San
Finna N°424 du
30 Juillet au 05 Août 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
LA
POPULATION DE REO VA-T-ELLE SE REVOLTER
CONTRE « NANTOU FONDATION » ?
Dans
notre précédente édition, nous avons,
sur la base de témoignages recueillis sur place,
fait une relation du mécontentement grandissant
à Réo par rapport aux activités de
la Fondation Nantou que certains suspectent d’entretenir
des relations floues avec la Société Nantou
Mining qui exploite le zinc de Perkoa. Après avoir
largement donné la parole à celui qui a
découvert la mine, Jules Bationo, nous la donnons
cette fois-ci aux nombreux plaignants qui ne tarissent
pas de critiques et d’invectives à l’endroit
de la fondation, en escomptant pouvoir, comme c’est
la coutume, donner ensuite la parole à la société
et à « Nantou Fondation ». Notre souci,
en faisant ainsi réagir les uns et les autres,
n’est pas seulement guidé par une obligation
déontologique ; nous voulons aussi permettre de
réunir le maximum d’éléments
contradictoires pour permettre de conjurer cette déchirure
regrettable que l’on sent venir entre les fils et
les filles de Réo.
Nous vous proposons donc ici, entre autres réactions,
celles du bien connu Evariste Bassolet, PDG de FORAFRIQUE,
de l’ancien maire de Réo, Laurent Bationo,
et du chef de terre Mr Bassolet, dit « Vieux Bassolet
».
San
Finna : Aujourd’hui, le zinc de Perkoa est exploité.
Quel est votre sentiment ?
Evariste
Bassolet :
«
En tant que fils de la province et du Burkina Faso,
c’est un honneur pour moi qu’on découvre
du zinc à Réo. Je suis un peu du domaine.
Depuis 1982, j’avais un ami personnel qui
n’est plus de ce monde, Mr Gansonré,
qui était à l’époque
Directeur du BUMIGEB. Personne ne voulait le croire
quand il parlait de ce zinc. Mais il a tenus mordicus
jusqu’à son décès.
Aujourd’hui, ce n’est pas le Sanguié
seul mais c’est tout le Burkina qui doit être
fier de l’exploitation de ce zinc. Pour nous, c’est
un soulagement pour que tous ces jeunes, qui sont là
sans emploi, et qui s’étaient livrés
à l’alcool, puissent avoir du travail. Le
problème, c’est que les populations du Sanguié
sont de grands travailleurs. C’étaient des
gens qui ne connaissaient pas le chômage. Au moment
des travaux champêtres, ils aident les parents à
la saison creuse, ils se retrouvent tous en Côte
d’Ivoire pour y travailler soit en tant que boy
cuisinier ou planteur. Mais aujourd’hui, avec ce
qui se passe en Côte d’Ivoire, ces populations
deviennent de moins en moins actives, et la cerise sur
le gâteau (si on peut dire), la sécheresse
est là, et ça ne leur fait pas de cadeau.
Subitement, par la grâce divine, on découvre
une richesse pareille, qui doit générer
du travail pour que les populations puissent se nourrir.
Voilà que certains individus viennent s’accaparer
cette mine pour en faire une affaire personnelle, et c’est
décourageant. Mais moi, en tant que fils de la
province, où je suis écouté, je me
suis engagé personnellement et cela à la
demande des populations du Sanguié, à comprendre
ce qui se passe.
J’avoue n’y être pas encore parvenu
mais ce qui est sûr, j’irais jusqu’au
bout pour voir clair dans cette affaire.
Cette affaire est une honte dans la mesure où toute
la province, la région doit profiter de cette mine.
Maintenant, si c’est ceux à qui on a donné
cette exploitation qui veulent nous diviser à travers
un certain nombre d’individus, je dirige des hommes,
je sais ce qu’est un homme qu’on veut priver
de son pain.
Vous savez, avec mon ami dont je vous parlais de Gansonré,
on a fait des sondages sur le terrain. Aujourd’hui,
les gens parlent de ce qu’ils ne savent pas.
San
Finna : Ne pensez-vous pas qu’un National aurait
pu être l’exploitant ?
Evariste
Bassolet :
C’est une très belle question .Vous savez,
avant ceux qui sont là à Perkoa, plus d’une
dizaine de preneurs potentiels sont passés mais
sans succès parce qu’à l’époque,
les recherches ont été superficielles. Aujourd’hui,
ceux qui sont là ont un contrat de 15 ans renouvelable.
Eux-mêmes, ils savent pertinemment que si l’Etat
devait faire les choses dans les règles, au bout
de 30 ans, ils s’en iront. Mais le sous-sol, foi
du technicien que je suis, le sous-sol tel qu’il
est, est 20 fois plus riche que ce qu’on dit.
