APRES
L’ATTENTAT DE BOUAKE
SORO SE REPLIE CHEZ COMPAORE
La
politique met en jeu des intérêts
si importants et expose à des prises
de risque si graves qu’on est généralement
enclin, même soucieux de transparence,
à reconnaître que la discrétion
est une de ses règles d’or. Lorsqu’on
prend en considération les spécificités
qui marquent la crise ivoirienne, on est même
plus porté à dire que la politique
doit y être gouvernée par cette
règle de diamant. Ce ne sont pas les
derniers évènements de Bouaké,
avec les dérapages possibles qui s’y
attachent, qui nous convaincrons du contraire.
Mais lorsque la discrétion génère
la confusion, qu’elle laisse libre cours
aux extrapolations les plus dangereuses, elle
en vient à exposer à des risques
et à compromettre la politique elle-même.
On peu dire, se référant encore
aux attitudes adoptées par les uns et
les autres à la suite de l’attentat
manqué contre le premier Ministre Guillaume
Soro, que nous sommes quelque peu dans ce cas.
Deux ou trois exemples pourraient nous édifier
à ce sujet.
Devant les contraintes liées à
une enquête criminelle et terroriste,
il faut être le moins bavard possible
mais en informant l’opinion que les responsabilités
au plus haut sommet de l’Etat ivoirien
ont déjoué plusieurs tentatives
d’assassinat avant celui de Bouaké,
on a aiguisé la curiosité de tous.
Et depuis, les extrapolations et suspicions
vont bon train.
On retrouve ces mêmes interrogations et
accusations avec la rétractation des
responsables des Forces Nouvelles, premier Ministre
compris, qui se retrouvent à innocenter
l’ONUCI et la Force LICORNE après
les avoir incriminées par la bouche de
Issiaka Ouattara allias Wattao, de Sidiki Konaté
et même, bien qu’avec nuances et
ironie, par Guillaume Soro lui-même !
On ne peut également que se perdre en
conjectures quand on observe cet acharnement
du camp présidentiel à privilégier
une commission d’enquête nationale
alors que les Forces Nouvelles ne cachent pas
leur préférence pour la commission
d’enquête internationale.
Là où on tend à verser
dans le doute le plus profond, c’est lorsque
le premier Ministre ivoirien, une semaine après
l’acte terroriste et avant même
de se rendre à Abidjan, va à Ouagadougou
en visite privée, laissant les médias,
selon les informations de première main,
expliquer qu’il y va pour discuter de
questions liées à sa sécurité,
à sa demande d’enquête internationale,
le tout avec l’accord d’Abidjan.
Tout cela commence à être d’une
opacité contre performante. Si l’on
cherchait à cacher que les deux camps
se soupçonnent, qu’ils sont contaminés
par leur bonne vieille méfiance et que,
partant, l’Accord de Ouagadougou pourrait
être menacé, on ne s’ y prendrait
pas autrement.
En effet, jusqu’à preuve du contraire,
l’Etat de Côte d’Ivoire est
souverain. Guillaume Soro n’est pas son
propre premier Ministre ni celui des Forces
Nouvelles mais celui de la République
de Côte d’Ivoire dont le président
est Laurent Gbagbo.
Par ailleurs, Blaise Compaoré n’est
qu’un facilitateur dans un dialogue que
les deux animateurs ont décidé
qu’il soit « direct ». Il
en découle que les questions sensibles
liées à la souveraineté
du pays devraient faire d’abord l’objet
d’un échange direct avant d’en
référer à la facilitation
extérieure.
Et dans le cas présent, il sera difficile
sinon vain de convaincre de l’opportunité
de la visite privée de Ouagadougou au
détriment du déplacement sur Abidjan.
VT