San
Finna N°418 du
18 au 24 Juin 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
POINT
DE VUE
L’AUTORITE TRADITIONNELLE AU BURKINA FASO ME FAIT
PEUR
(LE TITRE EST DE LA REDACTION)
L'autorité
traditionnelle au Burkina me fait peur ; face au poids
de telles coutumes, tout gouvernement moderne trouve une
raison vitale de sévir, en osant une dose minimale
de vérité au peuple ; oui, à chaque
jour de lucidité que Dieu me prête, je me
demande, dans quelle mesure, une société
où la démocratie fait référence
désormais, s'accommode, autant, de la succession
dynastique ; la réponse suppose une certaine familiarité
avec les paradoxes de la vieille Haute Volta que la Révolution
n'a pu déraciner de l'inconscient collectif.
Cependant,
il ne faut s'en émouvoir avec trop de pudeur ;
dans un environnement aussi générateur d'injustice
qu'en produit le Burkina de nos jours, la préséance
des chefs de case trouve toute sa cohérence ; le
commerce des voix constitue le pendant politique de la
prostitution en masse ; il alimente cet échange
lucratif entre des hommes politiques et les médiateurs
auprès du troupeau votant, ses bergers, en somme
; ces derniers jouent le rôle de passeurs autoproclamés
entre le sommet et la base et en tirent le maximum de
profit. Ainsi, nos dirigeants doivent l'essentiel de leur
entregent à la force qu'ils attribuent, par leur
paresse, aux anciens exploiteurs; pareil poids explique
l'ascendant des fils de notables sur les autres citoyens
; le code génétique de cette race disséminée
dans toutes les ethnies lui permet de rivaliser, ouvertement,
avec l'autorité de l'Etat, pourtant seule légitime
en vertu du droit ; à ce niveau de contradiction,
j'entrevois une étape délicate à
franchir par les élus, à moins qu'ils ne
fussent, déjà et pour beaucoup d'entre eux,
des partisans du Président Compaoré, en
somme redevables au syndicat des noblesses anciennes.
Peu de parlementaires et de maires osent s'interroger,
en public, sur la compatibilité d'un tel monopole
avec les ambitions du pluralisme.
Plus
profond dans l'analyse, l'on s'éloigne de la thèse
d'un pouvoir détenu par la majorité, au
travers de ses représentants ; la chefferie coutumière
contourne la démocratie quant elle ne la détourne
; nul ne serait surpris de constater, ici, la réhabilitation
des personnes et groupes d'intérêt déçus
par notre parenthèse révolutionnaire, au
demeurant non exempte d'erreurs de perspective ni d'infantilisme.
Le
primat par la naissance relève de la flibusterie
moderne ; il irrigue le cours constant de plusieurs maux,
parmi lesquels je cite, sans aucune prétention
à l'exhaustivité, l'esclavage – oh,
oui, il persiste au Burkina Faso - la fraude en amont
du vote, le trafic d'influence aux fins de suborner l'électeur
....Il en résulte la promotion illégale,
dans des conditions hors la loi, d'êtres arbitrairement
élevés à un rang que la constitution
ne précise, pas plus que l'utilité sociale
ne le justifie. Non, certes, je me révolte mais
ne m'étonne de rien : je vis au Burkina Faso et
n'en veux m'exiler. La grande explication aura lieu, ici
et maintenant ; demain est un autre jour, il n'appartient
à personne.
Par
précaution, je précise n'être affligé
d'aucune maladie et n'incliner au suicide. J'aime la vie
et me complaît dans la lutte pour l'Egalité
citoyenne. Qui veut me réduire au silence devra
se confronter à la lumière.