Mise à jour le 24/06/2007
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San Finna N°419 du 25 Juin au 01 Juillet 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

FAUT-IL APPRECIER POSITIVEMENT OU NEGATIVEMENT L’INSTITUTION DU SERMENT DE FIDELITE LOYAUTE DES MINISTRES SENEGALAIS
AU CHEF DE L’ETAT ?

« Je jure fidélité, loyauté et dévouement au Président de la République qui, en vertu des pouvoirs à lui conférés par la Constitution, m'a gratifié de sa confiance et m'a confié des responsabilités au sein du Gouvernement. Je jure de ne révéler à quiconque, même à mes proches, les secrets dont je serai amené à être dépositaire dans le cadre de mes fonctions. Et notamment la substance des délibérations du Conseil des ministres ou des Conseils ministériels. Ce serment me lie même après la cessation de mes fonctions. Je jure de faire un usage respectueux des deniers publics et biens de l'Etat dont j'aurai la responsabilité, et de servir la Nation avec désintérêt et dévouement ». Voici le serment prêté par les membres du gouvernement sénégalais au président Wade, qui partage au-delà des Sénégalais, l’opinion africaine entre approbateurs et désapprobateurs.

LE SERMENT SERVIRA LA CAUSE DE LA BONNE GOUVERNANCE DU PAYS


Le président Wade a eu une idée lumineuse en instituant un serment gouvernemental de loyauté et de probité à l’endroit du président de la République agissant pour le compte de l’Etat. Il suffit de voir les termes du serment et d’analyser les déterminants de la vie politique sénégalaise pour se rendre compte qu’une telle innovation était nécessaire. La gestion des affaires de l’Etat est une tâche trop sérieuse pour que l’opinion publique soit saisie, et souvent mal, des faits et gestes des gouvernants dès la sortie des conseils des ministres. Non seulement cela est de nature à annihiler l’action du gouvernement en réduisant des effets de surprise liés aux domaines de cette nature mais il n’y a rien de tel pour favoriser les délits d’initiés. Sur ce point, nul ne peut nier qu’il y aura une remise en ordre et que cela sera salutaire pour l’image de la gouvernance sénégalaise. Mais le serment a également ceci de positif qu’il interpelle les ministres sur la nécessité de prendre bien soin des deniers publics et de ne pas faire usage privatif des biens de l’Etat. La solennité et la publicité dont bénéficie l’évènement peuvent aider à guérir cette plaie dont souffre l’Afrique. On ne manquera pas de relever enfin qu’il n’est pas un serment fait à la légère ne liant les prestataires que durant le temps passé aux affaires. Non, le serment se fait ad vitam aeternam. Maintenant il faut être ignorant des pratiques au plan national et international pour condamner cette mesure comme relevant de l’hérésie. Le président Wade l’a lui-même souligné. Le serment existe pour les douaniers, les gardes forestiers. On pourrait même dire que les magistrats et le président lui-même n’en sont pas dispensés, tout au contraire. Alors, pourquoi trouverait-on anormal que des ministres prêtent serment au chef de l’Etat vis-à-vis duquel ils sont responsables ? Des serments de cette nature, on en trouve aussi en dehors du Sénégal et l’on n’a jamais entendu de protestations contre leur institution. Wade est arrivé à un âge où ce n’est pas l’égoïsme, le souci de soi qui guide son action. On peut tout dire de lui mais le serment qui vient d’être imposé participe de toutes ces mesures dont l’Afrique a besoin pour mettre un peu plus d’éthique dans sa gestion.


TOMI.

LE SERMENT ENFONCE ENCORE PLUS LE SENEGAL DANS LA MONARCHIE REPUBLICAINE

Avec Wade, on pensait en avoir fini avec les lubies mais il faut croire que l’homme a plus d’une fantaisie dans son sac. Le serment qui vient d’être imposé aux ministres est tout à fait choquant, et les Sénégalais ont bel et bien raison de s’en offusquer. Depuis l’indépendance, comme beaucoup le soulignent, il n’a jamais été besoin de recourir à de telles simagrées. Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf s’en sont passés, et on n’a pas senti -quand ils étaient aux affaires,- que les sujets débattus en Conseil de ministres avaient une propension à se traiter sur la place publique. Si sous la gouvernance de Wade, le ver s’est introduit dans le fruit, les causes sont à partager entre lui-même et ses ministres. Instituer un serment gouvernemental a ceci de réactionnaire qu’il donne le sentiment d’un serment d’allégeance entre un seigneur et ses féaux ; une allégeance personnelle entre des sujets et un maître. On aurait pu imaginer à la rigueur que le serment se prête sur le Coran, la Constitution mais que ce soit sur la personne du chef de l’Etat, il y a là une confusion avec l’Etat que n’aurait pas renié Louis XIV qui disait « l’Etat, c’est moi ». Le serment en République qui s’impose aux douaniers, gardes champêtres, avocats.. , est toujours un serment objectif s’appuyant sur des textes saints, sur la Constitution, ou tout simplement sur l’honneur. Le Sénégal, à ce qu’on sache, même si la gestion de l’Etat l’y conduit, n’est pas encore une monarchie. Et puis après tout, à quoi sert un tel serment qui n’est pas assorti de sanctions, sauf politiques, ce dont Wade disposait déjà en faisant usage fréquent ? Au surplus, des poursuites pénales ayant déjà été prévues pour sanctionner la responsabilité pénale des ministres en cas de violation du secret, comme en cas de détournement de deniers publics, et ces derniers en étant informés en prenant fonction, on ne voit pas l’utilité du serment. Il est tout simplement la manifestation de la personnalisation outrancière du pouvoir et de la mégalomanie d’un homme qui, finalement, n’est pas loin par certains aspects d’un Bokassa. C’est dommage après l’espérance qu’il a suscitée, d’être arrivé à ce stade où, en tombant bas, il menace d’entraîner avec lui, le Sénégal.


TOZI.

Citation de la semaine

«En l’absence de toute consultation, le projet des Etats Unis d’Afrique ressemblera…(…) à un éléphant tentant de voler»

Thomas Deve de Mwelekeo wa Ngo






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