Mise à jour le 22/07/2007
ACTUALITES

Fleche Accueil
Fleche Sommaire du N°423
Fleche Au courant de la plume
Fleche A vue de pays
Fleche Deux sons de cloche
Fleche Tribune de la femme
Fleche D'une semaine à l'autre
Fleche A vue de monde
Fleche Cocktail flash
Fleche Sites à visiter
Fleche Nos archives

DIALOGUE

 Fleche Ajouter à vos favoris
 Fleche Nous contacter

SERVICES
Fleche E-mail gratuit
Fleche Infos mondiales (AFP)
Fleche Horoscope

PUBLICITES

Galerie de photos

 
 

LIENS UTILES

Fleche cenatrin
Fleche site officiel du Burkina
Fleche fespaco
Fleche siao
Fleche uemoa
Fleche ceni


RECHERCHE SUR INTERNET
 

PARTENAIRES

 


 
Hebdomadaire burkinabè paraissant le Lundi
Bienvenue sur le site de San Finna, votre hebdomadaire burkinabè en ligne!           

San Finna N°423 du 23 au 29 Juillet 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
 

A vue de monde

CRIMINALITE D’ETAT
OFFENSIVE DES JUGES FRANÇAIS

L’histoire de la France à toujours été traversée par des grands courants politiques, religieux économiques qui ont profondément bouleversé les fondements du pays ; les Lumières, le rôle de penseurs comme Voltaire, Victor Hugo ont ainsi aidé à la maturation de grande réformes voire de révolutions qui ont changé l’image de la France. Le petit Gavroche mourant sous les barricades en appelant en cause la faute de Voltaire et de Rousseau en est hautement significatif. Après l’élection de Sarkozy, il semble qu’après les philosophes, les Sans-culottes.., c’est au tour des magistrats d’impulser des transformations structurelles et comportementales pour relancer la France en la réconciliant avec une gouvernance républicaine et responsabilisée. Deux types d’audaces en particulier sont à relever de leur part. La première réside dans les enquêtes déjà lancées ou envisagées contre des chefs d’Etats africains. Qui l’eût dit, qui l’eût cru ? Ce qui était impensable du temps de Jacques Chirac qui régnait en maître protecteur de ses ouailles de la Françafrique, est aujourd’hui possible avec l’administration Sarkozy. L’autre audace réside dans certaines décisions et initiatives sans pareille dans la vie judiciaire française. C’est d’abord les auditions de Dominique de Villepin et de Jacques Chirac. Le premier est en attente d’être mis en examen et le second a déjà été entendu en tant que témoin assisté, ce qui augure de sa possible mise en examen dans le cadre du dossier en cours des emplois fictifs comme dans le cadre de ceux nombreux, à venir. Dans le même ordre d’idée, on relèvera la décision prise par la justice française de juger les génocidaires rwandais qui avaient trouvé refuge en France depuis tant d’années.

I. CES CHEFS D’ETAT AFRICAINS DANS LE COLLIMATEUR DE LA JUSTICE FRANCAISE

Une enquête préliminaire est en cours à Paris pour déterminer si oui ou non, les chefs d’Etat Omar Bongo (Gabon) et Denis Sassou Nguesso (Congo) ont acheté des biens immobiliers en France avec de l’argent public détourné dans leur pays.
C’est une première. Le parquet de Paris a ouvert il y a quelques jours, une enquête préliminaire après la plainte pour « recel » déposée en mars dernier par les associations Sherpa (un réseau international de juristes présidé par l’avocat William Bourdon), Survie, et la fédération des Congolais de la diaspora, accusant les chefs d’Etat africains Omar Bongo (Gabon) et Denis Sassou Nguesso (Congo) de posséder en France des biens financés par de l’argent public détourné. Le dossier de la plainte a été constitué à partir de documents et d’informations recueillies par diverses ONG françaises et étrangères. Parmi ces documents : un rapport de 126 pages des biens mal acquis publié en mars 2007 par le CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement).

