San
Finna N°419 du
25 Juin au 01 Juillet 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
AFFAIRE
DES INFIRMIERES ET DU MEDECIN BULGARES
QUAND L’UNION EUROPEENNE FAIT DU MARCHANDAGE AVEC
LE DROIT
Le
monde est à peine remis de la transaction scandaleuse
qu’ont réalisé de grandes puissances
comme les USA, la Grande-Bretagne.. , avec la Libye pour
avoir, contre l’abandon des poursuites dans des
dossiers de terrorisme, des espèces sonnantes et
trébuchantes au profit des familles des victimes,
que déjà, un autre scandale du même
type se profile à l’horizon.
Devant les menaces émaillées de suspense
politico-judiciaires que joue depuis plusieurs années
la Libye, à la communauté internationale
au sujet des infirmières bulgares et du docteur
palestinien (ayant acquis depuis peu la nationalité
bulgare), l’Union européenne vient à
son tour d’adhérer à un marchandage
digne de tapissiers pour offrir 14 millions de dollars
pour les ayants droits de chaque victimes afin que la
justice libyenne daigne épargner la vie des accusés,
prisonniers depuis 8 ans, qui ont subi des tortures sans
jamais reconnaître leur culpabilité.
Pourtant, c’est la même Union européenne
qui estimait, il n’y a pas longtemps encore, qu’il
ne fallait pas céder au chantage libyen : «
L'UE, qui estime que les infirmières sont innocentes,
a indiqué à maintes reprises son opposition
au chantage et au versement de compensations aux familles,
mais a accordé son appui à un "Fonds
spécial d'aide" qui servirait entre autres
au traitement gratuit des malades » (in Le Nouvel
Observateur du 22 juin 2007).
Eh bien, le fonds finalement, risque de servir à
autre chose, et en l’occurrence à verser
des compensations aux familles.
C’est vrai que ces infirmières et ce docteur
sont la mauvaise conscience du monde et qu’il faut
avoir le cœur bien sec pour se montrer chiche en
efforts pour les libérer. Mais était-ce
la seule façon d’arriver à ce résultat
?
La communauté internationale ne pouvait-elle pas
atteindre le même but aux mêmes fins en s’efforçant
de préserver les fondements sur lesquels elle repose
et les principes généraux qui gouvernent
les sociétés réellement soumises
au droit ?
Il est difficile d’imaginer qu’avec toute
la puissance de frappe, de dissuasion dont disposent les
Etats qui composent l’Union européenne et
leurs alliés, il n’ait pas été
possible d’adresser des mises en garde sérieuses
qui convainquent la Libye du Colonel Kadhafi qu’il
est une ligne qu’il ne faut pas franchir sans conséquences
graves pour elle. Si les Alliés ont pu vaincre
les forces allemandes et nippones en 1945, on a peine
à croire qu’elles ne puissent pas en faire
de même vis-à-vis de la Jamahiriya libyenne.
Si donc on a fait bon marché du droit en se drapant
du manteau de sauveteur de la vie des prisonniers, c’est
peut-être parce qu’il y avait des raisons
moins désintéressées, des raisons
que connaissait parfaitement le colonel Kadhafi et qui
alors a pris tout son temps pour les éprouver.
Comment alors ne pas penser à tous ces contrats
juteux en matière énergétique, de
grands travaux, de prestations de services comme en matière
aéronautique ? Dans la course mondiale que se livrent
Airbus et Boeing, il y a encore plus de motivations à
donner du lest aux principes.
Voilà qui n’est pas très honorable
pour le leadership mondial à un moment où
l’on parle de moralisation de la vie publique internationale.