Mise à jour le 08/07/2007
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San Finna N°421-422 du 09 au 22 Juillet 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

 

ENTRETIEN AUTOUR DES ACCORDS DE PARTENARIAT ECONOMIQUE ACP/UE

Tout le monde y va de ses dénonciations sur les APE mais il semble bien qu’ils seront signés. Pour en savoir plus, nous avons rencontré un économiste consultant.

Il s’agit de Mr Norbert Tiendrébéogo. Nous avons également tendu notre micro à Mr Adama ZONGO, qui lui est socio-économiste. Lisez plutôt.

SAN FINNA : Les APE, on en parle sans cesse ces derniers temps. A votre niveau, qu’est-ce qu’ils vous inspirent ?

Mr Norbert Tiendrébéogo : Ce sont des accords à problème depuis l’idée de leur mise en œuvre. Quand on regarde un peu partout aujourd’hui on voit que les organisations paysannes sont en train de s’insurger et demandent aux Etats de ne pas signer ces accords. Ils ne trouvent donc aucun avantage par rapport à leurs activités. Nous devons tout simplement comprendre qu’avec la mondialisation, l’Europe qui forme déjà un grand bloc, cherche à tirer le maximum d’avantages économiques avec ses partenaires. C’est dans cet ordre-là que nous devons appréhender ces accords. L’Europe, à tous points de vue, est le principal gagnant de ces accords. C’est totalement prémédité, et ce qui devrait être fait aujourd’hui, c’est de les revoir pour tenir compte des avantages comparatifs que chaque pays a dans des domaines bien précis.

SAN FINNA : Il ressort qu’au niveau de nos Etats, les produits menacés (sensibles) n’ont pas encore été répertoriés. Mais pensez-vous que d’autres produits peuvent sortir de la mêlée et permettre des plus-values substantielles à nos Etats ?

Mr N. Tiendrébéogo : A la base, la plupart des pays africains puisent leurs ressources dans les productions agricoles. C’est dire donc que ces produits constituent la base même de leurs exportations. Si on prend le cas du Burkina Faso, c’est un pays qui excelle dans la production cotonnière. C’est dire que si le marché entre les deux entités est libéralisé, nos producteurs vont avoir à produire davantage. C’est là donc qu’il faut définir au plus vite les produits sensibles et les protéger au maximum avant toute amalgames, avant même la signature de ces accords.

SAN FINNA : Etes-vous en train de nous dire que les ACP sont obligés de signer ces accords ?

Mr N. Tiendrébéogo :
La plupart de ces pays, et en particulier africains, sont très dépendants économiquement. Cela est principalement dû à la mal gouvernance (puisque nous n’avons même pas assez de cran pour financer de petites unités de production, puisque personne ne travaille réellement à ce qu’il y ait une indépendance économique et politique). Alors, je pense très sincèrement qu’ils sont obligés de les signer parce que les Européens auront toujours à appliquer leurs moyens de pression. Si ce n’est pas fait, adieu aux financements et autres subventions !

SAN FINNA : Mais que pouvons-nous vendre au moins et en sortir gagnant ?

Mr N. Tiendrébéogo : Notre tissu industriel n’est pas développé. C’est ce qui me pousse, en tant qu’économiste, à dire que nous n’avons pas (prenons le cas du Burkina Faso) un produit qui peut aller en concurrence contre les Européens. Je dirai tout simplement qu’il faut renégocier ces accords et ne pas précipiter sa signature.


SAN FINNA : Que pensez-vous des nouveaux APE et quels sont les avantages pour les pays africains ?

Mr Adama Zongo : D’après ma compréhension, si les APE sont adoptés, il faut dire qu’il y aura un seul poids, une mesure, parce que c’est l’Europe qui va beaucoup plus bénéficier par rapport à nos économies qui sont encore très embryonnaires. Je pense que même si accord il y a, il faut qu’il y ait des clauses particulières concernant la situation de l’Afrique. Je pense donc que ces accords sont bien mais ils seraient meilleurs si la situation de l’Afrique était particulièrement analysée. Si cela n’est pas le cas, je pense que ces accords ne valent pas la peine d’être signés par les Africains.

SAN FINNA : Y a-t-il une probabilité que des Etats ne signent pas ces accords ?

Mr A. Zongo : Ce serait très difficile que des pays ne signent pas parce que, quoi qu’on dise, on est très dépendant de l’extérieur. Cette situation date depuis les années 60. L’Afrique est dépendante sur tout ce qui se fait au plan commercial. Ces pays seront donc obligés de signer. C’est à nos risques et périls si on signe parce que nous n’avons pas des économies fortes sur le plan commercial. Si je m’abuse, l’Afrique représente 2 % du commerce mondial. J’avoue que si on signe, ce sera à nos risques et périls. Au stade où on en est, je pense que l’alternative qu’ont les pays africains, c’est de s’unir, trouver des clauses, des accords de sorte à fédérer certaines activités commerciales pour faire face à ces pays occidentaux.

SAN FINNA : Au niveau des ébauches de ces accords, il semblerait que les accords ne sont pas entre l’UE et des Etats mais entre l’UE et des ensembles régionaux. Aussi, il est fait mention de ce qu’il y aura des soutiens pour le développement des relations commerciales entre les pays des ensembles économiques en Afrique.

Mr A. Zongo : Je pense que la régionalisation, telle que nous la connaissons aujourd’hui en Afrique, ne convainc pas grand nombre. Quoi qu’on dise, il y a beaucoup de disparités, beaucoup de blocages qui font que, sur le plan commercial, il n’y a pas une réelle interaction entre nos économies. C’est bien qu’on collabore par région mais il faut qu’on arrive à s’entendre et à créer une région Afrique sur le plan commercial.

SAN FINNA : Vous semblez vraiment pessimiste. Qu’est-ce que vous dites des groupes de pression qui s’organisent pour inviter les gens à ne pas signer ? C’est peine perdue pour eux ou quoi ?

Mr A. Zongo : Dire que c’est peine perdue, à mon avis, c’est trop dire ! Actuellement, s’il y a ces groupes de pression, c’est pour attirer l’attention des gouvernants sur les à-côtés et les conséquences négatives de ces accords. Les ONG jouent leur partition. Je trouve que même s’ils n’arrivent pas à persuader les gouvernants, le fait d’attirer déjà l’attention des populations, c’est déjà quelque chose de bon. C’est mieux que de rester les bras croisés à laisser tout ça se faire !

SAN FINNA : Sommes-nous en train de devenir des sociétés de consommation ? A notre niveau, les produits sensibles n’ont pas encore été énumérés pendant que l’Europe à son niveau, sait déjà quoi nous vendre ?

Mr A. Zongo : Il faut dire que le système protectionniste appliqué par les Occidentaux va nous créer beaucoup de problèmes. Si je prends l’exemple du coton, ce qui est adopté comme subventions par les Européens et les Américains, ne nous profite pas. On est menacé, et je crois qu’il faut que les Africains tapent du poing sur la table. Je crois qu’on en a les possibilités. Le dernier mot revient à nos gouvernants. On est resté trop passifs, et nous nous sommes résignés depuis les années 1960. Le moment est venu où il faut dire la vérité et accompagner cette vérité-là par des actions. Je crois qu’on peut utiliser des pressions pour que l’Europe tienne compte de nos avis. Je crois que le pétrole par exemple est une arme qui peut être utilisée pour stabiliser les partenariats. Malheureusement, les Africains ne sont pas encore très unis. C’est très regrettable.

Propos recueillis par Thierry Nabyouré





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