Pour Survie, « si l’infraction principale (le détournement) a été commise à l’étranger, le recel (c’est à dire la dissimulation, la détention, la transmission ou le fait de bénéficier en toute connaissance de cause de ce détournement) est quant à lui commis en France. Les plaignants ont donc estimé que le juge français était compétent pour enquêter sur ce délit ». « C’est une première. La France, comme d’autres pays, ne peut pas multiplier les engagements publics internationaux de lutte contre la criminalité financière et ne pas déclencher des procédures alors que des présomptions de recel de détournement d’argent public sont considérables s’agissant des familles Bongo et Sassou Nguesso » a indiqué l’avocat William Bourdon à l’AFP.

La plainte fait état pour la famille Bongo, d’un hôtel particulier et de quatre appartements, tous situés dans le XVIè arrondissement de Paris, l’arrondissement le plus chic de la capitale. Quant à M. Sassou Nguesso, il possèderait un hôtel particulier de 700 m2, estimé entre 5 et 10 millions d’euros, dans les Yvelines et un appartement à Paris, dans le VIIè arrondissement. Par ailleurs, plusieurs biens immobiliers sont attribués à ses proches, notamment un appartement particulièrement luxueux de 550 m2 (dont une terrasse de 100m2) à Courbevoie, dans les Hauts-de-Seine, estimé entre 2,5 et 3 millions d’euros et dévolu à son neveu. Son neveu aurait par ailleurs une belle collection personnelle de voitures de luxe ; BMW, Mercedes, Jaguar, Porsche et Aston Martin.

Trois autres chefs d’Etat africains sont mentionnés dans la plainte. Téodore Obiang, président de la Guinée équatoriale, Eduardo Dos Santos, président de l’Angola, et Blaise Compaoré. Ce dernier possède un appartement à Paris, au nom de sa femme, Chantal et serait aussi propriétaire d’une villa luxueuse à Saint-Cloud. L’enquête préliminaire devra donc établir les responsabilités pénales individuelles de chacune des cibles de la plainte. Et débouchera, si les éléments sont suffisants, sur l’ouverture d’une instruction judiciaire. Pour l’heure, aucune tension diplomatique n’est à craindre, tant que l’enquête reste au stade préliminaire. Et seuls Denis Sassou N’Guesso et Omar Bongo semblent, pour le moment, susceptibles d’être visés par une éventuelle instruction judiciaire. La justice et les plaignants ne disposant pas encore d’éléments suffisants à l’encontre des trois autres chefs d’Etat africains.

Selon Survie comme Sherpa, « le mouvement du droit international » tendrait à considérer « qu’un chef d’Etat en exercice ne pouvait se prévaloir d’une quelconque immunité, s’agissant de biens mobiliers ou immobiliers, dès lors qu’il existait des présomptions sérieuses de ce que leur acquisition s’était faite au prix de la commission d’infraction ». Autrement dit, les chefs d’Etat africains qui font l’objet d’une enquête ne devraient pas pouvoir se retrancher derrière leur immunité diplomatique. Et de toute façon, le dossier concerne aussi les proches des caciques qui ne bénéficient eux, d’aucune immunité. « La justice pourrait donc se pencher sur les biens des membres de la famille des chefs d’Etat concernés » poursuit-on chez Survie. « L’idée de cette action, c’est d’ébranler le système d’immunité et de faire avancer le droit international sur la question : sont-ils (les chefs d’Etat étrangers) intouchables par le droit français ? ». L’enquête préliminaire engagée par la justice française peut durer entre 6 mois et 2 ans. A charge de la police française, de vérifier chaque élément invoqué dans la plainte.

Pour Survie, l’ouverture d’une enquête est un grand pas, même si l’association reste sur ses gardes, et refuse de voir là, un lien avec la rupture prônée par Nicolas Sarkozy. Car « plusieurs éléments nous laissent à penser que c’est une rupture de façade que prône le président français. Notamment parce qu’il a déjà reçu Omar Bongo à l’Elysée et clairement rappelé que Sassou N’Guesso est un de ses amis personnels ». Il s’apprête à se rendre en Afrique sub-saharienne plus précisément au Sénégal et au Gabon où la démocratie est passablement maltraitée mais avant, il a reçu Denis Sassou Nguesso en visite officielle à Paris le 5 juillet dernier, lequel comptait sur ce voyage et sa réception à l’Elysée pour redorer son blason aux yeux de la communauté internationale et profiter de l’aide internationale et des allégements de dette promis aux pays pauvres très endettés. Interrogé lors d’un point presse au sujet de ses biens parisiens, le président a dénoncé des accusations « aux relents, disons de colonialisme, de néocolonialisme, de racisme et de provocation gratuite ». Décidément, la curiosité de la justice française tombe au plus mal.

