Tout
le monde y va de ses dénonciations sur les APE
mais il semble bien qu’ils seront signés.
Pour en savoir plus, nous avons rencontré un
économiste consultant.
Il s’agit de Mr Norbert Tiendrébéogo.
Nous avons également tendu notre micro à
Mr Adama ZONGO, qui lui est socio-économiste.
Lisez plutôt.
SAN
FINNA : Les APE, on en parle sans cesse ces derniers
temps. A votre niveau, qu’est-ce qu’ils
vous inspirent ?
Mr
Norbert Tiendrébéogo :
Ce sont des accords à problème depuis
l’idée de leur mise en œuvre. Quand
on regarde un peu partout aujourd’hui on voit
que les organisations paysannes sont en train de s’insurger
et demandent aux Etats de ne pas signer ces accords.
Ils ne trouvent donc aucun avantage par rapport à
leurs activités. Nous devons tout simplement
comprendre qu’avec la mondialisation, l’Europe
qui forme déjà un grand bloc, cherche
à tirer le maximum d’avantages économiques
avec ses partenaires. C’est dans cet ordre-là
que nous devons appréhender ces accords. L’Europe,
à tous points de vue, est le principal gagnant
de ces accords. C’est totalement prémédité,
et ce qui devrait être fait aujourd’hui,
c’est de les revoir pour tenir compte des avantages
comparatifs que chaque pays a dans des domaines bien
précis.
SAN
FINNA : Il ressort qu’au niveau de nos Etats,
les produits menacés (sensibles) n’ont
pas encore été répertoriés.
Mais pensez-vous que d’autres produits peuvent
sortir de la mêlée et permettre des plus-values
substantielles à nos Etats ?
Mr
N. Tiendrébéogo :
A la base, la plupart des pays africains puisent leurs
ressources dans les productions agricoles. C’est
dire donc que ces produits constituent la base même
de leurs exportations. Si on prend le cas du Burkina
Faso, c’est un pays qui excelle dans la production
cotonnière. C’est dire que si le marché
entre les deux entités est libéralisé,
nos producteurs vont avoir à produire davantage.
C’est là donc qu’il faut définir
au plus vite les produits sensibles et les protéger
au maximum avant toute amalgames, avant même la
signature de ces accords.
SAN
FINNA : Etes-vous en train de nous dire que les ACP
sont obligés de signer ces accords ?
Mr N. Tiendrébéogo : La plupart
de ces pays, et en particulier africains, sont très
dépendants économiquement. Cela est principalement
dû à la mal gouvernance (puisque nous n’avons
même pas assez de cran pour financer de petites
unités de production, puisque personne ne travaille
réellement à ce qu’il y ait une
indépendance économique et politique).
Alors, je pense très sincèrement qu’ils
sont obligés de les signer parce que les Européens
auront toujours à appliquer leurs moyens de pression.
Si ce n’est pas fait, adieu aux financements et
autres subventions !
SAN
FINNA : Mais que pouvons-nous vendre au moins et en
sortir gagnant ?
Mr
N. Tiendrébéogo :
Notre tissu industriel n’est pas développé.
C’est ce qui me pousse, en tant qu’économiste,
à dire que nous n’avons pas (prenons le
cas du Burkina Faso) un produit qui peut aller en concurrence
contre les Européens. Je dirai tout simplement
qu’il faut renégocier ces accords et ne
pas précipiter sa signature.
SAN FINNA : Que pensez-vous des nouveaux APE
et quels sont les avantages pour les pays africains
?
Mr
Adama Zongo :
D’après ma compréhension, si les
APE sont adoptés, il faut dire qu’il y
aura un seul poids, une mesure, parce que c’est
l’Europe qui va beaucoup plus bénéficier
par rapport à nos économies qui sont encore
très embryonnaires. Je pense que même si
accord il y a, il faut qu’il y ait des clauses
particulières concernant la situation de l’Afrique.
