| LE
TRANSFERT DES SERVICES DE LA JUSTICE A OUAGA 2000
EST LOGIQUE
Tous
ceux qui reprennent contact avec le Burkina Faso,
et particulièrement avec Ouagadougou, après
une longue absence, sont étonnés,
on pourrait même dire émerveillés
de voir à quel point la capitale a changé.
On ne compte plus le nombre de voies bitumées,
les services sociaux, administratifs ni les commerces
créés. Partout, la ville proprette,
grouille d’activités. Quant à
Ouaga 2000, ce quartier champignon, c’est
la réussite totale. On a le sentiment, lorsqu’on
s’y rend, de déambuler dans un quartier
branché du Cap voire de Brasilia. Ce haut
lieu, symbolique de la dynamique du pays, est conçu,
non pas comme une zone résidentielle mais
comme un site multifonctionnel devant abriter les
grands services de l’Etat de même que
les Ambassades et autres représentations
diplomatiques. On ne comprendrait pas qu’alors
que cette politique va bon train, un service aussi
important que la justice soit laissé de côté.
Par ailleurs, ceux-là même qui trouvent
que le lieu est trop huppé devraient être
satisfaits que la justice y soit délocalisée
car il n’y a pas meilleur moyen de démocratiser
la fréquentation de Ouaga 2000 et partant,
de socialiser ce quartier que l’on considère
comme le « bunker » des hommes qui ont
injustement profité du pays. Du reste, à
chaque fois qu’il y a eu transfert de services
de l’Etat à travers la construction
de nouvelles capitales ou de nouveaux quartiers,
on a toujours eu des gens pour se plaindre et des
gens pour se réjouir. A la longue cependant,
il y a toujours plus de satisfaits que de mécontents.
Quand Ouaga 2000 aura atteint sa vitesse de croisière,
que tous les services y seront représentés,
que les activités les plus diverses s’y
exerceront, on finira par s’y faire et l’on
comprendra que les autorités ont eu de la
vision par ce transfert. Laissons donc dire en attendant
que le temps départage les uns et les autres.
D’ailleurs, ce n’est pas plus mal qu’il
y ait plusieurs sons de cloche par rapport à
cette délocalisation ; ça montre que
la démocratie est bien vivante au Faso.
TOMI.
|
LA
DELOCALISATION ELOIGNE LES ADMINISTRES DE L ADMINISTRATION
Parmi les indicateurs d’une bonne administration,
il y a le rapprochement au plus près des
administrés des démembrements de l’administration
publique. De ce point de vue, l’emplacement
de la justice au centre de la capitale était
un facteur d’efficacité et d’économies
car non seulement cela réduisait les pertes
de temps mais limitait les frais de déplacement
des justiciables pour répondre aux réquisitions
de la justice ou pour s’y rendre à
d’autres fins. En transférant les services
à Ouaga 2000, on les a pénalisés
car ce quartier en haut d’en haut n’est
pas la porte à côté, et avec
le prix du carburant, le déplacement va drôlement
peser sur le panier de la ménagère.
Par ailleurs, cet endroit, censé être
attractif, n’est même pas apprécié
par les magistrats et autres personnels administratifs,
contraints pour la plupart de rester toute la journée
sur place et confinés dans des locaux qu’ils
trouvent exigus. Que dire alors du burkinabé
lambda des zones excentrées pour qui c’était
déjà la croix et la bannière
pour aller dans les anciens locaux ? Mais il y a
d’autres désagréments : cette
justice à Ouaga 2000 est plutôt intimidante
pour les Burkinabé d’en bas d’en
bas. Ce coin n’est pas pour eux. Ce sont les
pontes du régime qui y ont élu quartier,
et toute la vie qui s’y déroule est
centrée sur leurs besoins de nouveaux riches,
insatiables de consommer et d’épater.
Si l’on voulait montrer que la justice est
à plusieurs vitesses, on n’aurait pas
mieux trouvé que de la transporter dans ce
lieu. Enfin, malgré tout ce qu’on essaye
de construire comme références attractives
autour de Ouaga 2000, la réalité c’est
que, au fond de leur cœur, beaucoup de Burkinabé
l’entrevoient comme la manifestation de la
mal-gouvernance, de la fracture sociale, de l’emprise
sur le pays d’une minorité au pouvoir
et qui entend s’y scotcher. Il n’en
manque pas au demeurant pour prédire que
si jamais Ouagadougou était gagné
par une explosion de ras-le-bol comme ce fut le
cas pour Conakry, c’est dans cette planque
qu’on en verrait le plus, les traces.
TOZI.
|