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FAUT-IL
APPRECIER POSITIVEMENT OU NEGATIVEMENT L’INSTITUTION
DU SERMENT DE FIDELITE LOYAUTE DES MINISTRES SENEGALAIS
AU CHEF DE L’ETAT ?
«
Je jure fidélité, loyauté et
dévouement au Président de la République
qui, en vertu des pouvoirs à lui conférés
par la Constitution, m'a gratifié de sa confiance
et m'a confié des responsabilités
au sein du Gouvernement. Je jure de ne révéler
à quiconque, même à mes proches,
les secrets dont je serai amené à
être dépositaire dans le cadre de mes
fonctions. Et notamment la substance des délibérations
du Conseil des ministres ou des Conseils ministériels.
Ce serment me lie même après la cessation
de mes fonctions. Je jure de faire un usage respectueux
des deniers publics et biens de l'Etat dont j'aurai
la responsabilité, et de servir la Nation
avec désintérêt et dévouement
». Voici le serment prêté par
les membres du gouvernement sénégalais
au président Wade, qui partage au-delà
des Sénégalais, l’opinion africaine
entre approbateurs et désapprobateurs.
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| LE
SERMENT SERVIRA LA CAUSE DE LA BONNE GOUVERNANCE
DU PAYS
Le président Wade a eu une idée lumineuse
en instituant un serment gouvernemental de loyauté
et de probité à l’endroit du
président de la République agissant
pour le compte de l’Etat. Il suffit de voir
les termes du serment et d’analyser les déterminants
de la vie politique sénégalaise pour
se rendre compte qu’une telle innovation était
nécessaire. La gestion des affaires de l’Etat
est une tâche trop sérieuse pour que
l’opinion publique soit saisie, et souvent
mal, des faits et gestes des gouvernants dès
la sortie des conseils des ministres. Non seulement
cela est de nature à annihiler l’action
du gouvernement en réduisant des effets de
surprise liés aux domaines de cette nature
mais il n’y a rien de tel pour favoriser les
délits d’initiés. Sur ce point,
nul ne peut nier qu’il y aura une remise en
ordre et que cela sera salutaire pour l’image
de la gouvernance sénégalaise. Mais
le serment a également ceci de positif qu’il
interpelle les ministres sur la nécessité
de prendre bien soin des deniers publics et de ne
pas faire usage privatif des biens de l’Etat.
La solennité et la publicité dont
bénéficie l’évènement
peuvent aider à guérir cette plaie
dont souffre l’Afrique. On ne manquera pas
de relever enfin qu’il n’est pas un
serment fait à la légère ne
liant les prestataires que durant le temps passé
aux affaires. Non, le serment se fait ad vitam aeternam.
Maintenant il faut être ignorant des pratiques
au plan national et international pour condamner
cette mesure comme relevant de l’hérésie.
Le président Wade l’a lui-même
souligné. Le serment existe pour les douaniers,
les gardes forestiers. On pourrait même dire
que les magistrats et le président lui-même
n’en sont pas dispensés, tout au contraire.
Alors, pourquoi trouverait-on anormal que des ministres
prêtent serment au chef de l’Etat vis-à-vis
duquel ils sont responsables ? Des serments de cette
nature, on en trouve aussi en dehors du Sénégal
et l’on n’a jamais entendu de protestations
contre leur institution. Wade est arrivé
à un âge où ce n’est pas
l’égoïsme, le souci de soi qui
guide son action. On peut tout dire de lui mais
le serment qui vient d’être imposé
participe de toutes ces mesures dont l’Afrique
a besoin pour mettre un peu plus d’éthique
dans sa gestion.
TOMI.
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LE
SERMENT ENFONCE ENCORE PLUS LE SENEGAL DANS LA MONARCHIE
REPUBLICAINE
Avec
Wade, on pensait en avoir fini avec les lubies mais
il faut croire que l’homme a plus d’une
fantaisie dans son sac. Le serment qui vient d’être
imposé aux ministres est tout à fait
choquant, et les Sénégalais ont bel
et bien raison de s’en offusquer. Depuis l’indépendance,
comme beaucoup le soulignent, il n’a jamais
été besoin de recourir à de
telles simagrées. Léopold Sédar
Senghor et Abdou Diouf s’en sont passés,
et on n’a pas senti -quand ils étaient
aux affaires,- que les sujets débattus en
Conseil de ministres avaient une propension à
se traiter sur la place publique. Si sous la gouvernance
de Wade, le ver s’est introduit dans le fruit,
les causes sont à partager entre lui-même
et ses ministres. Instituer un serment gouvernemental
a ceci de réactionnaire qu’il donne
le sentiment d’un serment d’allégeance
entre un seigneur et ses féaux ; une allégeance
personnelle entre des sujets et un maître.
On aurait pu imaginer à la rigueur que le
serment se prête sur le Coran, la Constitution
mais que ce soit sur la personne du chef de l’Etat,
il y a là une confusion avec l’Etat
que n’aurait pas renié Louis XIV qui
disait « l’Etat, c’est moi ».
Le serment en République qui s’impose
aux douaniers, gardes champêtres, avocats..
, est toujours un serment objectif s’appuyant
sur des textes saints, sur la Constitution, ou tout
simplement sur l’honneur. Le Sénégal,
à ce qu’on sache, même si la
gestion de l’Etat l’y conduit, n’est
pas encore une monarchie. Et puis après tout,
à quoi sert un tel serment qui n’est
pas assorti de sanctions, sauf politiques, ce dont
Wade disposait déjà en faisant usage
fréquent ? Au surplus, des poursuites pénales
ayant déjà été prévues
pour sanctionner la responsabilité pénale
des ministres en cas de violation du secret, comme
en cas de détournement de deniers publics,
et ces derniers en étant informés
en prenant fonction, on ne voit pas l’utilité
du serment. Il est tout simplement la manifestation
de la personnalisation outrancière du pouvoir
et de la mégalomanie d’un homme qui,
finalement, n’est pas loin par certains aspects
d’un Bokassa. C’est dommage après
l’espérance qu’il a suscitée,
d’être arrivé à ce stade
où, en tombant bas, il menace d’entraîner
avec lui, le Sénégal.
TOZI.
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