ENVOI
DE MILITAIRES BURKINABE EN COTE D’IVOIRE
UN RETRAIT EN CATASTROPHE ET DES JUSTIFICATIFS A DORMIR
DEBOUT
L’affaire
des militaires burkinabé devant rejoindre l’ONUCI
pour contribuer à assurer la sécurité
de Guillaume Soro à la demande des autorités
ivoiriennes, a provoqué beaucoup de vagues. Si
comme toujours il n’en a pas manqué pour
féliciter et voir dans la décision, un
motif de fierté nationale et d’absolution
totale des autorités burkinabé de toute
implication dans la crise ivoirienne, il faut reconnaître
que pour la grande majorité des Burkinabé,
l’entreprise semblait des plus ténébreuses
; de surcroît, cette espèce de ping-pong
entre les deux capitales, Ouagadougou et Abidjan (la
première confirmant l’envoi, la seconde
le démentant) n’a pas arrangé les
choses. Au total, ne sachant plus à quel Saint
se vouer par rapport à ce projet, on en venait
à lui prêter de sombres arrière-pensées
et le pouvoir burkinabé n’en était
pas ignorant.
Il ne faut donc pas s’étonner qu’au
bout du compte, il ait purement et simplement retiré
du circuit parlementaire le projet de loi sur l’envoi
de ce contingent à l’ONUCI. La raison et
le souci de l’image du Burkina Faso ont prévalu
mais encore aurait-il fallu savoir s’y prendre.
Tout de même, envoyer des militaires burkinabé
pour assurer la sécurité du premier Ministre
ivoirien (quand on sait les pesanteurs passées
qui ont existé entre les deux pays et les suspicions
résiduelles qui demeurent de part et d’autre)
apparaissait même pour le profane, comme une entreprise
des plus inappropriées. Il aurait donc fallu
que l’explication de la décision d’envoi,
comme celle de la rétractation, soit donnée
par les plus hautes autorités du pays, en l’occurrence
le chef de l’Etat ou à défaut, le
premier Ministre, et de la façon la plus transparente.
Tel ne fut pas le cas. On a fait dans le nébuleux
au début, et face au blocage, on a voulu s’en
sortir, ni vu ni connu, en banalisant l’affaire.
D’abord, il y a eu des explications malhabiles
via des médias qui ont présenté
le retrait comme étant provisoire et pouvant
revenir dans le circuit entre autres, par la procédure
d’une ordonnance prise par le chef de l’Etat
en lieu et place d’une loi. Ensuite, s’avisant
qu’on embrouillait beaucoup plus les pistes qu’on
ne les éclaircissait, le soin fut confié
au Porte-parole du gouvernement, ministre de la culture,
du tourisme et de la communication, Philippe Sawadogo,
d’affranchir l’opinion, au détour
d’un compte-rendu hebdomadaire du conseil des
ministres. Mais là encore, ce sera un «
flop ». La mission ne sera pas remplie au mieux.
Le Ministre n’a pas été en mesure
d’éclairer valablement la lanterne des
Burkinabé. Avec des propos des plus opaques du
genre («lorsque vous avez le rôle principal
de facilitateur, c’est un exercice de va et vient
et un exercice d’appréciation en temps
réel »), avouez qu’il n’en
menait pas large. C’est le même charabia
qu’il nous sert lorsqu’en substance, selon
Le Pays, il dit que la décision vise à
aider à consolider la résolution de la
crise ivoirienne et que le projet n’a été
que retiré en cet instant T mais que la situation
peut évoluer favorablement. En matière
de galimatias, ça mérite un oscar, non
?
Dans le genre, nous restons toujours dans le brouillard
lorsqu’il ajoute que « par mesure de précaution,
la mesure de retrait est bien indiquée ».
Mais peuchère, en matière diplomatique,
il existe pourtant des formules standard qui vous sauvent
la mise en pareille circonstance. Finalement, pour n’avoir
pas eu le réflexe d’y recourir, le ministre
(qui pourtant a fait ses gammes diplomatiques à
Paris comme Ambassadeur) n’a pas « assuré
», donnant par le fait même, l’impression
contre performante d’être porte-parole de
l’indéfendable.
La plupart des médias du reste, même ceux
qui ne sont pas forcément des plus critiques
avec le pouvoir, n’ont pas manqué de pasticher
ou de condamner, dans le fond comme dans la forme, les
explications embrouillées du Ministre.
Au total, si on peut dire que la résolution du
gouvernement de se retirer de cette mauvaise passe n’a
pas été mauvaise, on regrettera qu’il
n’ait pas su trouver les mots et la démarche
pour le faire. Cela aurait évité toutes
ces extrapolations qui perdurent sur les raisons de
ce retrait mais surtout sur les motivations réelles
de l’envoi des troupes en Côte d’Ivoire.
La Rédaction