de la capitale grâce à des factures gonflées de 20 à 40 % dont le surplus était, dit-on, versé dans les caisses du RPR). Le juge Jean-Marie d’Huy veillera certainement à ce que ce dossier ne soit pas classé dans les oubliettes.

Il y a aussi des nuages avec ces marchés truqués des HLM qui ont permis que pendant de nombreuses années, soit détournés environ 15 millions d’euros sous forme de marchés truqués, de pots de vin, comme il y en a avec le château de Bity, acheté à 10 000 euros en piteux état, et qui aurait été classé monument historique en un tour de main pour ouvrir droit à 15 000 euros de subventions publiques pour sa rénovation.

Mais il y a aussi nuages chargés dans le dossier Borrel. Véritable brûlot avec ces juges Fabienne Pous et Michèle Ganascia qui ne sont pas décidées à s’en laisser conter et avec cette veuve Borrel, accrocheuse comme une teigne, qui ne faiblit pas dans sa lutte pour faire éclater la vérité et la justice dans le dossier de son défunt mari.

Les choses pourraient tourner au cauchemar si, suivant l’exemple des juges et des victimes français, les juges internationaux et les victimes africaines se donner du cœur au ventre pour presser au jugement de ces nombreux dossiers africains, genre crimes de guerre et crimes contre l’humanité (Libéria, Sierra Leone, Côte d’Ivoire, RCA, Tchad..) et genre génocide rwandais dans lesquels beaucoup d’allégations pèsent sur Jacques Chirac.

Voilà de quoi effectivement priver l’ancien président de cette reconversion à la « Clinton » ou à la « al Gore ».

Faut-il espérer que, solidarité partisane ou présidentielle jouant, Nicolas Sarkozy use de ses pouvoirs et de son autorité pour rendre la vie moins pénible à son prédécesseur ? Il y en a qui le disent et qui affirment que cela a fait l’objet d’un « deal » au terme duquel Jacques Chirac a décidé de soutenir Nicolas Sarkozy. Comme pour en convaincre, voilà que se répand la rumeur qu’un texte serait en préparation au Sénat pour proposer la limitation du temps de la mise en examen à 5 ans. Du coup, Jacques Chirac serait lavé des poursuites qui datent de plus de 5 ans et qui sont les plus graves. Mais comment voter une loi, qui en dépit des artifices, reste aussi personnalisée quand l’opinion et particulièrement les juges, sont aux aguets, quand Nicolas Sarkozy lui-même s’est engagé à ne pas prendre d’amnistie, quand il ne s’est pas désisté de sa constitution de partie civile dans l’affaire Clearstream, et quand François Fillon a déclaré que l’ancien président n’étant plus aux affaires, était devenu un justiciable comme un autre ? Comment le faire devant ce sondage qui fait grand bruit en révélant que 80% des Français considèrent Jacques Chirac comme un justiciable comme un autre, selon un sondage CSA et que seulement 16% des personnes interrogées souhaitent que la justice prenne en compte son statut d'ancien président de la République (4 % ne se prononçant pas) ?

Voilà qui augure d’intenses péripéties judiciaires qui risquent d’occuper le quinquennat pendant longtemps et de constituer une diversion peut-être pas si innocente que cela.

Tout de même, Nicolas Sarkozy devra la jouer fine car, de deux choses l’une :

- soit les Français réagissent négativement et prennent partie pour l’homme, le jugeant victime de harcèlement, ou tout simplement par patriotisme, estimant que son humiliation à ce niveau atteindrait la France elle-même, ce qui ne semble pas encore le cas

- soit ils réagissent comme les Roumains vis-à-vis de Ceausescu, en se démarquant totalement de lui et même en souhaitant en être exorcisés, pourquoi pas par des procès retentissants, ce qui pour le moment se dessine ?

Dans le premier cas, Nicolas Sarkozy courrait des risques à laisser la machine judiciaire broyer son prédécesseur. Dans le second cas, il pourrait y trouver l’occasion rêver, l’électrochoc idéal, pour son travail de rénovation des institutions et des mœurs politiques.

Voilà pour Jacques Chirac en tout cas, une seconde vie qui risque d’avoir autant de retentissement que la première et faire de lui, un immortel bien particulier.

VT

 





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