Mise à jour le 06/08/2007
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San Finna N°425 du 06 au 12 Août 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

ENVOI DE MILITAIRES BURKINABE EN COTE D’IVOIRE
UN RETRAIT EN CATASTROPHE ET DES JUSTIFICATIFS A DORMIR DEBOUT

L’affaire des militaires burkinabé devant rejoindre l’ONUCI pour contribuer à assurer la sécurité de Guillaume Soro à la demande des autorités ivoiriennes, a provoqué beaucoup de vagues. Si comme toujours il n’en a pas manqué pour féliciter et voir dans la décision, un motif de fierté nationale et d’absolution totale des autorités burkinabé de toute implication dans la crise ivoirienne, il faut reconnaître que pour la grande majorité des Burkinabé, l’entreprise semblait des plus ténébreuses ; de surcroît, cette espèce de ping-pong entre les deux capitales, Ouagadougou et Abidjan (la première confirmant l’envoi, la seconde le démentant) n’a pas arrangé les choses. Au total, ne sachant plus à quel Saint se vouer par rapport à ce projet, on en venait à lui prêter de sombres arrière-pensées et le pouvoir burkinabé n’en était pas ignorant.

Il ne faut donc pas s’étonner qu’au bout du compte, il ait purement et simplement retiré du circuit parlementaire le projet de loi sur l’envoi de ce contingent à l’ONUCI. La raison et le souci de l’image du Burkina Faso ont prévalu mais encore aurait-il fallu savoir s’y prendre.

Tout de même, envoyer des militaires burkinabé pour assurer la sécurité du premier Ministre ivoirien (quand on sait les pesanteurs passées qui ont existé entre les deux pays et les suspicions résiduelles qui demeurent de part et d’autre) apparaissait même pour le profane, comme une entreprise des plus inappropriées. Il aurait donc fallu que l’explication de la décision d’envoi, comme celle de la rétractation, soit donnée par les plus hautes autorités du pays, en l’occurrence le chef de l’Etat ou à défaut, le premier Ministre, et de la façon la plus transparente.

Tel ne fut pas le cas. On a fait dans le nébuleux au début, et face au blocage, on a voulu s’en sortir, ni vu ni connu, en banalisant l’affaire.

D’abord, il y a eu des explications malhabiles via des médias qui ont présenté le retrait comme étant provisoire et pouvant revenir dans le circuit entre autres, par la procédure d’une ordonnance prise par le chef de l’Etat en lieu et place d’une loi. Ensuite, s’avisant qu’on embrouillait beaucoup plus les pistes qu’on ne les éclaircissait, le soin fut confié au Porte-parole du gouvernement, ministre de la culture, du tourisme et de la communication, Philippe Sawadogo, d’affranchir l’opinion, au détour d’un compte-rendu hebdomadaire du conseil des ministres. Mais là encore, ce sera un « flop ». La mission ne sera pas remplie au mieux. Le Ministre n’a pas été en mesure d’éclairer valablement la lanterne des Burkinabé. Avec des propos des plus opaques du genre («lorsque vous avez le rôle principal de facilitateur, c’est un exercice de va et vient et un exercice d’appréciation en temps réel »), avouez qu’il n’en menait pas large. C’est le même charabia qu’il nous sert lorsqu’en substance, selon Le Pays, il dit que la décision vise à aider à consolider la résolution de la crise ivoirienne et que le projet n’a été que retiré en cet instant T mais que la situation peut évoluer favorablement. En matière de galimatias, ça mérite un oscar, non ?

Dans le genre, nous restons toujours dans le brouillard lorsqu’il ajoute que « par mesure de précaution, la mesure de retrait est bien indiquée ». Mais peuchère, en matière diplomatique, il existe pourtant des formules standard qui vous sauvent la mise en pareille circonstance. Finalement, pour n’avoir pas eu le réflexe d’y recourir, le ministre (qui pourtant a fait ses gammes diplomatiques à Paris comme Ambassadeur) n’a pas « assuré », donnant par le fait même, l’impression contre performante d’être porte-parole de l’indéfendable.

La plupart des médias du reste, même ceux qui ne sont pas forcément des plus critiques avec le pouvoir, n’ont pas manqué de pasticher ou de condamner, dans le fond comme dans la forme, les explications embrouillées du Ministre.

Au total, si on peut dire que la résolution du gouvernement de se retirer de cette mauvaise passe n’a pas été mauvaise, on regrettera qu’il n’ait pas su trouver les mots et la démarche pour le faire. Cela aurait évité toutes ces extrapolations qui perdurent sur les raisons de ce retrait mais surtout sur les motivations réelles de l’envoi des troupes en Côte d’Ivoire.

La Rédaction






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