San
Finna : Vous par exemple, auriez pu être le repreneur
?
Evariste
Bassolet :
Eh si, tous les Burkinabé devraient en profiter,
singulièrement ceux de Réo mais aujourd’hui,
il y a des gens qui se prennent plus intelligents qu’intelligents
en pensant que les grandes études sont synonymes
d’intelligences mais ils ont tout faux.
Aujourd’hui, voilà un éléphant
qui sort, « Nantou » (c’est éléphant
en Lyélé). Fonda…, pardon fondation,
c’est quoi ça ? Ils étaient où
et puis c’est maintenant qu’ils viennent fonder,
et puis fonder quoi même !
San
Finna : On dit que vous en voulez à Nantou Fondation
parce qu’entre Djibril Bassolet et vous, c’est
froid ?
Evariste
Bassolet :
Vous voyez, les rumeurs de Ouaga-là. Djibril peut
vous le dire, il n’y a rien entre nous. L’hypocrisie,
les mensonges, je ne suis pas dedans.. S’il y a
des gens qui se laisser gérer par leurs femmes,
moi ma femme ne me gère pas sinon on n’a
pas de problèmes particuliers. S’il laisse
sa femme venir sur le terrain pour humilier les gens et
qu’il la soutient, je dis non.
Si aujourd’hui, la question Nantou Fondation est
posée, il ne s’agit pas de Rosalie et Djibril
mais de toute une famille, une communauté, et pouvez-vous
penser que moi, qui ne suis au courant de rien, je n’ai
rien bouffé ? On va venir insulter mon père
et ma mère à quel titre ? J’ai respecté
Djibril en tant que ministre, et je ferai tout parce qu’il
incarne la famille sinon il y a 11 ans entre lui et moi
; c’est un petit frère. Mais s’il ne
veut pas ce soutien et qu’il veut aller faire des
dégâts, qu’il assume.
Au moment de la campagne, moi je suis allé voir
Djibril et il m’a foutu à la porte pour la
candidature de sa femme Mme Rosalie. Aujourd’hui,
je me rends compte qu’il a raison .Mais si tu connais
ta femme comme ça, freines-la, ne la laisse pas
aller faire la merde au village.
San
Finna : Vous êtes conseiller municipal. Accepteriez-vous
d’être maire, juste pour ramener la concorde
à Réo ?
Evariste
Bassolet :
Je n’ai jamais pensé être maire ou
député même pour calmer la crise actuelle.
Si j’ai pu mettre Mathieu (NDLR : Mathieu Bayala,
maire de Réo), c’est que je peux en trouver
un autre, et d’ailleurs à ce titre, je pense
que Mathieu a intérêt à démissionner
et à ne pas s’entêter à entretenir
cette arnaque qui fait qu’à Réo on
se demande si c’est Rosalie le maire, ou lui Mathieu.
Pour embaucher des gens, c’est Rosalie qui décide
si telle personne a droit au travail, notamment par rapport
à son clan politique, notamment les transfuges
RDF qui sont proches d’elle. Mais les gens peuvent
compter sur moi qu’aucun arriviste ne viendra s’enrichir
illicitement dans le Sanguié.
San
Finna : Un dernier mot ?
Evariste
Bassolet :
Je vous remercie d’être venu voir ma modeste
personne pour aider les populations de la région
à comprendre quelque chose. Mon souhait est que
ces gens viennent pour qu’on discute, qu’on
remodèle cette fondation pou le bien-être
de nos populations. Sinon, ils risquent de trouver ce
qu’ils cherchent.
La
parole est maintenant à Mr Laurent Bationo, ancien
maire de la commune de Réo.
San
Finna : Avez-vous eu à connaître de la mine
pendant que vous étiez maire ?
Laurent
Bationo :
«
Il y a eu plusieurs bailleurs de fonds qui sont
passés par là mais certainement à
cause des avantages réciproques, c’est
finalement ceux qui sont là qui ont été
retenus. En tout cas, pendant que j’étais
maire, je n’ai jamais eu un document relatif
à la mine à ma portée. Ce que
je peux dire, c’est que pendant mon mandat
(1995/2000), des études de terrain se faisaient
mais la mairie n’a jamais été
associée.
San
Finna : Selon vous, quelle devrait être la relation
entre la mairie et la Société Nantou Mining
?
