Mise à jour le 22/07/2007
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San Finna N°423 du 23 au 29 Juillet 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

 

« NANTAU FONDATION »
UNE BOMBE PLACEE A REO QUI MENACE D’EXPLOSER ?

Ces temps-ci, il y a de l’orage dans l’air à Réo. Pas besoin de prévisions météo pour s’en rendre compte. Ca se voit, ça se sent, ça se palpe. Dans les départements, les villages et les secteurs, dans les bureaux comme dans les familles, un sujet de conversation gagne en force : la création et les activités de « Nantau Fondation » dont la présidente est Madame Rosalie Bassolet, épouse du ministre des Affaires étrangères, Djibril Bassolet.

Beaucoup ne s’expliquent pas la raison d’être de cette fondation, encore moins qu’elle ait pu se forger tant de relations privilégiées avec la compagnie minière Nantou Mining. C’est en effet cette société sud-africaine ayant en charge l’exploitation de la mine de Perkoa, qui alimente majoritairement les caisses de la fondation.

La question que l’on se pose de façon lancinante à Réo, c’est pourquoi un tel partenariat lorsqu’il existe une commune, une région, collectivités décentralisées qui devraient être les interlocuteurs de choix en pareil cas.

Là, les questionnements débouchent sur une colère qui monte en houle, c’est lorsqu’on se rend compte que la fondation, qui a en quelque sorte brûlé la politesse à la commune, promet selon les dires des uns et des autres, des interventions sociales ici et là alors qu’on ne voit rien venir. A Réo et alentour, on veut comprendre et le mercure commence à monter entre les dirigeants de cette fondation au nombre desquels on compte entre autres comme membres d’honneur, le PDG de CINCAT, Monsieur Blanchard Bayala, Mathurin Bako…, comme Secrétaire général secondant la présidente, Amédée Bamouni, comme trésorier général, Gustave Bayala Bado (frère de la présidente Rosalie Bassolet), comme Secrétaire au développement local, à l’assainissement, l’agriculture et l’élevage, Mathieu Bayala, La soif d’information est encore plus forte lorsque les Réolais apprennent qu’il est question de faire appel à la générosité des ressortissants de Réo sur toute l’étendue du territoire national et même à l’étranger, et en particulier en Côte d’Ivoire.

Voilà, n’hésitent pas à dire certains, une vaste entreprise d’escroquerie.

A Réo, ça chauffe véritablement sous la marmite. Les mécontents se trouvent au niveau de toutes les autres couches sociales, alertées qu’une véritable bombe risquait d’éclater à Réo, San Finna y a dépêché un de ses collaborateurs. Parti pour un aller-retour le même jour, il y restera deux jours pleins. Il fallait tenter de comprendre cette affaire, écouter, tendre le micro par ça par là. Il n’en a pas manqué pour se prêter à ce jeu, souvent avec passion.

C’est le cas du chef coutumier appelé « Vieux Bassolet », de Laurent Bationo, anciennement maire, et du très connu Evariste Bassolet qui n’a pas sa langue dans la poche.

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, nous allons d’abord nous pencher sur les origines de ce problème. Nous verrons ensuite les arguments des plaignants et enfin, si faire se peut, ceux des parties impliquées ou accusées.

Commençons par Perkoa, par son découvreur Jules Bationo, par qui la manne a été découverte et sans laquelle le litige actuel ne serait pas né.

Tout commence dans les années 1980. Jules Bationo travaille alors à la Voltex qui deviendra Faso Fani avant de se diluer dans Fasotex. En juillet 1980, un samedi, il se rendit chez son oncle dans le petit village de Perkoa. Il ne savait pas alors que le destin lui donnerait un incroyable rendez-vous. Il s’en explique : « C’est à mon retour que je me suis arrêté à quelques mètres de la sortie du village pour me soulager derrière un buisson. A ma grande surprise, je constate une filière de sable terre granulé qui avait un brillant très vif à crever les yeux. Immédiatement, je me suis dit ceci : ça doit être de l’or ou quelque chose comme ça. Je n’ai pas hésité à ramasser quelques échantillons de la terre sablonneuse. Je les ai emballés dans un bout de papier et les ai emportés ».

