AFFAIRE
SYNDICATS NIGERIANS C/ ALIKO DANGOTE ET AUTRES
UN BRAS DE FER VICTORIEUX QUI DEVRAIT FAIRE ECOLE
Les
syndicats nigérians ne sont pas des chiffes molles,
loin de là. Lorsque là-bas, ils piquent
des grandes colères, c’est le pays tout
entier qui tremble, et le pouvoir est obligé
de reconnaître qu’il a forte partie en face
et souvent il recule. C’est ainsi que la confiance
est née entre les travailleurs et leurs syndicats
mais qu’aussi les Nigérians d’une
façon générale, trouvent toujours
dans leurs syndicats, un recours salvateur lorsque la
gestion du pays connaît de graves dérives.
Le nouveau président Umaru Yar'Adua vient d’en
faire l’expérience de façon éclatante.
Son prédécesseur, dans le souci de s’aménager
une seconde vie douillette, avait pris un certain nombre
de précautions : faire en sorte que ses successeurs
ne soient pas enclins à lui chercher noise et
permettre aussi, grâce à quelques petits
contrats bien arrangés, que des amis puissent,
alors qu’il ne sera plus aux affaires, lui être
reconnaissant. C’est ainsi que beaucoup expliquent
que Aliko Dangote, ce milliardaire qui ne cesse de se
remuer pour qu’on l’admette dans le magazine
Forbes, ait pu, avant que Olosegun Obasanjo fasse ses
malles, réaliser des affaires des plus juteuses
qui lui ont permis d’avoir le contrôle de
deux raffineries sur les quatre que compte le Nigeria.
Le gouvernement, dans cette transaction, avait cédé
51 % de ses parts. Les syndicats et beaucoup de détracteurs
sont alors partis en guerre pour dénoncer l’irrégularité
de l’opération, accusant vertement le président
sortant d’avoir « cadeauté »
ses amis, à la veille de son départ.
Les syndicalistes nigérians en particulier n’entendaient
pas accepter que dans leur pays, premier pays producteur
africain de pétrole (où curieusement se
fait sentir une grave pénurie de cette énergie),
on brade ainsi leur patrimoine national. Ils se sont
mobilisés pour exiger la révocation de
ces contrats.
Ca
a pris le temps qu’il fallait mais ils ont eu
magistralement gain de cause. A en croire la PANA en
effet, «Dans une lettre datée du 17 juillet,
Blue Star Oil Services Limited, propriété
des hommes d’affaires et milliardaires, Aliko
Dangàote et Femi Otedola, a annoncé qu’il
se retirait de la transaction de 721 millions de dollars
américains, en raison des virulentes critiques
dont le consortium a fait l’objet de la part des
syndicats et de certains membres de la société
nationale du pétrole, Nigerian national petroleum
corporation (NNPC) ».
En conséquence de quoi, toujours selon la même
agence, le consortium a « demandé au Bureau
des entreprises publiques (BPE), l’agence gouvernementale
qui a géré le processus de privatisation,
de lui rembourser ses fonds, soit les 561 millions de
dollars versés pour les deux raffineries dans
la ville pétrolière de Port Harcourt (Sud)
et les 160 millions déposés pour la raffinerie
de Kaduna (Nord) ».
Comme
on aimerait que bien d’autres pays africains en
prennent de la graine, qu’ils aient autant de
constance, d’homogénéité
et de pugnacité dans la lutte syndicale, la gouvernance
africaine regagnerait en considération et les
peuples du continent, en protection.
Au Burkina Faso en particulier, il ne manque pas de
ces opérateurs économiques qui ont fait
fortune de façon soudaine et spectaculaire. Passés
maîtres en délits d’initiés,
bénéficiaires de monopoles de fait, ils
décrochent à la pelle des contrats mirobolants
qu’ils exécutent avec le soutien de leurs
parents et amis bien placés. Aucun domaine ne
leur échappe. Le patrimoine national est ainsi
l’objet de privatisations éhontées
sans susciter de mobilisations sociales conséquentes
pour mettre fin à la curée. Déjà,
de nombreuses unités industrielles ont mis la
clef sous le paillasson alors que les structures bancaires,
comme la BIB, à force de pompages, sont en butte
aux difficultés les plus insurmontables qui risquent
de signer leur disparition.
Si
au Nigeria, les syndicats ont pu porter un coup d’arrêt
à ce type de dérives, il n’y a pas
de raison qu’au Burkina Faso, il ne puisse pas
en être de même, encore et surtout que l’histoire
syndicale de ce pays a donné maints exemples
de la pugnacité des syndicats et de leur solidarité.
Le grand tout, c’est de savoir rester soi même
malgré le temps qui passe, malgré l’action
démobilisatrice du pouvoir sur les luttes des
contre-pouvoirs et les mœurs qui se décomposent.
La Rédaction