Laurent
Bationo :
La commune n’est pas un Etat dans un Etat ; donc,
elle ne saurait prétendre à des relations
privilégiées avec Nantou Mining mais, dès
lors que l’Etat donne son accord, l’exploitation
sur le terrain ne peut pas se faire sans une implication
de la collectivité. Ainsi, Perkoa ne saurait être
géré sans les populations à travers
notamment la mairie de Réo, a fortiori qu’on
exploite cette mine sans que les populations ne sachent
exactement ce qui leur revient.
San
Finna : Mais au jour d’aujourd’hui, quelle
relation y a-t-il entre la mairie et Nantou Mining ?
Laurent
Bationo : Je
regrette, mais en tant que conseiller municipal, je ne
peux pas vous dire exactement les relations entre la mairie
et la compagnie minière Nantou Mining. Mais le
maire peut en savoir quelque chose. Là où
le bât blesse en plus, c’est que moi, je suis
dans la commission «Environnement et développement
» et jusqu’ici, nous n’avons pas reçu
un document relatif à l’exploitation du zinc
de Perkoa. Il y a eu seulement un Cabinet d’études
qui nous avait consultés pour le dédommagement
des populations de Perkoa qui se verraient dépossédées
de leurs terres, et là encore, on n’a jamais
eu les conclusions de ces travaux.
San
Finna : On parle de plus en plus de cité …
Laurent
Bationo :
Lors d’une session du conseil municipal, dans le
point des divers, il y a une question relative à
la cité des cadres. C’est le maire qui avait
annoncé cette construction et la question était
de savoir où. Après ça, le jeudi
12 juillet 2007, il y a eu un conseil où la question
est revenue et ils étaient en train de voir dans
la zone creuse derrière le Haut commissariat du
Sanguié, et il était question de retombées
pour la commune.
San
Finna : Qui construit la cité ?
Laurent
Bationo :
Sincèrement, on ne sait pas qui doit construire
cette cité. On a eu vent que c’est la fondation
qui devait construire cette cité. D’ailleurs,
lors du conseil du 12 juillet, la question de savoir pourquoi
une telle fondation et pourquoi certains conseillers s’y
trouvent à l’insu de la majorité,
n’a pas encore eu de réponse.
San
Finna : Il y a problème. Que préconisez-vous
comme solution ?
Laurent
Bationo :
La solution, c’est de vous adresser au maire. En
tant que premier responsable, il a le devoir d’information
à l’égard de ses administrés.
Les populations veulent savoir pourquoi la fondation s’il
y a la mairie, et Réo a quels avantages dans l’exploitation
de cette mine ?
Nous
avons également tendu notre micro au chef coutumier
de Réo, Mr Bassolet dit Vieux Bassolet.
San
Finna : Chef, avez-vous été mis au courant
de la création de Nantou Fondation pour la condition
humaine ?
«
Vieux Bassolet » :
Je
vous remercie pour votre démarche. Depuis
un certain temps, les chefs coutumiers que nous
sommes sont de plus en plus écartés
des initiatives communautaires alors qu’au
temps du colon, nous étions de bout en bout
associés aux projets concernant la communauté.
En fait, pour répondre à votre question,
dans la zone, nous n’avons jamais été
associés à la création de cette fondation.
Le jour de l’ouverture du site d’exploitation,
Mme Rosalie Bassolet a été présentée
comme la responsable de la fondation. J’avoue que
c’est à ce moment précis que j’ai
appris l’existence de la fondation.
San
Finna : Il y a visiblement un problème autour de
cette fondation…
«
Vieux Bassolet » :
Il faut que les gens comprennent qu’il n’y
a pas qu’à Réo que les choses se passent
comme ça. Si nos enfants sont de grands intellectuels
et des cadres supérieurs, et ils ne peuvent cependant
pas s’asseoir et échanger sur une question
précise dans le cadre familial, c’est décevant.
Le zinc de Réo étant pour tous, il faut
que tous en profitent, et c’est justement à
cause de cela qu’une grande clarté sur sa
gestion s’impose.
Moi, je peux dire qu’il y a deux ou trois jours
(NDLR : interview réalisée le 17 juillet
2007)n j’ai vu un journal dans lequel on parlait
du mécontentement des jeunes. A la suite de cela,
j’ai vu la composition du bureau de la fondation.
Ce qui m’a tout de même tiqué, c’est
que des personnes assez sages s’y trouvent et j’avoue
que les rumeurs de détournements et d’embauches
sélectives qui persistent contre la fondation imposent
un devoir d’explication.
San
Finna : Avez-vous un appel à lancer ?
«
Vieux Bassolet » : Ce
que je demande, en tant que responsable coutumier de la
province, à tous les fils de la province, c’est
de s’asseoir et de s’expliquer. Que ces rumeurs
soient fondées ou pas, je ne suis pas content ».