Jules Bationo, pour avoir le cœur net sur sa découverte, s’est rendu auprès d’un ingénieur du PNUD, Mr Franceschi, qui était alors en prospection dans la région : « Dès que je lui ai présenté les échantillons de terre ramassés, l’Européen fut pris d’un grand étonnement et me dit, je cite : formidable, où avez-vous ramassé cette terre ? (fin de citation) ; j’ai répondu : dans le village Perkoan, et l’Européen de poursuivre : Je vous fixe un rendez-vous. Vous irez m’indiquer l’endroit où vous avez ramassé cette terre ». Evidemment, le reste s’accéléra : visite sur les lieux, et notre ingénieur ne manqua pas d’exprimer sa stupéfaction en ces termes : « Vous venez de faire une découverte minière appelée à être exploitée sans tarder et la nouvelle doit être portée en haut lieu ». Mr Franceschi pris contact avec le BUVOGMI (actuel BUMIGEB) pour confirmer la découverte. Une semaine après, l’ingénieur envoya une Camico et une enveloppe à Jules Bationo. N’ayant plus de nouvelles après, et l’Européen européen ayant voyagé, Jules Bationo commença à s’inquiéter. Il ne voyait rien venir du côté du BUVOGMI alors que des véhicules flanqués de l’emblème PNUD/BUVOGMI se faisaient incessants à Perkoa. Mr Bationo qui craignait de se faire flouer, adressa une lettre au Directeur du BUVOGMI.

Est-ce la conséquence ou non de cette correspondance ? En tout cas, la révolution ne tarda pas à réagir. Un jour qu’il était au service, plus exactement le 20 02 1987, on l’informa que 4 militaires demandaient à le rencontrer. Dans le contexte du moment, ce fut l’émoi de sa part comme de la part de la hiérarchie de Voltex. Qu’a-t-il donc pu causer comme tort à la révolution ? C’est le cœur battant la chamade qu’il s’est dirigé vers les militaires. Ses craintes se dissipèrent car, dit-il, « A mon arrivée, les militaires m’ont demandé si j’étais Jules Bationo, et j’ai dit oui. En même temps, ils m’ont « frappé le garde à vous, donné ma ration avant de me dire que c’est le PF (NDLR : président du Faso), le Camarade Thomas Sankara, qui les envoie chez moi. Ils m’ont ensuite demandé de les accompagner sur le site ».

Sitôt dit, sitôt fait. Sur place, ils procédèrent comme Mr Franceschi, en faisant des croquis et des matérialisations sur les lieux. Après quoi, on ramena Jules Bationo à Koudougou. Il ne s’est pas passé beaucoup de temps pour que sur les lieux de la découverte du zinc, il y ait une pancarte identifiant le lieu et portant le nom de son inventeur. C’était là une annonce qui lui faisait croire que le meilleur était à venir. Mais quelques mois après, ce jour où il lui semblait que la chance devait lui sourire, il y eut le 15 octobre et la révolution s’en alla avec son leader charismatique dans le bruit des armes. Depuis Jules Bationo ne voit plus rien venir.

Ce n’est pas pour autant que les choses ne bougent pas du côté de Perkoa. Des officiels se sont succédés, des Sud-Africains sont venus. Beaucoup d’affaires se sont développées à partir de la mine. Mais surtout, il y a « Nantau Fondation pour la condition humaine » qui semble brasser beaucoup d’argent pour le compte des Réolais et dont la population n’en voit pas trace, a fortiori l’inventeur.

On comprend qu’immense puisse être son amertume, lui qui sait qu’en tout autre lieu, son nom serait gravé dans l’histoire et qu’il serait à l’abri du besoin. En effet, pour lui, point de référence dans les livres d’histoire ni de rue en son nom et encore moins de kopeck empoché.

Ceux qui profitent de Perkoa et qui mangent gras à avoir des enflures au ventre, ce sont les protégés, les huiles de toujours. Ils ont le nez pour flairer les affaires, des bras longs pour les faire prospérer mais les Gourounsi, fidèles à leur tempérament, n’entendent pas s’asseoir et observer quelqu’un manger alors qu’ils souffrent de la dalle. De cela, nous en reparlerons la semaine prochaine, notamment avec Evariste Bassolet, le chef Bassolet, Laurent Bationo et bien d’autres.


La semaine prochaine, la parole aux plaignants.....

Swonty Koné





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