Mise à jour le 22/07/2007
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San Finna N°423 du 23 au 29 Juillet 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

AFFAIRE SYNDICATS NIGERIANS C/ ALIKO DANGOTE ET AUTRES
UN BRAS DE FER VICTORIEUX QUI DEVRAIT FAIRE ECOLE

Les syndicats nigérians ne sont pas des chiffes molles, loin de là. Lorsque là-bas, ils piquent des grandes colères, c’est le pays tout entier qui tremble, et le pouvoir est obligé de reconnaître qu’il a forte partie en face et souvent il recule. C’est ainsi que la confiance est née entre les travailleurs et leurs syndicats mais qu’aussi les Nigérians d’une façon générale, trouvent toujours dans leurs syndicats, un recours salvateur lorsque la gestion du pays connaît de graves dérives. Le nouveau président Umaru Yar'Adua vient d’en faire l’expérience de façon éclatante. Son prédécesseur, dans le souci de s’aménager une seconde vie douillette, avait pris un certain nombre de précautions : faire en sorte que ses successeurs ne soient pas enclins à lui chercher noise et permettre aussi, grâce à quelques petits contrats bien arrangés, que des amis puissent, alors qu’il ne sera plus aux affaires, lui être reconnaissant. C’est ainsi que beaucoup expliquent que Aliko Dangote, ce milliardaire qui ne cesse de se remuer pour qu’on l’admette dans le magazine Forbes, ait pu, avant que Olosegun Obasanjo fasse ses malles, réaliser des affaires des plus juteuses qui lui ont permis d’avoir le contrôle de deux raffineries sur les quatre que compte le Nigeria. Le gouvernement, dans cette transaction, avait cédé 51 % de ses parts. Les syndicats et beaucoup de détracteurs sont alors partis en guerre pour dénoncer l’irrégularité de l’opération, accusant vertement le président sortant d’avoir « cadeauté » ses amis, à la veille de son départ.

Les syndicalistes nigérians en particulier n’entendaient pas accepter que dans leur pays, premier pays producteur africain de pétrole (où curieusement se fait sentir une grave pénurie de cette énergie), on brade ainsi leur patrimoine national. Ils se sont mobilisés pour exiger la révocation de ces contrats.

Ca a pris le temps qu’il fallait mais ils ont eu magistralement gain de cause. A en croire la PANA en effet, «Dans une lettre datée du 17 juillet, Blue Star Oil Services Limited, propriété des hommes d’affaires et milliardaires, Aliko Dangàote et Femi Otedola, a annoncé qu’il se retirait de la transaction de 721 millions de dollars américains, en raison des virulentes critiques dont le consortium a fait l’objet de la part des syndicats et de certains membres de la société nationale du pétrole, Nigerian national petroleum corporation (NNPC) ».

En conséquence de quoi, toujours selon la même agence, le consortium a « demandé au Bureau des entreprises publiques (BPE), l’agence gouvernementale qui a géré le processus de privatisation, de lui rembourser ses fonds, soit les 561 millions de dollars versés pour les deux raffineries dans la ville pétrolière de Port Harcourt (Sud) et les 160 millions déposés pour la raffinerie de Kaduna (Nord) ».

Comme on aimerait que bien d’autres pays africains en prennent de la graine, qu’ils aient autant de constance, d’homogénéité et de pugnacité dans la lutte syndicale, la gouvernance africaine regagnerait en considération et les peuples du continent, en protection.

Au Burkina Faso en particulier, il ne manque pas de ces opérateurs économiques qui ont fait fortune de façon soudaine et spectaculaire. Passés maîtres en délits d’initiés, bénéficiaires de monopoles de fait, ils décrochent à la pelle des contrats mirobolants qu’ils exécutent avec le soutien de leurs parents et amis bien placés. Aucun domaine ne leur échappe. Le patrimoine national est ainsi l’objet de privatisations éhontées sans susciter de mobilisations sociales conséquentes pour mettre fin à la curée. Déjà, de nombreuses unités industrielles ont mis la clef sous le paillasson alors que les structures bancaires, comme la BIB, à force de pompages, sont en butte aux difficultés les plus insurmontables qui risquent de signer leur disparition.

Si au Nigeria, les syndicats ont pu porter un coup d’arrêt à ce type de dérives, il n’y a pas de raison qu’au Burkina Faso, il ne puisse pas en être de même, encore et surtout que l’histoire syndicale de ce pays a donné maints exemples de la pugnacité des syndicats et de leur solidarité. Le grand tout, c’est de savoir rester soi même malgré le temps qui passe, malgré l’action démobilisatrice du pouvoir sur les luttes des contre-pouvoirs et les mœurs qui se décomposent.

La Rédaction






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