Mise à jour le 17/06/2007
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San Finna N°418 du 18 au 24 Juin 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

LE PRESIDENT SARKOZY FERAIT-IL MIEUX DE SE PLIER AUX EXIGENCES DE LA RAISON D’ETAT, OU NON, DANS L’AFFAIRE BORREL ?

Il ne sera pas dit que le Juge Borrel aura perdu sa vie, gratuitement assassiné, pour passer comme ça aux oubliettes. En tout cas, ce n’est pas le point de vue de certains Français, notamment de ses collègues, qui n’en finissent pas de farfouiller dans le dossier. Le rebondissement que vient de connaître l’affaire exhale au grand jour ses senteurs de raison d’Etat avec l’implication possible de l’ancien président Chirac, ce qui évidemment soulève une polémique. S’il y en a qui estiment qu’il faut continuer, comme Jacques Chirac à accorder, pour protéger les intérêts supérieurs de la France, le soutien de son pays au président djiboutien Ismail Omar Guelleh, ils sont tout aussi nombreux à penser qu’il faut dans ce domaine, comme le candidat Nicolas Sarkozy l’avait laissé entendre en substance (dans le dossier des infirmières bulgares) privilégier l’intérêt humain à l’intérêt d’Etat. Deux sons de cloche.

LA FRANCE DOIT SAUVEGARDER LA RAISON D’ ETAT DANS LE DOSSIER BORREL

Des femmes et des hommes dans la vie, sont parfois confrontés à des phénomènes exceptionnels qui peuvent détourner leurs comportements de la normalité. Pour sauver leurs vies menacées, pour protéger un intérêt collectif, ils peuvent être amenés à enfreindre la loi, même à tuer. On leur reconnaîtra l’irresponsabilité dans ce cas, et ils n’encourront ni poursuites et encore moins sanctions. Dans la vie des Etats, c’est encore plus le cas. Il arrive en effet souvent que les gouvernants soient confrontés à des situations où ils doivent méconnaître le respect du droit pour sauvegarder l’intérêt collectif. Ils se conforment, dans ce cas, à la raison d’Etat qui n’est pas celle des intérêts particuliers. Dans cette affaire Borrel, qui est triste et dommageable aux intérêts de la famille comme aux principes du droit français, on peut comprendre la mobilisation des confrères du juge Borrel et plus encore des membres de sa famille. Mais il ne faut pas oublier que la France dispose dans ce petit pays, de sa plus grande base militaire dans le monde : 10 000 personnes. Cela est d’autant plus important dans la géopolitique internationale qu’à Djibouti, est installée une base d’écoute très perfectionnée. Il y a là des considérations qui tiennent aux intérêts suprêmes de la France. A un moment où, dans ce domaine et dans cette partie de l’Afrique très instable (soumise aux convoitises internationales), la compétition bat son plein, il ne serait pas judicieux de la part du président Sarkozy de s’engager dans une voie qui heurte le président djiboutien et qui le jette dans les bras des Chinois, qui n’attendent que ça ! L’autre risque, c’est d’abandonner Djibouti et de voir rappliquer les terroristes qui ne sont pas loin, avec leurs tentacules en Somalie. Là aussi, ce serait faire le pari sur des risques inutiles qui s’aggraveraient par la perte de cet « œil » privilégié, qui permet à partir de Djibouti, de suivre ce qui se passe au Moyen Orient. Maintenant que N. Sarkozy est président de la République, et pas de n’importe quelle République, il vivra au quotidien et particulièrement dans ce cas, ce que raison d’Etat veut dire, pour savoir raison garder !


TOMI.

SARKOZY DOIT RENDRE JUSTICE A LA FAMILLE ET AU DROIT DANS LE DOSSIER BORREL

Pendant toute sa campagne, Nicolas Sarkozy a prôné la rupture en promettant de fonder sa gouvernance sur un plus grand respect du droit. Il a ainsi indirectement déclenché un mouvement d’espérance dans le peuple français qui a adhéré à cette espèce de révolution culturelle « version française ». Cette refondation des pratiques et des institutions françaises ne peut pas s’accommoder de certains comportements du passé, faits de compromissions en particulier avec les dictateurs africains et avec la justice. Il a dit et redit qu’il n’entendait pas endosser les amitiés particulières et françafricaines de son prédécesseur avec les dictateurs africains. Il faudrait qu’il respecte sa parole comme il aime affirmer qu’il le fera de toutes ses promesses électorales. Dans le cas Borrel, il y a une situation manifeste de protection d’un assassinat d’Etat et des commanditaires de ce forfait. C’est un secret de Polichinelle aujourd’hui que ce fait s’affirme de plus en plus au regard des éléments du dossier qui montrent que la présidence française n’aurait pas été chiche de protections et même de conseils à l’endroit du président Ismail Omar Guelleh. Nicolas Sarkozy ne peut pas minimiser le droit légitime de la famille Borrel à connaître la vérité et la justice dans cette affaire, ni renier sa parole ce d’autant que des nouvelles révélations renforcent la suspicion d’entrave à la justice qui pèse sur Jacques Chirac dans ce dossier Borrel. On ne comprendrait pas qu’il emboîte le pas de Jacques Chirac à un moment où l’affaire est sur la place publique et qu’elle connaît de plus en plus de soutiens, emportés par la veuve Borrel, une combattante parmi les combattantes (qui vient justement de lancer un appel au nouveau président pour qu’ il fasse respecter l’indépendance de la justice dans l’enquête sur la mort de son mari). Les avantages comparatifs dans cette affaire entre le maintien de la raison d’Etat, qui amène à retenir la justice et la stricte application de la loi de même que le respect de la parole donnée d’un président à l’aube de sa mandature sur un principe de droit très fort, ne penchent pas en faveur de l’appui au président djiboutien. Si Nicolas Sarkozy le faisait, il décritorerait toute la confiance qui a été tissée autour de son élection !


TOZI.

Citation de la semaine

«Nous appartenons tous, nous le savons tous et ceci explique cela, à une ‘démocratie verrouillée’, une ‘démocratie forte’, une ’démocrature’ qui ne tolère d’opposition que d’opérette, qui ne supporte aucune menace pour son pouvoir »

Père Jacques LACOUR
(Sur la démocratie au Faso)






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