LES
FRAUDES AU BEPC
L’ARBRE QUI NE DOIT PAS CACHER LA FORET
Des
erreurs, des anomalies.., il en va comme des maladies
: pour pouvoir les corriger ou les soigner, il faut
d’abord en faire le diagnostic.
Aujourd’hui
au Burkina Faso, on sait depuis longtemps que la fraude
aux examens et concours, qui fait tant de ravages,
est devenue chronique. Maintenant, et nous l’avons
souvent écrit, on ne fait plus « le boileau
», on ne fait plus « caïman ».
Entendez par là, on ne bosse plus à
fond. La mode, c’est le « pétrole
», c’est-à-dire la triche à
tout va. On n’a plus du temps à perdre
à faire souffrir ses méninges.
La technique pour réussir, voyez-vous, si on
est de la gent féminine et que l’on est
doté par Dame nature, de charmes, c’est
de savoir bien les vendre. Lorsqu’on n’est
pas dans ce cas ou qu’on est de la gent masculine,
on a toujours recours à l’argent, l’argent
qui maintenant, au pays des hommes intègres,
peut tout puisque, avec le « quinquin »,
on peut avoir lorsqu’on n’y a pas droit,
le permis de conduire, le permis de chasse, le passeport
diplomatique, tous les examens et concours, les stages..
On peut même avoir un mandat électif
par ce canal-là.
Alors si la fraude au BEPC par exemple, a atteint
cette dimension, ce n’est pas seulement en reprenant
les examens et concours, en faisant du replâtrage
à chaque fois, qu’on pourra l’éradiquer.
Il faut remonter loin, aller aux véritables
causes et identifier les acteurs de ce mal.
On verra alors que c’est le pouvoir, que c’est
la dénaturation des missions de l’Etat
par ceux qui le représentent, qui a permis
la généralisation de cette gangrène,
à l’ensemble du corps social.
La fraude aujourd’hui, et c’est ce qui
est le plus effrayant, n’est plus seulement
endémique, elle est devenue un phénomène
de société, un phénomène
culturel national. C’est ainsi que tout marche
sur le faux, sur la triche : la vie scolaire, estudiantine,
professionnelle, sociale, économique, mais
aussi la vie politique.
Si l’on n’y prend garde, ce sont les assises
de notre pays qui sont ainsi rongées et qui
risquent de nous exposer au pire.
San
Finna a tendu son micro pour avoir le point de vue
des uns et des autres sur les fraudes. Intéressant.
Mr
Sankara Alexandre, Secrétaire général
du Front des Forces Sociales (FFS) : «Il y a
des constats à faire. Je crois que nous ne
sommes pas à la première fois de voir
des examens qui se déroulent dans la fraude,
où l’on voit un tel écoulement
de « pétrole » comme on dit sans
qu’aucune solution définitive soit trouvée.
Mais pourquoi cet état de fait ? Pour moi,
la réponse est simple : les élèves
vivent dans une société et leur comportement
est le reflet de cette société. La société
ne leur apprend pas ce qu’il y a de meilleur
pour leur avenir, et partant pour l’avenir du
pays.
Dans ce pays, tout le monde veut réussir par
la courte échelle. Si je fais un parallèle
avec les élections qui se sont déroulées,
je peux voir une situation de cause à effet.
On ne peut pas passer par les élèves,
les étudiants, pour organiser la fraude et
vouloir dans le même temps, qu’ils prennent
le bon chemin quand il s’agit d’examens.
C’est ce que nous leur laissons voir et apprendre
qui constitue leur repère. A mon avis donc,
la cause, c’est parce qu’il y a la délinquance
même de la société burkinabé.
Les solutions à mon avis, sont simples. Il
faut tout d’abord que nous revenions à
certaines valeurs, au niveau des familles d’abord,
ensuite au niveau de l’école, du système
d’éducation. Il faut inculquer à
ses enfants, les valeurs du travail, l’amour
de la patrie, l’amour pour tout ce qui est juste
et noble. Il faut qu’on enlève de la
tête de nos enfants, qu’on peut réussir
facilement. Il faut revoir le mécanisme d’organisation
de ces examens parce que, nous le savons bien, pour
que les sujets sortent, il faut bien qu’on les
extirpe d’un bureau.
Il y a actuellement des choses qui ne marchent pas
à ce niveau et qu’il va falloir résorber
: mettre les hommes qu’il faut là où
il faut sinon on va toujours se retrouver dans de
pareilles situations. Il serait dommage que ceux qui
sont à la base de telles déroutes soient
toujours là pour les prochaines fois ; c’est
eux les véritables fautifs et non ces enfants
mal inspirés ».
TN