Mise à jour le 29/07/2007
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San Finna N°424 du 30 Juillet au 05 Août 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

ENVOI DE TROUPES BURKINABE EN COTE D’IVOIRE
CETTE DECISION QUI N’EN FINIT PAS DE CHAUFFER LES TETES

L’annonce (après les évènements de Bouaké) sur l’envoi en Côte d’Ivoire d’un contingent burkinabé pour assurer la sécurité du premier Ministre Guillaume Soro, n’en finit pas, comme on dit, de chauffer les têtes. Des militaires burkinabé à l’ONUCI, en soi c’était déjà perturbant mais qu’on dise qu’ils y sont dépêchés pour assurer la sécurité du premier Ministre, là, c’était à vous faire perdre littéralement votre latin.

C’est que la tendance actuellement en Côte d’Ivoire (à la faveur du bénéfique Accord de Ouagadougou) est au dégraissage des forces impartiales. Comment expliquer dans ces conditions qu’on en soit au contraire à les étoffer et surtout par des troupes burkinabé dont l’impartialité, en l’état actuel des choses, peut-être encore plus sujette à caution que celle de la Licorne et de l’ONUCI ?

C’est vrai qu’il est de bon ton de rivaliser d’ardeur -même si le cœur n’y est pas toujours- dans le soutien à l’Accord de Ouagadougou et dans les encouragements à prodiguer au médiateur. Mais pour autant, en oubliera-t-on totalement le rôle joué par le Burkina Faso dans la crise ? Pour nécessaire et impérative que soit la consolidation de la confiance entre dirigeants ivoiriens et burkinabé, il faut comprendre que cette confiance-ci ne puisse s’imposer au point de gommer un minimum de prudence.

Cette décision, au demeurant, emportait des risques multiples de frustrations vis-à-vis du sentiment de fierté nationale. Mais elle pouvait ridiculiser les Forces de défense et de sécurité des Forces nouvelles et surtout blesser cette armée nationale si précieuse qui, aux heures les plus chaudes (quand le coup d’Etat international était sur le point d’aboutir), dans un élan de défi et d’émouvante fidélité, avait renouvelé son allégeance au président Gbagbo et fait le carré autour de sa personne.

Voilà à la vérité une nouvelle très occulte qui déstabilise d’autant plus qu’elle est ponctuée de confirmations de la part des autorités burkinabé et de dénégations de la part des autorités ivoiriennes ; toutes choses qui finalement amènent nombre d’observateurs et de journalistes à relever, à l’exemple du quotidien Le Pays, que cette mission a des «contours flous ». C’est le moins que nous avons constaté en recueillant ici et là quelques réactions à notre question ci-après :

Quel jugement portez-vous sur le projet de loi soumis à l’Assemblée relatif à l’envoi d’un contingent de Casques bleus burkinabé en Côte d’Ivoire pour assurer la sécurité de Guillaume Soro ?

Mady TRAORE, homme d’affaires : « Si le gouvernement a demandé aux députés de voter une loi, ce n’est quand même pas lui qui a inventé ça. C’est Laurent Gbagbo lui-même qui a envoyé une lettre de demande. Pourquoi on nous accuse de manigancer, de ceci, de cela ? Si ce n’est pas vrai que c’est lui qui a envoyé la lettre, il n’a qu’à dire et nous, on va arrêter de se fatiguer. C’est tout. En attendant, on n’a qu’à laisser les grands faire leur travail ; nous ne savons pas les choses secrètes qu’il y a entre eux ».

Me Hermann Yaméogo, président de l’UNDD : «On n’a pas d’éléments suffisants pour se prononcer. On ne sait pas encore si effectivement le président ivoirien a adressé une requête à son collègue burkinabé pour l’envoi d’un contingent afin d’ assurer la sécurité de son premier Ministre. L’absence de ces éléments d’appréciation ne peut que relativiser le jugement qu’on a sur cette affaire.

Ceci étant, et jusqu’à plus informé, je suis sceptique par rapport à l’envoi de troupes burkinabé en Côte d’Ivoire dans le cadre de l’ONUCI pour protéger Guillaume Soro.

C’est vrai que l’Assemblée nationale est saisie d’un projet de loi dans ce sens et que c’est pour ainsi dire, c’est « déjà dans la poche ». Mais j’aimerais, comme beaucoup je l’imagine, être rassuré sur le fait que la saisine de cet organe aura été faite dans le plus grand respect des pratiques et du droit parlementaire. Je crains en effet que l’ inscription de ce point à l’ordre du jour ne se soit faite par un passage en force et voire peut-être, en négociant un consensus au sein de l’hémicycle, pour donner le sentiment qu’on y file le parfait amour.

