Mise à jour le 22/07/2007
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San Finna N°423 du 23 au 29 Juillet 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

LE BURKIN FASO EST-IL A FELICITER OU A BLAMER DE PROPOSER SA MEDIATION DANS LA CRISE NIGERIENNE ?

Les Touaregs nigériens, après une première rébellion, viennent de re-belotter avec fracas. L’un d’entre eux s’est payé le déplacement de Ouagadougou pour venir y solliciter l’intermédiation de Blaise Compaoré. Sans plus attendre, le ministre des affaires étrangères, Djibril Bassolet, s’est envolé pour Niamey où à peine arrivé, la presse nationale et internationale s’est faite l’écho de la candidature officielle du Burkina Faso pour conduire la médiation entre autorités légales et rébellion. Voilà qui suscite de chaudes controverses entre ceux qui disent que l’idée est à féliciter et ceux qui soutiennent qu’elle est franchement déplacée.

MIEUX VAUT PREVENIR QUE GUERIR


Voilà les Touaregs nigériens qui remettent ça. Après une première rébellion, dont l’accord de paix signé n’a pas été bien observé à leur goût, ils reprennent les armes. C’est une situation qui interpelle (personne ne peut le nier) tous les pays de la sous région et même du continent, et en particulier le Burkina Faso. Pourquoi ? Les raisons sont multiples. D’abord, le Niger est voisin du Burkina ; il y a un devoir de solidarité entre eux, et le pays des hommes intègres ne peut pas rester indifférent lorsqu’il est sollicité par une des parties en conflit pour une médiation. Il faut relever aussi que ce devoir de solidarité se double d’une obligation d’implication qui résulte du fait que le Burkina Faso et le Niger sont partie prenante de plusieurs organisations comme le Conseil de l’Entente, l’UEMOA…. On relèvera aussi fort à propos, que nos responsables ont déjà eu à connaître de la première rébellion et que c’est grâce à leur entremise qu’elle a pu se conclure par un accord de paix qui avait alors permis de recoller les morceaux. Il y a de la part de B. Compaoré comme une responsabilité à assumer les vices cachés de cet accord. Il ne s’agit pas ici de renvoyer la faute à tel ou tel protagoniste mais de procéder -comme l’entrepreneur qui voit que son immeuble est défectueux- aux réfections nécessaires. C’ est pourquoi il ne faut pas voir du mal dans le fait qu’après avoir été approché par un rebelle, le ministre Bassolet ait été dépêché à Niamey pour proposer de régler le litige. C’est du reste dans ce sens que l’Observateur Paalga a vu les choses en relevant de façon imagée et avec une pointe d’esprit, que le docteur burkinabé était appelé à faire une piqûre de rappel face à la rechute du pays dans la rébellion. Enfin, il faut laisser parler les aigris et autres jaloux mais convenir de restituer ce qui doit respectivement restituer à César et à Dieu ce qui doit respectivement leur revenir. En matière de médiation en effet, on ne peut pas honnêtement quereller au Burkina son expertise. De nombreux dossiers sont là qui en témoignent. Ce sont entre autres ceux du Togo, de la Côte d’Ivoire. Il faut alors mettre de côté les mesquineries et les ragots. Le Burkina Faso n’a pas intérêt à ce qu’un pays limitrophe s’empêtre dans des tensions nationales : cela pourrait rejaillir sur son territoire. Enfin, à supposer que Blaise Compaoré ait observé une attitude silencieuse, voire de refus, de s’intéresser aux problèmes du Niger, les mêmes qui actuellement fustigent qu’il y ait dépêché un émissaire, seront les premiers à clamer partout que s’il se comporte ainsi, c’est parce qu’il a quelque chose à se reprocher. Dans ce cas d’espèce, c’est l’intérêt supérieur de la région et du Burkina qui sont à prendre en considération et, ne l’oublions pas, le chef de l’Etat est actuellement le président de la CEDEAO : il manquerait à ses devoirs en se carapatant devant cette crise qui, si l’on n’y prend garde, peut aller loin !

 

TOMI.

POURQUOI DEVANCER L’IGUANE DANS L’EAU ?

A ce que l’on voit en effet, la médiation semble être la matière première qui rapporte le plus aux autorités burkinabé. Aussi, c’est à peine si elles n’en viendraient pas à favoriser l’émergence de « prospecteurs » ou de « provocateurs » de conflits pouvant déboucher sur des médiations et nécessiter qu’on recoure à ce savoir-faire qui singularise les gouvernants du pays des hommes intègres. Il faut donc en déduire l’accueil mitigé, plutôt réprobateur qu’une partie de l’opinion réserve à la façon avec laquelle le pouvoir s’est rué vers Niamey pour tenter d’y décrocher un contrat de médiation dans le différend qui se fait jour entre le pouvoir et les Touarègues en colère. Je suis de ceux qui trouvent que cette façon de faire est choquante, et même dégoûtante ; des charognes ne se comporteraient pas autrement devant la perspective d’une proie sur laquelle fondre. Pourquoi tant de précipitation lorsque surtout le pouvoir nigérien lui-même, jusqu’à preuve du contraire, ne veut pas entendre parler de rébellion ? Pourquoi ne pas avoir la délicatesse d’attendre qu’il en reconnaisse la réalité et qu’il exprime le besoin d’une médiation avant de le presser de tant d’assiduité ? Je trouve de surcroît que nous avons déjà sur le feu, deux médiations, le Togo et la Côte d’Ivoire qui ne sont pas, pourrait-on dire, encore tout à fait cuites. Ne vaudrait – il pas mieux en finir avec elles avant d’engager une troisième sur le feu ? C’est une question de méthode, d’efficacité. C’est bien connu : qui trop embrasse, mal étreint. Par ailleurs, au Niger comme au Togo et en Côte d’Ivoire, notre main se plait-on à dire n’a jamais été totalement innocente. Les soupçons étaient là lors de la première rébellion touarègue au Niger. Ils n’ont pas totalement disparus avec celle en cours. Si Niamey n’est pas loquace à ce sujet, il n’en laisse pas moins diffuser qu’il pourrait bien exister des parrains à des touaregs en rupture avec la république. Et pour tout dire, lors de la manifestation à Niamey du 21 juillet dernier pour en appeler à la paix, des voix n’ont pas manqué pour condamner ces pays étrangers, sans les citer, qui soutiendraient les Touaregs. Si les regards se sont tournés vers la France, la Libye ou le Burkina Faso, ce ne serait pas étonnant vu les précédents ! Il faut, comme qui dirait, « quitter dans ça » : courir à chaque fois, ventre à terre, pour négocier des médiations, finit effectivement de convaincre que le pouvoir burkinabé mise réellement sur ces conflits pour tenter de se racheter de ses ingérences qui l’exposent à en répondre devant des juridictions pénales internationales. Allez-y en effet savoir si pour éviter un tel sort, il ne serait pas prêt à tout !

 


TOZI.

Citation de la semaine

«Le monde est un grand bal où chacun est masqué »

Alfred HITCHCOCK






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