San
Finna N°420 du
02 au 08 Juillet 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
«
SHADOW CABINET » (OU «CONTRE-GOUVERNEMENT»)
:
A LA FRANÇAISE : LOGIQUE !
A LA BURKINABE : PURE HERESIE !
Il
ne faut pas croire que c’est toujours du Nord que
doivent venir les modèles. Le Sud aussi peut être
imité par le Nord. Des pays comme la Chine, l’Inde,
l’Afrique du Sud en donnent aujourd’hui des
exemples éclatants. Mais dans des pays moins en
pointe, il y a aussi des cas parlant. Au Burkina Faso
par exemple, on peut relever que les concepts débattus
en interne sont actuellement en discussion ou même
appliqués en France. Si l’on prend la «Rupture
», si chère à Nicolas Sarkozy, eh
bien, elle a été utilisée au Burkina
Faso bien avant la présidentielle de 2005. Autre
chose : la démocratie consensuelle invoquée
à la fois par Nicolas Sarkozy, Ségolène
Royal et François Bayrou : elle a été
théorisée il y a plus de 10 ans, au pays
des hommes intègres par Me Hermann Yaméogo.
Enfin, le contre-gouvernement ou « Shadow Cabinet
», expérimenté dans le cadre d’un
régime parlementaire reposant sur le multipartisme
intégral, a été proposé par
le même lorsqu’il était à la
tête de l’ADF/RDA et de ses 17 députés
et que, de par la volonté de la loi, il était
le chef de file de l’opposition.
Il proposa, on s’en souvient, et la presse s’en
fit l’écho, un texte devant servir au décret
d’application de ce chef de file de l’opposition.
Au cours d’échanges avec les journalistes
et à l’occasion de déclarations, il
lança l’idée d’un contre-gouvernement
qu’il proposait même d’élargir
à l’opposition parlementaire et extraparlementaire.
L’idée fut reçue comme une marque
d’orgueil déplacé, comme une hérésie
! « Un ‘Shadow Cabinet’ au Faso ! Allons
donc. Pourquoi tant qu’à faire, ne pas prendre
la place du président du Faso pour qu’on
en finisse ? ». Des voix se sont ainsi exprimées
pour brocarder l’idée et l’homme.
Pour d’autres, c’était là une
utopie : si nous étions dans le cadre d’un
régime bipartite comme en Angleterre ou au Canada,
passe encore, mais comment aller acclimater un tel système
dans une démocratie où se pratique le pluralisme
intégral ? Et même dans le camp de l’opposition,
où certains ne voulaient pas accepter le chef de
file de l’opposition, cette thèse trouvait
des défenseurs.
Eh bien, aujourd’hui, la France, la mère
patrie du pluralisme intégral, vient par le canal
du Parti Socialiste, d’officialiser le « Shadow
Cabinet » en mettant en place un contre gouvernement
de 17 membres. Là, même s’il y a parfois
un peu de perplexité devant l’innovation
et la façon un peu prématurée dont
les Socialistes l’ont annoncée alors qu’ils
n’ont pas encore retrouvé leurs marques après
cette élection présidentielle, on ne la
moque pas ! Dans les rangs même de la Droite, on
en trouve qui disent qu’après tout, ça
peut être bon à prendre car la démocratie
peut y gagner en qualité ! Ce n’est pas à
exclure que demain au Faso, la chose gagne en faveur.
Tant que les politiques en Afrique seront toujours aussi
affectés par le subjectivisme et par les réflexes
mimétiques vis-à-vis de l’étranger,
le développement sera difficile à s’enclencher
comme c’est le cas dans cette Asie que nous prenons
souvent pour modèle.