LIBERATION
DES OTAGES BULGARES
KADHAFI EST-IL PARTI POUR « BANANARISER »
L’EUROPE ?
Les
otages bulgares, après plus de huit ans de captivité,
ont recouvré la liberté. La décence
voulait que l’on taise toute autre considération
pour observer un temps de grâce afin de compatir
au drame des victimes libyennes atteintes du sida d’une
part et pour célébrer le courage extrême
de ces 6 soignants injustement gardés en captivité
pendant tant d’années, d’autre part.
Maintenant que c’est chose faite, il convient
de se pencher sur les impératifs moraux, juridiques,
humanitaires, qui commandent de ré instruire
le dossier dans les règles de l’art. Il
en va de la réhabilitation de la morale et du
droit mais aussi des réparations que les victimes
bulgares sont en droit d’attendre en raison du
préjudice immense qu’elles ont subi.
LE
CHANTAGE VICTORIEUX DU GUIDE KADHAFI CONTRE LA COMMUNAUTE
INTERNATIONALE
Dans cette affaire, l’Europe a adopté la
même attitude que lors des affaires des attentats
de la Panam et de la TWA. Elle a, encore une fois, privilégié
les considérations économiques, diplomatiques,
médiatiques, au détriment des intérêts
stricto sensu des victimes. Alors que d’éminents
experts avaient conclu que les infirmières et
le docteur bulgares ne pouvaient pas avoir inoculé
le virus du sida aux enfants libyens et que la faute
revenait plutôt aux installations défectueuses
de l’hôpital de Benghazi, l’Europe
a fait fi de ces affirmations scientifiques pour adhérer
à l’accusation libyenne. C’est bel
et bien ce qu’elle a fait en choisissant de négocier
et de se prêter à ce jeu de l’indemnisation
qui incombe habituellement à ceux qui sont coupables
d’infractions. Ce faisant, elle a piétiné
la morale et le droit car elle a ainsi choisir de transformer
des victimes en coupables, et des coupables en victimes.
Si au moins, cela avait été consenti par
le seul souci d’extraire les captifs de cette
situation inhumaine en attendant de voir venir, on aurait
compris. Cependant, tel n’est pas le cas. Ce dont
il a été surtout question ici, c’est
de contenter le Guide libyen, de l’aider à
intégrer le concert des nations afin de pouvoir
en retour bénéficier de retombées
économiques, politiques, diplomatiques, etc.
C’est ce souci, on le reconnaît aujourd’hui,
qui a amené bien des Etats européens comme
la France, à s’inscrire dans la course
de charme vis-à-vis du Colonel Kadhafi et à
entrer en compétition ouverte avec l’Europe
dans le jeu hypocrite dont le Colonel a posé
les règles à travers une procédure
judiciaire et un chantage des plus scandaleux. L’activisme
du couple Sarkozy, au mépris des principes qui
gouvernent la République et les règles
qui régissent l’Union européenne,
restera tristement gravé dans les mémoires,
pour longtemps. Quel gâchis, quelle prime à
l’impunité ! En lieu et place de l’Etat
libyen, l’Europe directement ou indirectement,
prendra en charge l’indemnisation des familles
des 460 enfants victimes du sida, à raison d’un
million de dollars par famille. Elle prendra aussi à
son compte le traitement des malades toute leur vie
et réalisera certaines infrastructures : hôpitaux
spécialisés, autoroute, équipements
divers pour lutter contre l’émigration,
aménagements portuaires pour dessaler l’eau
de mer, soutien technique et financier dans le domaine
nucléaire civil... Cerise sur le gâteau,
elle consacrera l’entrée en force de la
Libye dans le concert des nations avec, s’il vous
plaît à la clef, un partenariat privilégié
dans les rapports de son pays et de l’Europe.
Maintenant que les soignants sont libres, s’il
est vrai que les fondements moraux et juridiques sur
lesquels repose l’Europe existent toujours, celle-ci
doit donner la primauté au rétablissement
de la vérité dans cette affaire qui ne
devrait pas rester impunie. Il y va du crédit
de l’Europe, de l’avenir du droit pénal
international, donc de cet ordre public mondial en attente
de construction, pour notre sauvegarde collective.
