Mise à jour le 01/07/2007
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San Finna N°420 du 02 au 08 Juillet 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

ATTENTAT MANQUE CONTRE GUILLAUME SORO
RETOUR AU TEMPS DES SUSPICIONS ET DES INTERROGATIONS ANGOISSEES

La crise ivoirienne a eu ceci de particulier, dès ses débuts, qu’elle n’a laissé personne indifférent. L’opinion nationale et internationale en a suivi toutes les péripéties comme elle l’aurait fait d’un feuilleton à suspense. A chaque avancée, c’étaient des commentaires qui étaient fait ici et là pour savoir qui en était le bénéficiaire. A chaque accroc, les mêmes interrogations et analyses se disputaient pour connaître le perdant. Ca a été comme cela depuis Marcoussis jusqu’au dialogue direct qui a accouché des Accords de Ouagadougou. Là, la perspective a grandement changé. On n’en était plus à compter les points sinon qu’au seul profit de la paix. S’il y avait encore quelques contradictions, c’était surtout par rapport aux batailles électorales annoncées en bout de course.

Eh bien, c’est cette assurance tranquille qui a été secouée par la tentative d’assassinat manqué du premier Ministre, Guillaume Soro.

Tout à coup, on a l’impression que si effectivement, Guillaume Soro et ses partisans étaient d’accord pour travailler la main dans la main avec Laurent Gbagbo et le camp présidentiel, pour autant, la dynamique de paix n’était pas un long fleuve tranquille et on retombe par le fait, dans le climat d’antan fait de suspicions et d’interrogations à n’en plus finir.

Qui a bien pu vouloir ainsi enterrer avec Guillaume Soro, l’Accord de Ouagadougou ? Aucun camp a priori n’est épargné. Procédons par ordre d’élimination.

Le camp présidentiel : en d’autres temps, il aurait été immédiatement suspecté d’être à la base de cette traîtrise. On aurait remis au goût du jour l’anathème de « boulanger », et les médias de Côte d’Ivoire et d’ailleurs s’en seraient repus. Mais cette fois-ci, l’évidence s’impose à tous que celui qui est plus demandeur de paix et qui s’est le plus investi pour elle, c’est bien Laurent Gbagbo. L’assassinat de Guillaume Soro, la révocation de l’Accord de Ouagadougou, c’est comme son propre suicide. Mais alors dans son camp, ne pourrait-on pas imaginer que des radicaux, qui n’apprécient pas du tout la nouvelle idylle entre le président et son premier Ministre, ou même entre les deux présidents ivoirien et burkinabé, aient profité de l’assouplissement du dispositif ONUCI et LICORNE pour passer en zone Nord avec le matériel nécessaire afin de commettre le forfait ? Là encore, même si une certaine exaspération est patente de la part de quelques partisans de L. Gbagbo, elle n’est pas telle qu’elle puisse aboutir à ces extrémités. Par ailleurs, les Forces Nouvelles ne sont pas encore désarmées de telle sorte qu’une telle infiltration à hauts risques, aurait toutes les chances d’ être débusquée. Enfin, il y a chez les Patriotes du président ivoirien, le réflexe d’obéissance aux instructions du Chef qui bat en brèche cette théorie.

Maintenant, abordons le camp de l’Opposition civile.

Pourrait-on imaginer que le PDCI/RDA soit à l’origine de la tentative d’assassinat du premier Ministre ? Quelques esprits pourraient en envisager la probabilité mais ils sont quantité négligeable. Pour beaucoup en effet, ce ne sont pas dans les habitudes du vieux parti, et même s’ils étaient mécontents dans ce parti d’être marginalisés par l’Accord de Ouagadougou, ils ne pouvaient pas logiquement et matériellement être en mesure de mettre à exécution, un tel projet.

Qu’en est-il du RDR ? Là, la suspicion gagne en force. Pour nombre d’Ivoiriens et d’observateurs, celui qui aurait été à l’origine de la crise, c’est le leader du RDR. C’est encore lui qui aurait entretenu la rébellion et c’est enfin lui qui serait le plus lésé dans l’Accord de Ouagadougou qui, s’il était mené jusqu’à la fin, consacrerait sa retraite politique. Il pourrait se dire : « tout ça pour rien ! ». On comprend dans ces conditions qu’il apparaisse ici comme un suspect sérieux et le fait qu’il ait été parmi les tout premiers à condamner l’acte, est entrevu par quelques-uns comme un aveu.

Là où tous les regards sont maintenant incontestablement tournés, c’est vers les Forces Nouvelles et plus particulièrement vers ses animateurs qui n’ont pas caché leur opposition à l’Accord de Ouagadougou. Quelques journaux disent même que sont fortement suspectés Chérif Ousmane et Koné Zakaria qui, depuis quelque temps, boudent les réunions des chefs de guerre et marqueraient leur différence au sujet de l’Accord de Ouagadougou. Et objectivement, ce sont eux qui ont les armes, qui connaissent le mieux le terrain et les hommes.

Mais maintenant, comment auraient-ils pu opérer sans prendre certaines garanties au plan national et au plan international car si le coup avait réussi, c’était certainement la reprise de la guerre et on ne déclenche pas une guerre à la légère sans s’assurer des moyens de la soutenir ? Et même en cas d’échec, comme c’est le cas, dans cet acte qui malheureusement aura fait 4 morts et une dizaine de blessés, comment les agresseurs auraient-ils pu ne pas envisager cette issue et prévoir des dispositions en cas de riposte. Et c’est là qu’on en revient au parrainage extérieur ou intérieur, amenant certains journaux ivoiriens à prévenir que si tel devait être le cas, il faudrait rompre les relations diplomatiques.

Voilà assurément un évènement majeur qui interpelle les Ivoiriens et la communauté internationale tellement il pèse sur le processus de paix. Par leur comportement, le président Gbagbo et le premier Ministre ne cachent pas du reste qu’ils prennent les choses au sérieux. Le premier, dans son intervention télévisée, a fait la révélation qu’ils avaient vent de plusieurs tentatives, qu’ils en ont déjoué plusieurs mais que quand il y en a beaucoup, on finit parfois par tomber dedans, et c’est ce qui est arrivé. Voilà qui, mine de rien, va en interpeller beaucoup en Côte d’Ivoire et ailleurs. Quelles sont ces tentatives ? D’où venaient-elles ? Quels en étaient les instigateurs ? Guillaume Soro, de son côté, par son silence, montre bien que le sujet est très sensible et qu’il faut régler le problème à la racine, et il semble ne rien vouloir laisser échapper qui puisse compromettre la réaction qui, on le devine, se prépare sous une forme ou une autre.

C’est vrai qu’il ne faut pas paniquer et que rien ne doit être fait qui laisse penser que l’Accord de Ouagadougou prend de l’eau mais en décidant de ne pas se rendre le 5 juillet à Bouaké, le signal est donné que s’il ne faut pas paniquer, il ne faut pas prendre les choses à la légère.

VT





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