San
Finna N°420 du
02 au 08 Juillet 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
SOMMET
D’ACCRA
LES USA D’AFRIQUE, OUI
MAIS NE METTONS PAS LA CHARRUE AVANT LES BOEUFS
Ce
qui se passe à Accra, c’est un cinéma
de mauvais goût ! Comment peut-on parler de gouvernement
africain, des Etats-Unis d’Afrique, quand le continent
est traversé par des conflits, dirigé par
une immense majorité d’autocrates n’ayant
pour seule ambition que de mettre sous coupe réglée
leurs pays et de les sucer jusqu’à l’os,
jusqu’à la fin des temps ?
C’est vrai
que cette unité, c’est l’idéal,
l’impératif catégorique mais a-t-on
les chefs d’Etat idéaux pour atteindre cet
objectif ? La réponse est NON.
Commençons par le plus actif d’entre eux
: le Colonel Kadhafi. C’est bien ce qu’il
dit (un gouvernement unique, une armée unique,
une monnaie unique, un passeport unique…) mais tout
cela, Kwame Nkrumah l’avait déjà dit,
et mieux encore. Mais, lui-même, Kadhafi, comment
peut-il être crédible quand on pense à
tout ce qu’il a fait, à son opposition invétérée
à la démocratie, à son refus d’ouvrir
son pays aux autres Africains ? Il est manifeste que ces
Etats-Unis d’Afrique, il les voit comme un aboutissement
à une ambition personnelle, comme le sacre final
de ses folies de grandeur.
Les autres chefs d’Etat ne sont guère mieux.
Lorsqu’ils invoquent la prudence, le temps, pour
aller à ces Etats-Unis, ils ne sont pas plus sincères.
La vérité, c’est qu’ils sont
encore trop attachés à leurs privilèges
de chefs d’Etat, trop préoccupés à
se faire la concurrence du leadership, à piller
les richesses de leurs pays et d’autres pays. Sinon,
cela fait combien de décennies qu’on s’en
remet au temps, aux organisations pour construire le continent
?
Le seul dans tout ce lot de personnalités qui apparaît
le plus sincère, c’est encore Alpha Oumar
Konaré. Il avait vu juste en demandant, depuis
Brazzaville, la refondation de la démocratie africaine.
C’est de là qu’il fallait partir pour
implanter la vraie démocratie au niveau de chaque
Etat et la porter au plan continental.
Tant que les choses resteront en l’état,
on ne pourra jamais construire les Etats-Unis d’Afrique
car les peuples seront toujours marginalisés, ayant
à leur tête un syndicat de mauvais pâtres
qui façonne par le haut, de façon bureaucratique,
des politiques et des institutions à leur goût.
A la vérité, à Accra, on mettra une
fois de plus la charrue avant les bœufs comme on
l’a fait de l’OUA et comme on le fait de l’Union
africaine. On déplacera des foules, on dépensera
beaucoup d’argent au détriment des peuples
mais aussi de l’unité du continent !
Kadhafi l’a dit et bien dit : «L’OUA
(Organisation de l’unité africaine) a échoué,
la Commission de l’Union africaine a échoué,
le Conseil des ministres africains a échoué,
le Parlement africain est un parlement croupion».
Il ne pense pas si bien dire car son projet à lui,
au fond, ne peut que connaître le même sort
!
On
ne le dira jamais assez, c’est le projet de refondation
démocratique écarté au Sommet de
Banjul puis renvoyé au Sommet d’Accra qui
aurait dû constituer la matière unique de
ce sommet ! Ce n’est pas fait ; c’est dommage
mais pour autant, ne désarmons pas de notre devoir
à tous de mener l’Afrique sur les vrais chantiers
de son unité.