Mais ce dossier doit être aussi ré instruit
pour des raisons tenant à l’intérêt
des victimes bulgares elles-mêmes.
DU
DEVOIR DE VERITE, DE JUSTICE ET DE REPARATION POUR LES
SOIGNANTS BULGARES
Comment oublier la barbarie infligée aux prisonniers
? Ces souffrances inhumaines, ils les ont d’abord
vécu dans leur chair. Bien qu’ils n’en
parlent pas encore et qu’on comprenne qu’il
soit pénible pour eux de le faire, quand on imagine
la nature et la forme que ces tortures ont pu revêtir,
cette barbarie, pour sûre, ne peut que les marquer
pour la vie. La torture est condamnée par les
traités internationaux, considérée
comme un crime de compétence internationale,
elle est réprimée en tant que telle à
ce plus haut niveau. Il est impérieux, pour ne
pas encourager l’impunité et surtout pour
réparer le mal dont les soignants bulgares ont
souffert, que toute la lumière soit faite sur
cette affaire et que le droit retrouve entièrement
ses droits.
Ces femmes et ce docteur ont été accusés
à tort d’avoir inoculé le virus
du sida à des enfants dont certains sont déjà
morts. Quand on est accusé de tels crimes qu’on
n’a pas commis et que l’on en a été
puni pendant 8 ans, on peut se poser la question de
savoir comment ils ont pu garder tout leur équilibre
psychique ! Seule la vérité dans cette
affaire, éclatée et essaimée à
travers le monde entier, à la manière
dont l’infamie l’a été à
leur encontre, pourrait leur apporter l’apaisement
moral. Ce devoir de vérité, par-delà
eux, s’impose à toute la communauté
internationale car il constituerait comme une condamnation
de la méthode employée par les autorités
libyennes et comme un engagement de ne plus y souscrire.
Mais en plus des compensations morales, il y a que ces
6 soignants ont consumé pour rien plus de 8 ans
de leurs vies, et 8 années précieuses
au cours desquelles ils auraient pu évoluer professionnellement,
intellectuellement, et au cours desquelles ils pouvaient
avoir des enfants. 8 années qui les ont privés
de l’affection des leurs et qui, pour cela, ont
pu peut-être exposer leurs familles à des
drames, à des fractures qui sont souvent au rendez-vous
en de pareilles circonstances. La réparation
de ce préjudice devrait leur permettre de se
reconstruire à tous les points de vue, dans leur
vie professionnelle notamment.
Comme ils étaient tous dans le domaine de la
médecine où la pratique est importante,
il est clair qu’ils ont désappris, qu’il
faudra sur ce plan, outre du courage, des soutiens pour
reprendre la main surtout que les choses ont évolué.
On ne comprendrait pas que des fondations, des Etats
allant de la France au Qatar, des organisations internationales
comme l’Union européenne, se soient donné
le mot pour contribuer en assistance technique et financière..
, aux victimes libyennes et à l’Etat libyen
alors que les 6 soignants seraient laissés à
leur propre sort. Ce serait là le comble du cautionnement
de l’inversion des charges et des responsabilités,
faisant passer des victimes à la trappe et hisser
les coupables au pinacle.
Au
total, il y a au travers de cette affaire (dont curieusement
en France en tout cas, on ne parle plus, maintenant
que les plus puissants semblent en avoir tiré
le meilleur), un véritable défi lancé
à l’Europe et à la communauté
internationale. Va-t-on battre froid à cette
contre procédure engagée par la Bulgarie
dans la foulée de l’amnistie accordée
aux soignants ? La question reste posée. Si l’Europe
et la communauté internationale entendent se
construire dans le respect des normes morales et juridiques
internationalement reconnues et elle se ressaisissent
pour faire pièce aux autorités libyennes
qui, à elles seules, ne peuvent pas imprimer
la marche qu’elles veulent à la communauté
internationale. Si au contraire, elles décident
de se taire à jamais et de se plier à
la volonté du Guide libyen, on pourra conclure
à la « bananarisation » consacrée
de l’Europe et du monde par le fait de Mouammar
Kadhafi !
La Rédaction