San
Finna N°426 du
13 au 19 Août 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
ZOUNDWEOGO
CONFLIT AGRICULTEURS-ELEVEURS
FLASH BACK SUR CES MORTS, CES BLESSES ET CE MILLIER DE
DEPLACES
A
Gogo dans le Zoundweogo, un sinistre s’est encore
produit avec un affrontement sanglant entre agriculteurs
et éleveurs. Comment tout cela a-t-il commencé
?
Ce vendredi 4 août, le troupeau d’un éleveur
paissait à quelques encablures d’un champ
quand apparut son propriétaire. Celui-ci n’a
pas voulu comprendre que l’ éleveur laisse
bétail brouter, là, juste à côté
de son champ. La querelle démarra, l’un estimant
que le champ n’ayant pas été touché,
il n’avait commis aucune faute, l’autre soutenant
que le péril étant imminent, il a le droit
de se plaindre. Chacun d’eux tenant mordicus à
son bon droit, ils en vinrent à la loi des machettes
pour les départager. Résultat : l’agriculteur
fut blessé à mort.
La réaction générale à cet
évènement malheureux ne se fit pas attendre.
Comme une nuée d’abeilles, les Mossi (en
majorité agriculteurs) décidèrent,
comme c’est toujours le cas en pareille circonstance,
de se venger. Ils allèrent vers les concessions
peuhles et saccagèrent tout ce qui tenait debout.
C’est ainsi que plusieurs animaux seront tués
et brûlés. Les éleveurs ne seront
pas en reste : au moins deux morts déclarés
et plusieurs blessés. On ne citera pas exactement
le nombre de déplacés peulhs dans la région
! L’Action sociale qui a réagi par la suite,
a hébergé dans cinq sites différents
les sinistrés.
Le délégué des Peulhs, Diallo Seydou,
que nous avons rencontré sur le site de Gogo n’en
revenait pas. Il nous dira que le samedi 5, ils ont été
surpris dans la matinée par des volées de
coups et des poches d’ incendie à n’en
plus finir. Il affirme qu’il ne savait même
pas la raison exacte de cette agression, ce jour-là.
Il était encore sous le choc devant les actes de
destruction : sa moto, ses bœufs, moutons, sa maison.
Lui et ses enfants sont désormais sans abri. Il
a d’ailleurs lui-même été agressé
et si l’idée ne lui était pas venue
de faire le mort, à l’heure qu’il est,
il serait six pieds sous terre à pourrir.
Il parlera avec émotion de ses voisins qui ont
eu encore moins de chance que lui, des enfants disparus,
de tous ceux qui ont été obligés
de se jeter dans le barrage de Bagré et dont il
se demande ce qu’ils sont devenus 7 jours après
le drame, et alors qu’il nous parlait, la détresse
se lisait sur son visage mais également tout alentour.
Nous avons tout de même demandé à
notre interlocuteur s’il se sentait maintenant en
sécurité. Nous n’avons pas étonnés
qu’il nous dise que les Peulhs sont toujours sur
leurs gardes parce que les mesures sécuritaires
n’ont pas encore été prises. Il ne
pouvait s’empêcher, tout en parlant, de regarder
autour de lui, effrayé, comme s’il sentait
des Mossi approcher par là.
Monsieur Fousseni Ouédraogo, Directeur provincial
de l’Action sociale et de la solidarité du
Zoundweogo, que nous avons pu rencontrer juste avant son
départ pour Niango où il y a eu des sinistrés,
nous dira que c’est un désastre qui s’est
déroulé. Il confirmera quant à lui
le chiffre de 3 morts et la gravité des dégâts.
Certains sinistrés ont tout perdu. Selon lui, 1359
personnes ont déjà trouvé refuge
dans les sites que sa structure a mis sur pied, aidée
par le gouvernement.
Le constat en tout les cas, du côté sanitaire,
n’est pas bon. On ne tient pas compte des habitudes
alimentaires de ces derniers, parqués comme leurs
animaux dans ces enclos, et Monsieur Diallo Seydou nous
a dit toute sa tristesse de manger du riz qu’ils
ne sont pas habitués à consommer. Il indexa
à un moment donné, des sacs de mil posés
à côté de l’endroit où
nous étions assis. « Vous voyez, ils nous
donnent du riz et y a même du mil par ici qu’ils
n’ont pas encore partagé ! Comment est-ce
que nous allons partager ca ? »
Pour l’heure, c’est la Direction conduite
par Fousséni Ouédraogo qui s’occupe
des problèmes qui se posent.
Ce qui est fort déplorable, c’est le fait
qu’aucun ministre n’ait fait le déplacement
de Manga pour apporter un message de paix et de solidarité,
nous dira-t-on.
Par ailleurs, l’effectif de gendarmerie n’est
pas substantiel. Le commandant de la Brigade nous confiera
qu’il a été obligé de faire
appel à un renfort de Pô. Ce renfort leur
a permis de mettre fin à cette razzia.
Pour l’heure, il n’y aurait plus personne
d’interpeller dans le cadre de cette affaire. Un
sentiment d’impuissance se dégage tout de
même et qui est significatif d’un échec
patent du pouvoir dans ce cancer de l’intolérance
entre éleveurs et agriculteurs. Il n’est
pas admissible que, même si le Burkina Faso n’est
pas le seul pays de la sous région où de
tels drames se produisent, que ces drames y revêtent
un caractère beaucoup plus récurrent et
violent qu’ailleurs.
Il est grand temps qu’au-delà de la réflexion,
des moyens soient engagés pour impulser une politique
durable dans ce domaine. Il y va de la cohésion
nationale et de la prévention des dérapages
identitaires dans le futur surtout que la population augmente,
rétrécissant comme une peau de chagrin les
zones de pâturage et d’exploitation !
S.
Diabo
NOTE
DE LA REDACTION : Notre correspondant n’a
hélas pu se rendre au lieu où il aurait
pu rencontrer le délégué des agriculteurs
car il pleuvait fort ce jour. Il promet de repartir pour
entendre son point de vue.