Matthieu Herault

NDLR : Les photos suivantes ont été prises sur le site http://www.flickr.com/photos/9131417@N04/sets/72157600410668501/detail/


Compaore Appartement 16ème arrondissement Paris

Sassou Nguesso Appartement avenue Rapp 75007 Paris

Appartement Bongo rue Laurent Pichat 75016 Paris

II. LA JUSTICE FRANCAISE REPREND SES PREROGATIVES ET RATTRAPE SES HOMMES D’ ETAT

A la fin de son deuxième mandat, Jacques Chirac était présenté comme un homme qui devrait quitter l’Elysée pour se retrouver en prison. La charge des dossiers commençait à peser sur l’opinion et sur lui-même ; dossiers intéressant la vie politique interne comme la vie politique extérieure : dossiers rwandais, Borrel, ivoirien..

L’homme, sentant venir les choses, s’était taillé une protection de marbre avec l’article 67-1 de la Constitution (« le président de la République n’est pas responsable des actes accomplis en cette qualité ») qui lui aménageait une immunité personnelle. Par rapport aux dossiers africains, il pouvait en plus avoir le secours du secret Défense pour éviter une déclassification qui le mette dans l’embarras. Mais c’était sans compter sur la volonté farouche et le courage des magistrats de restaurer le droit au droit et de replacer la France sur ses fondamentaux : le respect de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. L’ouverture engagée par Sarkozy n’a fait que favoriser les choses. Ainsi donc, coup sur coup, Dominique de Villepin a vu son domicile perquisitionné ; des indices très sérieux d’implication relevés contre lui dans l’affaire Clearstream, et la chose est maintenant quasiment admise que lors de son audition à venir, il écopera d’une mise en examen.

Sans se donner le souffle, le juge Alain Philibeaux entend Jacques Chirac dans le cadre de l’affaire des emplois fictifs le 19 juillet 2007 de 9 h 15 à 13 h 30. Cela s’est passé dans les locaux mis à la disposition de l’ancien président par la République. On est allé jusqu’à l’auditionner en dehors de son bureau officiel. Mais on n’a pas pour autant sacrifié au fond. En effet, pour la première fois dans l’histoire de la 5ème république, un ancien président sera entendu comme témoin assisté, c’est-à-dire à mi-chemin entre le simple témoin et le mis en examen. Autrement dit, le ton est donné. Il n’est pas exclu que dans le courant de la procédure, il soit mis en examen dans ce dossier qui a été détaché quand il était en charge, et qui a vu la condamnation (il faut le rappeler) de Alain Juppé. Il est par ailleurs possible que dans les autres dossiers, il ait aussi à faire face à des mises en examen. Il est d’ores et déjà également question qu’il ne puisse pas s’abriter derrière son immunité pour échapper au dossier Clearstream. Pour des juges opiniâtres, qui se prévalent de la jurisprudence Carignon, les actes dont Jacques Chirac pourraient répondre, au même titre que Dominique de Villepin, n’ont rien à voir avec les missions confiées à un président de la république. Ils pourraient être détachés et l’obliger à en répondre devant des juges. Si dans la foulée, on en vient aux nombreux autres dossiers africains, Djibouti, Côte d’Ivoire, Tchad, Rwanda.., eh bien on aura de quoi envoyer l’ancien président en prison jusqu’à la fin de ses jours.

L’action des juges français est d’une portée révolutionnaire. Elle servira la cause de la refondation, de la justice et de la gouvernance d’une façon générale en France mais elle peut aussi avoir de bienheureuses incidences sur les pays africains, pour peu que les juges ne lâchent pas l’étreinte et jouent sur le pouvoir pour qu’il respecte la rupture promise dans la politique africaine de la France.

VT





Site réalisé par Come Tell The World