A
la suite de nos entretiens, nous avons eu à parler
avec d’autres personnes pas moins importantes. De
celles-là, cet entrepreneur, B.T., qui a requis
l’anonymat et qui pense que la fondation est bel
et bien là pour spolier la commune.
Pour
lui, des gens ont attendu l’ouverture de cette mine
depuis des années. Aujourd’hui que c’est
fait, dit-il, c’est une opportunité de développement
pour Réo et la province mais on ne sait pas comment
les gens sont recrutés, comment une fondation dont
on ne connaît que les leaders, a été
créée et fonctionne. Il trouve cela révoltant.
Notre interlocuteur étant du domaine de la construction
ne pourra s’empêcher de taxer la fondation
de clientélisme, de favoritisme car il semblerait
qu’elle aurait donné, sans appel d’offres,
le marché de construction d’une cité
à Réo à son président d’honneur,
CINCAT International.
A propos justement de cette cité, une source anonyme
nous dira que les parcelles seraient déjà
identifiées, (étant déjà loties
à l’époque du maire Bationo) et qu’il
ne resterait plus que les formalités administratives
pour les 50 parcelles censées abriter la Cité
des cadres.
En attendant la construction de cette citée, des
villas supposées appartenir aux dirigeants de la
fondation Nantou pour la condition humaine (ou pour certains
de leurs amis ou conjoints) seraient louées à
des sommes faramineuses. La villa d’un couple bien
connu aurait, dit-on, un loyer se situant entre 1 million
et 1 500 000 fcfa et il en aurait déjà obtenu
une avance de 3 ans.
Voilà
le cocktail détonant qui menace actuellement d’éclater
à Réo. Pour respecter le contradictoire,
comme la présomption d’innocence, et surtout
pour aider à la manifestation de la vérité,
nous continuons nos contacts pour vous faire profiter,
la semaine prochaine, de la version des faits que donneront
Nantou Fondation, Nantou Mining…
Swonty
Koné
LA
LISTE DES MEMBRES DE « NANTOU FONDATION
»
-
Président d’honneur : PDG de société
- Président d’honneur pour le Burkina
Faso : PDG/CINCAT Tél : 50 34 27 19/50
34 31 24
-
Conseillers :
• M. Blanchard Bayala, Conseiller technique
du Ministre de l’Economie et du budget
• M. Mathurin BAKO, Ingénieur des
télécommunications
• Abbé André Jules, Curé
de la paroisse de Réo
-
Présidente : Mme Rosalie BASSOLET
- Secrétaire général :
M. Amédée BAMOUNI
- Trésorier général : Gustave
Baya BADO
- Secrétaire à la scolarisation
: M. Jean-Paul BAZIE, Docteur en droit public,
enseignant chercheur, maître assistant
de philosophie, conseiller du Ministre de l’Education
de base et de l’alphabétisation
Tél : 50 44 50 63
- Secrétaire adjoint à la scolarisation
: M. Paulin BATIONO
- Secrétaire chargé de l’eau,
de l’hydraulique agricole : M. Batia Dominique
IDO, Ingénieur de Génie rural
- Secrétaire adjoint chargé de
l’eau, de l’hydraulique agricole
: Mme Lienwé BAMA
- Secrétaire à la promotion de
la femme et à la scolarisation de la
jeune fille : Mme Marie-Claire MILLOGO, Chercheur,
docteur en sociologie
- Secrétaire adjoint à la promotion
de la femme et à la scolarisation de
la jeune fille : Mme Euphrasie BAYALA
- Secrétaire au développement
socio-sanitaire : Mme Madeleine DA, Sage femme
d’Etat
- Secrétaire adjoint au développement
socio-sanitaire : Mme Rose BASSOLET
- Secrétaire au développement
local, à l’assainissement, l’agriculture
et l’élevage : M. Mathieu BAYALA,
Inspecteur des Finances
- Secrétaires adjoints au développement
local, à l’assainissement, l’agriculture
et l’élevage : M. Justin BAYALA
et M. Ernest BASSOLET
- Secrétaire chargé de la culture,
des sports et des loisirs : M. Anicet BAZIE
- Secrétaire adjoint chargé de
la culture, des sports et des loisirs : Claver
BATIONO
L’EQUIPE
TECHNIQUE D EXECUTION :
Secrétaire permanent à Réo
: M. Apollinaire BAYALA
Chargé de Projet : M. Seydou SOMA
Assistant administratif bilingue : M. Moussa
TOE
(mail
de la fondation : nantoufondation@yahoo.fr ;
téléphone : 50 35 61 26)