Je pense donc que ces accords sont bien mais ils seraient
meilleurs si la situation de l’Afrique était
particulièrement analysée. Si cela n’est
pas le cas, je pense que ces accords ne valent pas la
peine d’être signés par les Africains.
SAN
FINNA : Y a-t-il une probabilité que des Etats
ne signent pas ces accords ?
Mr
A. Zongo : Ce
serait très difficile que des pays ne signent
pas parce que, quoi qu’on dise, on est très
dépendant de l’extérieur. Cette
situation date depuis les années 60. L’Afrique
est dépendante sur tout ce qui se fait au plan
commercial. Ces pays seront donc obligés de signer.
C’est à nos risques et périls si
on signe parce que nous n’avons pas des économies
fortes sur le plan commercial. Si je m’abuse,
l’Afrique représente 2 % du commerce mondial.
J’avoue que si on signe, ce sera à nos
risques et périls. Au stade où on en est,
je pense que l’alternative qu’ont les pays
africains, c’est de s’unir, trouver des
clauses, des accords de sorte à fédérer
certaines activités commerciales pour faire face
à ces pays occidentaux.
SAN
FINNA : Au niveau des ébauches de ces accords,
il semblerait que les accords ne sont pas entre l’UE
et des Etats mais entre l’UE et des ensembles
régionaux. Aussi, il est fait mention de ce qu’il
y aura des soutiens pour le développement des
relations commerciales entre les pays des ensembles
économiques en Afrique.
Mr
A. Zongo :
Je pense que la régionalisation, telle que nous
la connaissons aujourd’hui en Afrique, ne convainc
pas grand nombre. Quoi qu’on dise, il y a beaucoup
de disparités, beaucoup de blocages qui font
que, sur le plan commercial, il n’y a pas une
réelle interaction entre nos économies.
C’est bien qu’on collabore par région
mais il faut qu’on arrive à s’entendre
et à créer une région Afrique sur
le plan commercial.
SAN
FINNA : Vous semblez vraiment pessimiste. Qu’est-ce
que vous dites des groupes de pression qui s’organisent
pour inviter les gens à ne pas signer ? C’est
peine perdue pour eux ou quoi ?
Mr
A. Zongo :
Dire que c’est peine perdue, à mon avis,
c’est trop dire ! Actuellement, s’il y a
ces groupes de pression, c’est pour attirer l’attention
des gouvernants sur les à-côtés
et les conséquences négatives de ces accords.
Les ONG jouent leur partition. Je trouve que même
s’ils n’arrivent pas à persuader
les gouvernants, le fait d’attirer déjà
l’attention des populations, c’est déjà
quelque chose de bon. C’est mieux que de rester
les bras croisés à laisser tout ça
se faire !
SAN
FINNA : Sommes-nous en train de devenir des sociétés
de consommation ? A notre niveau, les produits sensibles
n’ont pas encore été énumérés
pendant que l’Europe à son niveau, sait
déjà quoi nous vendre ?
Mr
A. Zongo :
Il faut dire que le système protectionniste appliqué
par les Occidentaux va nous créer beaucoup de
problèmes. Si je prends l’exemple du coton,
ce qui est adopté comme subventions par les Européens
et les Américains, ne nous profite pas. On est
menacé, et je crois qu’il faut que les
Africains tapent du poing sur la table. Je crois qu’on
en a les possibilités. Le dernier mot revient
à nos gouvernants. On est resté trop passifs,
et nous nous sommes résignés depuis les
années 1960. Le moment est venu où il
faut dire la vérité et accompagner cette
vérité-là par des actions. Je crois
qu’on peut utiliser des pressions pour que l’Europe
tienne compte de nos avis. Je crois que le pétrole
par exemple est une arme qui peut être utilisée
pour stabiliser les partenariats. Malheureusement, les
Africains ne sont pas encore très unis. C’est
très regrettable.
Propos
recueillis par Thierry Nabyouré