Mise à jour le 29/07/2007
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San Finna N°424 du 30 Juillet au 05 Août 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

LIBERATION DES OTAGES BULGARES
KADHAFI EST-IL PARTI POUR « BANANARISER » L’EUROPE ?

Les otages bulgares, après plus de huit ans de captivité, ont recouvré la liberté. La décence voulait que l’on taise toute autre considération pour observer un temps de grâce afin de compatir au drame des victimes libyennes atteintes du sida d’une part et pour célébrer le courage extrême de ces 6 soignants injustement gardés en captivité pendant tant d’années, d’autre part. Maintenant que c’est chose faite, il convient de se pencher sur les impératifs moraux, juridiques, humanitaires, qui commandent de ré instruire le dossier dans les règles de l’art. Il en va de la réhabilitation de la morale et du droit mais aussi des réparations que les victimes bulgares sont en droit d’attendre en raison du préjudice immense qu’elles ont subi.

LE CHANTAGE VICTORIEUX DU GUIDE KADHAFI CONTRE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE

Dans cette affaire, l’Europe a adopté la même attitude que lors des affaires des attentats de la Panam et de la TWA. Elle a, encore une fois, privilégié les considérations économiques, diplomatiques, médiatiques, au détriment des intérêts stricto sensu des victimes. Alors que d’éminents experts avaient conclu que les infirmières et le docteur bulgares ne pouvaient pas avoir inoculé le virus du sida aux enfants libyens et que la faute revenait plutôt aux installations défectueuses de l’hôpital de Benghazi, l’Europe a fait fi de ces affirmations scientifiques pour adhérer à l’accusation libyenne. C’est bel et bien ce qu’elle a fait en choisissant de négocier et de se prêter à ce jeu de l’indemnisation qui incombe habituellement à ceux qui sont coupables d’infractions. Ce faisant, elle a piétiné la morale et le droit car elle a ainsi choisir de transformer des victimes en coupables, et des coupables en victimes. Si au moins, cela avait été consenti par le seul souci d’extraire les captifs de cette situation inhumaine en attendant de voir venir, on aurait compris. Cependant, tel n’est pas le cas. Ce dont il a été surtout question ici, c’est de contenter le Guide libyen, de l’aider à intégrer le concert des nations afin de pouvoir en retour bénéficier de retombées économiques, politiques, diplomatiques, etc.

C’est ce souci, on le reconnaît aujourd’hui, qui a amené bien des Etats européens comme la France, à s’inscrire dans la course de charme vis-à-vis du Colonel Kadhafi et à entrer en compétition ouverte avec l’Europe dans le jeu hypocrite dont le Colonel a posé les règles à travers une procédure judiciaire et un chantage des plus scandaleux. L’activisme du couple Sarkozy, au mépris des principes qui gouvernent la République et les règles qui régissent l’Union européenne, restera tristement gravé dans les mémoires, pour longtemps. Quel gâchis, quelle prime à l’impunité ! En lieu et place de l’Etat libyen, l’Europe directement ou indirectement, prendra en charge l’indemnisation des familles des 460 enfants victimes du sida, à raison d’un million de dollars par famille. Elle prendra aussi à son compte le traitement des malades toute leur vie et réalisera certaines infrastructures : hôpitaux spécialisés, autoroute, équipements divers pour lutter contre l’émigration, aménagements portuaires pour dessaler l’eau de mer, soutien technique et financier dans le domaine nucléaire civil... Cerise sur le gâteau, elle consacrera l’entrée en force de la Libye dans le concert des nations avec, s’il vous plaît à la clef, un partenariat privilégié dans les rapports de son pays et de l’Europe.

Maintenant que les soignants sont libres, s’il est vrai que les fondements moraux et juridiques sur lesquels repose l’Europe existent toujours, celle-ci doit donner la primauté au rétablissement de la vérité dans cette affaire qui ne devrait pas rester impunie. Il y va du crédit de l’Europe, de l’avenir du droit pénal international, donc de cet ordre public mondial en attente de construction, pour notre sauvegarde collective.

