Mise à jour le 29/07/2007
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San Finna N°424 du 30 Juillet au 05 Août 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

EST-CE BIEN OU NON D’ AVOIR TRANSFERE LE PALAIS DE JUSTICE DE OUAGADOUGOU DU CENTRE VILLE A OUAGA 2000 ?

Les justiciables qui se rendent dans les locaux jusqu’alors attribués à la justice au centre ville, près du Commissariat central, s’entendent régulièrement orientés depuis peu vers Ouaga 2000 où ont été délocalisés les services de la justice. Evidemment, la mesure ne pouvait qu’être diversement appréciée. Il y en a qui trouvent que cela éloigne les Burkinabé de la justice et d’autres qui estiment que c’est une solution efficace qui va d’ailleurs favoriser l’humanisation et la socialisation de Ouaga 2000. Deux sons de cloche.

LE TRANSFERT DES SERVICES DE LA JUSTICE A OUAGA 2000 EST LOGIQUE

Tous ceux qui reprennent contact avec le Burkina Faso, et particulièrement avec Ouagadougou, après une longue absence, sont étonnés, on pourrait même dire émerveillés de voir à quel point la capitale a changé. On ne compte plus le nombre de voies bitumées, les services sociaux, administratifs ni les commerces créés. Partout, la ville proprette, grouille d’activités. Quant à Ouaga 2000, ce quartier champignon, c’est la réussite totale. On a le sentiment, lorsqu’on s’y rend, de déambuler dans un quartier branché du Cap voire de Brasilia. Ce haut lieu, symbolique de la dynamique du pays, est conçu, non pas comme une zone résidentielle mais comme un site multifonctionnel devant abriter les grands services de l’Etat de même que les Ambassades et autres représentations diplomatiques. On ne comprendrait pas qu’alors que cette politique va bon train, un service aussi important que la justice soit laissé de côté. Par ailleurs, ceux-là même qui trouvent que le lieu est trop huppé devraient être satisfaits que la justice y soit délocalisée car il n’y a pas meilleur moyen de démocratiser la fréquentation de Ouaga 2000 et partant, de socialiser ce quartier que l’on considère comme le « bunker » des hommes qui ont injustement profité du pays. Du reste, à chaque fois qu’il y a eu transfert de services de l’Etat à travers la construction de nouvelles capitales ou de nouveaux quartiers, on a toujours eu des gens pour se plaindre et des gens pour se réjouir. A la longue cependant, il y a toujours plus de satisfaits que de mécontents. Quand Ouaga 2000 aura atteint sa vitesse de croisière, que tous les services y seront représentés, que les activités les plus diverses s’y exerceront, on finira par s’y faire et l’on comprendra que les autorités ont eu de la vision par ce transfert. Laissons donc dire en attendant que le temps départage les uns et les autres. D’ailleurs, ce n’est pas plus mal qu’il y ait plusieurs sons de cloche par rapport à cette délocalisation ; ça montre que la démocratie est bien vivante au Faso.


TOMI.

LA DELOCALISATION ELOIGNE LES ADMINISTRES DE L ADMINISTRATION


Parmi les indicateurs d’une bonne administration, il y a le rapprochement au plus près des administrés des démembrements de l’administration publique. De ce point de vue, l’emplacement de la justice au centre de la capitale était un facteur d’efficacité et d’économies car non seulement cela réduisait les pertes de temps mais limitait les frais de déplacement des justiciables pour répondre aux réquisitions de la justice ou pour s’y rendre à d’autres fins. En transférant les services à Ouaga 2000, on les a pénalisés car ce quartier en haut d’en haut n’est pas la porte à côté, et avec le prix du carburant, le déplacement va drôlement peser sur le panier de la ménagère. Par ailleurs, cet endroit, censé être attractif, n’est même pas apprécié par les magistrats et autres personnels administratifs, contraints pour la plupart de rester toute la journée sur place et confinés dans des locaux qu’ils trouvent exigus. Que dire alors du burkinabé lambda des zones excentrées pour qui c’était déjà la croix et la bannière pour aller dans les anciens locaux ? Mais il y a d’autres désagréments : cette justice à Ouaga 2000 est plutôt intimidante pour les Burkinabé d’en bas d’en bas. Ce coin n’est pas pour eux. Ce sont les pontes du régime qui y ont élu quartier, et toute la vie qui s’y déroule est centrée sur leurs besoins de nouveaux riches, insatiables de consommer et d’épater. Si l’on voulait montrer que la justice est à plusieurs vitesses, on n’aurait pas mieux trouvé que de la transporter dans ce lieu. Enfin, malgré tout ce qu’on essaye de construire comme références attractives autour de Ouaga 2000, la réalité c’est que, au fond de leur cœur, beaucoup de Burkinabé l’entrevoient comme la manifestation de la mal-gouvernance, de la fracture sociale, de l’emprise sur le pays d’une minorité au pouvoir et qui entend s’y scotcher. Il n’en manque pas au demeurant pour prédire que si jamais Ouagadougou était gagné par une explosion de ras-le-bol comme ce fut le cas pour Conakry, c’est dans cette planque qu’on en verrait le plus, les traces.



TOZI.

Citation de la semaine

«Sacrée France, c’est peut-être parce qu’elle porte un nom de femme
qu’on la désire tant.»

Fatou Diome (Le Ventre de l’Atlantique)






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