PAYSAGE
PARTISAN :
«L’ AUTRE BURKINA/PARTI POUR LE SOCIALISME
ET LA REFONDATION » POURRA-T-IL Y CREUSER
SON SILLON ?
Un nouveau parti, « L’autre
Burkina/Parti pour le socialisme et la refondation
», vient d’être créé
au Burkina Faso, avec pour maître fondateur
le Docteur Alain Dominique Zoubga. Il est diversement
accueilli.
D’abord
par une totale indifférence par ceux qui
estiment qu’il n’y a rien de nouveau
sous le soleil du Faso et qui ne se donnent même
pas la peine de parier sur l’avenir du parti
: ils laissent faire comme si de rien n’était,
convaincus au fond que cet «Autre Burkina/PSR
» entrera comme « L’autre Bénin
» du Professeur Tevoedjéré,
en catalepsie s’il ne rejoint pas carrément
le vaste cimetière des partis politiques
mort-nés.
Une autre opinion se donne tout de même la
peine d’analyser et, invoquant la pléthore
des partis qui constituent déjà un
frein à la démocratisation, mise assurément
sur l’inutilité de ce parti sinon sur
la part qu’il prendra à complexifier
et à brouiller davantage les repères
dans le système partisan burkinabé.
Ils sont, ceux-là qui partagent ce point
de vue, d’autant plus sceptiques que la corrosion
des mœurs sociales, économiques et politiques
étant maintenant profondément ancrée
dans le subconscient et le substrat social du pays,
un parti sans ressources financières est
forcément voué à une vie végétative
sinon purement incantatoire. Or, jusqu’à
preuve du contraire, « L’Autre Burkina
» ne donne pas les signes d’une potentielle
puissance financière.
Lorsqu’ils sont un peu plus caustiques, les
contempteurs argumentent sur l’absence de
base électorale significative du Docteur
Alain Zoubga pour prédire à son parti
le temps de vie, d’une fleur !
Il y en a aussi qui critiquent parce qu’ils
ont tout simplement perdu foi au système
partisan et qu’ils rêvent en lieu et
place, du système rédempteur des candidatures
indépendantes.
D’autre enfin, ont un tout autre langage et
osent même parier sur l’heureuse naissance
d’ «Un autre Burkina ». Ils s’appuient
d’abord sur l’expérience du Docteur
Zoubga qui a déjà eu à diriger
trois partis et qu’il n’a abandonné
que pour intégrer des ensembles plus vastes
où il a toujours apporté une part
remarquée et constante à l’effort
de construction nationale. Il a au demeurant des
qualités humaines faites de fierté,
de fidélité, de non compromission,
qui donnent du crédit à sa parole,
et l’homme n’est pas un paresseux de
la plume qu’il manie bien, au demeurant.
La création du nouveau parti d’Alain
Zoubga intervient certes dans un contexte de confusion,
de doute épistémologique pour les
partis politiques tant le pouvoir, en méconnaissant
leurs droits, les a rendus méconnaissables
dans leur forme comme dans leur fond. Mais paradoxalement,
Alain Zoubga a campé l’identité
de son nouveau parti dès sa naissance par
son caractère et ses comportements propres
mais aussi par les missions qu’il lui assigne.
Le rôle de ce dernier, c’est la révolution
constitutionnelle pour une reconstruction démocratique
et économique du pays dans l’optique
de la satisfaction des besoins du plus grand nombre,
de sa durabilité politique, sociale, économique.
Il fait dans la clarification du paysage politique
qui reste une attente de ceux qui ont fait la juste
analyse de la crise des partis politiques et qui
savent que si leurs leaders y ont contribué,
les 4/5 èmes de cette responsabilité
incombent au pouvoir en place qui, avec les moyens
de l’Etat, les silences ou les complicités
internationales, a mis en œuvre une action
visant à leur effacement du paysage politique.
Par le fait, « l’Autre Burkina »
se situe dans le camp de ces autres partis qui,
comme lui, invoquent la révolution institutionnelle,
la refondation de la gouvernance, la rupture pour
parvenir aux mêmes fins de sécurisation
institutionnelle et de reconstruction de la gouvernance
nationale.