En tout état de cause, l’Assemblée nationale, pour ma part, en raison de la nature des élections qui l’ont mise en place, n’est pas le meilleur endroit où un consensus optimal puisse se dégager pour valider une telle décision.

Plus précisément, je ne suis pas enthousiaste pour un tel envoi parce que nous avons au pays bien d’autres préoccupations qui nécessitent qu’on s’y consacre prioritairement au lieu de nous dissiper permanemment en interventions et autres gesticulations à l’extérieur.

Et puis, il règne une telle confusion et une telle opacité dans cette affaire que l’on ferait mieux, pour ne pas écorner davantage le crédit de l’Etat, sinon de la retirer purement et simplement du circuit, de lui apporter les lumières indispensables pour permettre au peuple d’en juger en toute connaissance de cause.

Si l’on prend en considération la situation de la Côte d’Ivoire, sans vouloir décider à la place des Ivoiriens, je suis porté à dire que ce dont ils ont le plus besoin, c’est qu’on l’aide sincèrement à se réapproprier la souveraineté de leur pays dans tous les sens du terme. Malgré l’attentat de Bouaké, le processus de réconciliation nationale semble irréversible. La donne logique aujourd’hui est à la réduction des forces impartiales, avec l’objectif de leur départ, en toile de fond ; d’où l’illogisme de renforcer les contingents de l’ONUCI.

Et même s’il fallait le faire, les militaires burkinabé à mon sens, ne sont pas les plus indiqués pour cela. Notre présence là-bas, compte tenu de la fraîcheur des traumatismes due à notre soutien à la rébellion et la persistance des craintes qui en résultent, peut apparaître comme une provocation. Elle peut vexer inutilement les militaires tant du côté des Forces nouvelles que des Loyalistes.

Je rajoute aussi que les forces impartiales et le 43 ème BIMA pourraient y voir comme une suspicion sur leur neutralité au moment où certains, à tort ou à raison, en font des suspects dans les évènements de Bouaké.

Bref, pour tout dire, je suis jusqu’à preuve du contraire, très réservé par rapport à ce projet surtout après ce 2ème démenti des autorités ivoiriennes au sujet de l’affectation du contingent burkinabé à la sécurité du premier Ministre. Je me dis que s’il a été au fond question d’envoyer des soldats burkinabé en Côte d’Ivoire, c’était encore et surtout, ainsi que le reprécise le dernier communiqué en date du gouvernement burkinabé, pour assurer la sécurité du premier ministre qui laissait à désirer après l’attentat dont il a réchappé. Si maintenant, ce besoin de protection du premier Ministre par nos soldats est remis en cause, à commencer par l’intéressé, logiquement on ne voit plus de raison de les y envoyer ».

Ismaël OUEDRAOGO, Commerçant : « J’ai envie de dire aux gens : Causez toujours ; si on ne fait pas attention, les soldats burkinabé sont déjà depuis longtemps en RCI, l’Assemblée nationale n’étant convoquée que pour régularisation. Ce ne sera pas la première fois au Faso. Pour moi, ce problème est trop sensible et les deux présidents ivoirien et burkinabé, en entente avec Soro, pourraient avoir décidé par calcul de jouer dans le flou. La surprise peut souvent arranger les choses et si un tel choix peut aider à protéger le PM et l’Accord de Ouaga, alors je ne suis pas contre».

Jean-Pierre SAWADOGO, Enseignant : « C’est bizarre ; on a l’impression que nos militaires sont les plus doués, les plus honnêtes, les plus irréprochables du monde, de véritables Rambo pour qu’on fasse appel à eux de préférence à tous autres. Quand je pense au sale travail que nous avons fait dans certains pays de la sous région et surtout en RCI, je suis perdu.»

Ali Kaboré, Etudiant : « Une seule réflexion m’habite devant ce cas énigmatique : les députés n’ont qu’à refuser de voter cette loi. Le gouvernement a vraiment versé notre figure par terre. On dirait que c’est nous qui tenons coûte que coûte à aller en Côte d’Ivoire. On nous refuse et nous persistons ; c’est aussi suspect que dégradant. Il faut arrêter tout ça ».

VT






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