Mise à jour le 12/08/2007
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San Finna N°426 du 13 au 19 Août 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
 

A vue de monde

SIERRA LEONE
UNE EXCEPTION DEMOCRATIQUE AFRICAINE ?


Contrairement à une grande partie des Etats africains où les électeurs se détournent de la démocratie en général et des urnes en particulier, on observe une tendance contraire en Sierra Leone.


Les dernières élections présidentielles et législatives qui ont eu lieu ce samedi 11 août dans ce pays, sans grand problème jusqu’à présent, en attestent. Et pourtant !

Ce pays, situé dans une zone de turbulence ouest africaine, où sont nées des guerres fratricides, cruelles, comme l’Afrique n’en a jamais connues auparavant, est sorti indemne, sans cassure nationale, d’élections post conflit organisées sous la tutelle de la communauté internationale.

En 2001, au sortir de la guerre civile qui a duré 10 ans, il a fallu les Nations Unies et leur force de maintien de la paix de 17.000 hommes pour veiller au grain pour le retour à la vie démocratique. Des élections avaient eu lieu en 2002 et il s’agissait de réinstaller au pouvoir le président Ahmad Tejan Kabbah dans l’urgence pour tenter de stabiliser la paix.

Cette fois-ci, ce sont les Sierra Leonais eux-mêmes qui ont conduit de bout en bout les renouvellements, et même si on relève quelques incidents, la déchirure n’a pas été au rendez-vous.

Mieux, les électeurs (estimés à 2,600 000) ne se sont pas faits prier pour s’inscrire sur les listes électorales, pour porter à bout de bras leurs partis et pour animer une campagne riche en couleurs, en sons, en rythme, et ce 11 août, ils sont sortis en masse pour accomplir leur devoir citoyen. On était loin de Bamako, Dakar et encore plus de Ouagadougou ou de Brazzaville !

S’il en a été ainsi, c’est parce que les Sierra Leonais ont su conserver à la démocratie, toute son appétence, toute sa fonction de régulation du jeu politique. Ils ont respecté le droit des partis politiques qui n’ont pas souffert des maltraitances qu’on observe dans les autres pays africains avec tous ces phénomènes de phagocytose, d’absorption, de duplication… Ils n’ont pas contraint, manipulé le suffrage du peuple, ils se sont montrés respectueux de la Constitution. On notera en particulier que la loi fondamentale limitant le nombre des mandats présidentiels à deux exercices, le président Ahma Tejan Kabbah n’a pas cherché à trafiquer la Constitution pour compétir pour un troisième mandat.

A la faveur de cette attitude républicaine pleine de civisme démocratique du président sortant, les Sierra Leonais ont permis de garder l’espérance démocratique et d’ouvrir le jeu. Et tout le monde annonce un scrutin ouvert. Au niveau de la présidentielle, on relève qu’il y a eu 7 candidatures. Le candidat du parti du président sortant, Mr Solomon Berewa, candidat du Parti du peuple de Sierra leone (SLPP), est bien implanté au sud. On le dit autoritaire mais très écouté des bailleurs de fonds. Son rival le plus sérieux est Mr Ernest Bai Koroma, candidat du Congrès de tout le peuple (APC) bien implanté, lui, à l’est et au sud. Mais on annonce un troisième prétendant, un dissident du parti au pouvoir, Mr Charles Margai, qui a créé le Mouvement du peuple pour un changement démocratique (PMCD) après avoir été évincé de l’investiture par M. Berewa, et qui aurait aussi ses chances.

En conclusion, c’est véritablement lorsque ces comportements républicains, qui manquent cruellement dans bien des parties du continent, sont au rendez-vous que les fonctions de la démocratie opèrent à plein. Espérons qu’après le décompte, l’heureuse tendance manifestée depuis la pré-campagne jusqu’à la votation, se confirme et que ce pays, qui revient du bout de l’enfer, atteste, comme la minorité des pays représentés par l’Afrique du Sud, le Bénin, la Mauritanie, que la démocratie n’est pas un rêve impossible en Afrique !

V.T





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