Si tous ces partis se donnent la main avec le nouveau
venu et parviennent à se départir
des récupérations, des querelles subjectives
et de leadership et qu’ils restent fidèles
en paroles comme en actes au primat des intérêts
collectifs et globaux professés par eux,
ils pourront contribuer de façon modeste
mais plus efficace, à la libération
de l’espace partisan de l’emprise du
pouvoir. Voilà à coup sûr qui
aidera à la rénovation en profondeur
de nos institutions et de nos mœurs politiques
pour réorienter le service du développement
vers une réelle redistribution sociale dans
l’intérêt général.
Nous
avons tendu notre micro pour avoir la réaction
de certains politiques et de la société
civile sur la création de ce nouveau parti.
Voici leurs réponses.
Jean
Hubert Bazié, co-président de l’Union
des partis sankaristes (UPS) : «
Docteur Alain Zoubga n’est pas un inconnu
de la scène politique burkinabé. Sa
trajectoire est assez riche en appartenances et
en renoncements. Il s’était tout d’abord
retiré de l’organe dirigeant du parti
auquel il appartenait. En choisissant aujourd’hui
d’être le premier responsable d’un
nouveau parti, il use des privilèges que
notre Constitution lui confère : la liberté
d’animer la vie politique du Burkina Faso.
D’aucuns diront : un parti de plus, un parti
de trop !
D’autres s’en réjouiraient en
se disant qu’en politique, le mariage s’apparente
bien plus à celui qui se fait à la
mairie où le divorce et le remariage ne sont
autorisés qu’à celui qui se
lie à l’église « pour
le meilleur et pour le pire », selon la formule
consacrée.
Les raisons profondes et les causes qui ont présidé
à la création de ce nouveau parti
appartiennent à Alain Zoubga et à
ses anciens compagnons. Ne possédant pas
des informations exhaustives, il serait prétentieux
et hasardeux de vouloir porter un jugement sur le
fait. Au fur et à mesure des actes qui seront
posés par lui et ses camarades, nous aurons
une meilleure compréhension de la nature
réelle de la nouvelle formation .En attendant,
je souhaite « bonne arrivée »
et bonne chance à « L’Autre Burkina
» qui se définit de Gauche. «
Wènd na ti ta sak a youré ».
Mamadou
Lamizana, Conseiller de jeunesse : A mon
humble avis, les partis politiques au sens noble
du terme (c’est-à-dire la capacité
pour eux de satisfaire un certain nombre de critères
: représentativité qualitative et
quantitative, orientation idéologique, projet
de société, etc..) ne sont pas très
nombreux dans notre pays. Par contre, les associations
politiques et autres groupuscules hâtivement
créés ou suscités pour servir
de faire-valoir sont pléthoriques. De ce
point de vue, la naissance d’un parti a priori,
ne constitue pas en elle, un évènement
majeur. Il s’agit de l’expression d’une
prérogative constitutionnelle et citoyenne.
Pour ce qui se rapporte en l’occurrence à
l’initiative qui a vu naître «
L’Autre Burkina PSR » du Docteur Alain
Zoubga, il importe de souligner quelques considérations
qui donnent à l’initiative une attention.
-
L’affirmation de la révolution comme
choix d’objectif à réaliser
en dépit d’un contexte qui tend à
diaboliser l’ère de la RDP. la vision
sur cette question est tout à fait significative
de la conscience qu’il a à jouer sa
partition à un moment où le Burkina
est à la croisée des chemins.
- La refondation : cette vision est originale. A
quoi bon poursuivre l’approfondissement d’un
processus qui n’a plus de repères :
une politique de circonstance, une navigation à
vue et tout ce que cela comporte comme dérives
: clientélisme, coterie, trafic d’influence,
etc… ?
Le
Docteur Zoubga est un homme averti de la scène
politique. Il ne saurait sombrer dans l’anonymat
et l’indifférence depuis sa défection
du PDP/PS. Sa décision de « reprendre
du service » témoigne certainement
de la déception que nombre de Burkinabé
ont malheureusement à l’endroit de
la kyrielle de partis déjà existants.
De ce fait, si l’on ne peut s’empêcher
d’entrer dans le sérail, il faut le
faire avec une certaine originalité.
Il m’est impossible de préjuger de
ce qui arrive mais je demeure convaincu que le redisposition
des forces et des acteurs s’impose.