ETATS-UNIS
D’AFRIQUE
LE FIASCO PROVOQUE
Il
est un proverbe africain qui prévient : que celui
qui sachant que le lit d’une rivière est
jonché de ronces et de piquants de toutes sortes,
ne se plaigne pas de s’y faire piquer lorsqu’il
y exécute des galipettes. On peut dire la même
chose du Sommet de l’Union Africaine convoqué
à Accra autour du thème central des Etats-Unis
d’Afrique. Tout le monde savait que la déconvenue
était au rendez-vous, que malgré sa campagne
effrénée, le Colonel Kadhafi y essuierait
un échec cuisant. Alors qu’aujourd’hui,
personne ne se plaigne que la montagne ait accouché
d’une souris à Accra.
Il faut se dire que l’évocation des Etats-Unis
d’Afrique n’a pas la même résonance
et ne provoque pas les mêmes élans de mobilisation
selon qu’elle vient de la bouche d’hommes
comme Lumumba ou N’Nkrumah ou d’hommes comme
Muammar Kadhafi, Omar Bongo Ondimba ou Abdoulaye Wade....
Autant les premiers, par leur passé, leur douleur,
leur exemplarité, ont donné des gages
à l’Afrique et à l’Histoire
de leur attachement à l’unité de
l’Afrique pour elle-même et non pour eux-mêmes,
autant les autres donnent pour les mêmes raisons,
le sentiment de ne rechercher cette union que pour eux-mêmes.
Personne n’est dupe de cela parmi les chefs d’Etat
africains. Certains comme Thabo Mbéki, Dos Santos,
se sont opposés au schéma de Kadhafi parce
qu’ils l’estimaient lacuneux, improvisé,
peu soucieux de régler les nombreux problèmes
politiques et économiques en amont avant d’en
venir aux Etats-Unis d’Afrique. D’autres
comme Museveni l’ont rejeté beaucoup plus
parce qu’ils restent encore attachés à
leurs propres prérogatives qu’autre chose,
et sur ce plan, bien de chefs d’Etat ne sont pas
prêts à aller dans le sens du Guide. Même
un Blaise Compaoré, au-delà de tant de
liens et de sujétions, n’a pas craint de
s’en démarquer d’une façon
que les gens ont jugé peu diplomatique sinon
téméraire.
Peut-on dire que les seuls illuminés dans tout
cela étaient Kadhafi, Wade et Bongo ? Même
pas. Les deux derniers ont peut-être embouché
la trompette de l’union africaine hic et nunc
pour des raisons intéressées que parce
qu’ils étaient persuadés qu’elle
se réaliserait à Accra. Quant à
Kadhafi lui-même, pour avoir investi sa foi en
la fédération africaine après l’échec
de l’union du monde arabe et maghrébin,
il n’est pas pour autant dupe. Au cours de sa
campagne africaine précédant la grande
rencontre d’Accra, il n’a pas manqué
de flétrir ces chefs d’Etat africains aux
paroles mielleuses mais qui ne sont pas disposés
à travailler dans le sens de l’intérêt
de l’Afrique. Il a également, de façon
constante, comme s’il sentait venir le coup de
Jarnac, appelé aux peuples d’Afrique, aux
jeunes, aux structures sociales et politiques, de s’unir
par-delà leurs dirigeants pour qu’ensemble
ils fassent une réalité, le rêve
des pères fondateurs et surtout de Kwame Nkrumah.
Mais tout cela n’a pas suffi à Accra pour
vaincre les obstacles érigés par les chefs
d’Etat, par la mauvaise préparation de
ce sommet et par le mauvais exemple de ses défenseurs
les plus acharnés qui expulsent à tout
va les ressortissants de pays frères de leurs
territoires, qui pratiquent une mauvaise gouvernance
incompatible avec une construction politique et démocratique
du continent à son sommet.
Alors, trêve de larmes de crocodile !
La Rédaction