Mais ce dossier doit être aussi ré instruit pour des raisons tenant à l’intérêt des victimes bulgares elles-mêmes.

DU DEVOIR DE VERITE, DE JUSTICE ET DE REPARATION POUR LES SOIGNANTS BULGARES

Comment oublier la barbarie infligée aux prisonniers ? Ces souffrances inhumaines, ils les ont d’abord vécu dans leur chair. Bien qu’ils n’en parlent pas encore et qu’on comprenne qu’il soit pénible pour eux de le faire, quand on imagine la nature et la forme que ces tortures ont pu revêtir, cette barbarie, pour sûre, ne peut que les marquer pour la vie. La torture est condamnée par les traités internationaux, considérée comme un crime de compétence internationale, elle est réprimée en tant que telle à ce plus haut niveau. Il est impérieux, pour ne pas encourager l’impunité et surtout pour réparer le mal dont les soignants bulgares ont souffert, que toute la lumière soit faite sur cette affaire et que le droit retrouve entièrement ses droits.

Ces femmes et ce docteur ont été accusés à tort d’avoir inoculé le virus du sida à des enfants dont certains sont déjà morts. Quand on est accusé de tels crimes qu’on n’a pas commis et que l’on en a été puni pendant 8 ans, on peut se poser la question de savoir comment ils ont pu garder tout leur équilibre psychique ! Seule la vérité dans cette affaire, éclatée et essaimée à travers le monde entier, à la manière dont l’infamie l’a été à leur encontre, pourrait leur apporter l’apaisement moral. Ce devoir de vérité, par-delà eux, s’impose à toute la communauté internationale car il constituerait comme une condamnation de la méthode employée par les autorités libyennes et comme un engagement de ne plus y souscrire.

Mais en plus des compensations morales, il y a que ces 6 soignants ont consumé pour rien plus de 8 ans de leurs vies, et 8 années précieuses au cours desquelles ils auraient pu évoluer professionnellement, intellectuellement, et au cours desquelles ils pouvaient avoir des enfants. 8 années qui les ont privés de l’affection des leurs et qui, pour cela, ont pu peut-être exposer leurs familles à des drames, à des fractures qui sont souvent au rendez-vous en de pareilles circonstances. La réparation de ce préjudice devrait leur permettre de se reconstruire à tous les points de vue, dans leur vie professionnelle notamment.

Comme ils étaient tous dans le domaine de la médecine où la pratique est importante, il est clair qu’ils ont désappris, qu’il faudra sur ce plan, outre du courage, des soutiens pour reprendre la main surtout que les choses ont évolué. On ne comprendrait pas que des fondations, des Etats allant de la France au Qatar, des organisations internationales comme l’Union européenne, se soient donné le mot pour contribuer en assistance technique et financière.. , aux victimes libyennes et à l’Etat libyen alors que les 6 soignants seraient laissés à leur propre sort. Ce serait là le comble du cautionnement de l’inversion des charges et des responsabilités, faisant passer des victimes à la trappe et hisser les coupables au pinacle.

Au total, il y a au travers de cette affaire (dont curieusement en France en tout cas, on ne parle plus, maintenant que les plus puissants semblent en avoir tiré le meilleur), un véritable défi lancé à l’Europe et à la communauté internationale. Va-t-on battre froid à cette contre procédure engagée par la Bulgarie dans la foulée de l’amnistie accordée aux soignants ? La question reste posée. Si l’Europe et la communauté internationale entendent se construire dans le respect des normes morales et juridiques internationalement reconnues et elle se ressaisissent pour faire pièce aux autorités libyennes qui, à elles seules, ne peuvent pas imprimer la marche qu’elles veulent à la communauté internationale. Si au contraire, elles décident de se taire à jamais et de se plier à la volonté du Guide libyen, on pourra conclure à la « bananarisation » consacrée de l’Europe et du monde par le fait de Mouammar Kadhafi !

La Rédaction






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