Mise à jour le 08/07/2007
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San Finna N°421-422 du 09 au 22 Juillet 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

ETATS-UNIS D’AFRIQUE
LE FIASCO PROVOQUE

Il est un proverbe africain qui prévient : que celui qui sachant que le lit d’une rivière est jonché de ronces et de piquants de toutes sortes, ne se plaigne pas de s’y faire piquer lorsqu’il y exécute des galipettes. On peut dire la même chose du Sommet de l’Union Africaine convoqué à Accra autour du thème central des Etats-Unis d’Afrique. Tout le monde savait que la déconvenue était au rendez-vous, que malgré sa campagne effrénée, le Colonel Kadhafi y essuierait un échec cuisant. Alors qu’aujourd’hui, personne ne se plaigne que la montagne ait accouché d’une souris à Accra.

Il faut se dire que l’évocation des Etats-Unis d’Afrique n’a pas la même résonance et ne provoque pas les mêmes élans de mobilisation selon qu’elle vient de la bouche d’hommes comme Lumumba ou N’Nkrumah ou d’hommes comme Muammar Kadhafi, Omar Bongo Ondimba ou Abdoulaye Wade.... Autant les premiers, par leur passé, leur douleur, leur exemplarité, ont donné des gages à l’Afrique et à l’Histoire de leur attachement à l’unité de l’Afrique pour elle-même et non pour eux-mêmes, autant les autres donnent pour les mêmes raisons, le sentiment de ne rechercher cette union que pour eux-mêmes.

Personne n’est dupe de cela parmi les chefs d’Etat africains. Certains comme Thabo Mbéki, Dos Santos, se sont opposés au schéma de Kadhafi parce qu’ils l’estimaient lacuneux, improvisé, peu soucieux de régler les nombreux problèmes politiques et économiques en amont avant d’en venir aux Etats-Unis d’Afrique. D’autres comme Museveni l’ont rejeté beaucoup plus parce qu’ils restent encore attachés à leurs propres prérogatives qu’autre chose, et sur ce plan, bien de chefs d’Etat ne sont pas prêts à aller dans le sens du Guide. Même un Blaise Compaoré, au-delà de tant de liens et de sujétions, n’a pas craint de s’en démarquer d’une façon que les gens ont jugé peu diplomatique sinon téméraire.

Peut-on dire que les seuls illuminés dans tout cela étaient Kadhafi, Wade et Bongo ? Même pas. Les deux derniers ont peut-être embouché la trompette de l’union africaine hic et nunc pour des raisons intéressées que parce qu’ils étaient persuadés qu’elle se réaliserait à Accra. Quant à Kadhafi lui-même, pour avoir investi sa foi en la fédération africaine après l’échec de l’union du monde arabe et maghrébin, il n’est pas pour autant dupe. Au cours de sa campagne africaine précédant la grande rencontre d’Accra, il n’a pas manqué de flétrir ces chefs d’Etat africains aux paroles mielleuses mais qui ne sont pas disposés à travailler dans le sens de l’intérêt de l’Afrique. Il a également, de façon constante, comme s’il sentait venir le coup de Jarnac, appelé aux peuples d’Afrique, aux jeunes, aux structures sociales et politiques, de s’unir par-delà leurs dirigeants pour qu’ensemble ils fassent une réalité, le rêve des pères fondateurs et surtout de Kwame Nkrumah.

Mais tout cela n’a pas suffi à Accra pour vaincre les obstacles érigés par les chefs d’Etat, par la mauvaise préparation de ce sommet et par le mauvais exemple de ses défenseurs les plus acharnés qui expulsent à tout va les ressortissants de pays frères de leurs territoires, qui pratiquent une mauvaise gouvernance incompatible avec une construction politique et démocratique du continent à son sommet.

Alors, trêve de larmes de crocodile !

 

La Rédaction






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