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San Finna N°426 du 13 au 19 Août 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

PAYSAGE PARTISAN :
«L’ AUTRE BURKINA/PARTI POUR LE SOCIALISME ET LA REFONDATION » POURRA-T-IL Y CREUSER SON SILLON ?


Un nouveau parti, « L’autre Burkina/Parti pour le socialisme et la refondation », vient d’être créé au Burkina Faso, avec pour maître fondateur le Docteur Alain Dominique Zoubga. Il est diversement accueilli.

D’abord par une totale indifférence par ceux qui estiment qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil du Faso et qui ne se donnent même pas la peine de parier sur l’avenir du parti : ils laissent faire comme si de rien n’était, convaincus au fond que cet «Autre Burkina/PSR » entrera comme « L’autre Bénin » du Professeur Tevoedjéré, en catalepsie s’il ne rejoint pas carrément le vaste cimetière des partis politiques mort-nés.

Une autre opinion se donne tout de même la peine d’analyser et, invoquant la pléthore des partis qui constituent déjà un frein à la démocratisation, mise assurément sur l’inutilité de ce parti sinon sur la part qu’il prendra à complexifier et à brouiller davantage les repères dans le système partisan burkinabé. Ils sont, ceux-là qui partagent ce point de vue, d’autant plus sceptiques que la corrosion des mœurs sociales, économiques et politiques étant maintenant profondément ancrée dans le subconscient et le substrat social du pays, un parti sans ressources financières est forcément voué à une vie végétative sinon purement incantatoire. Or, jusqu’à preuve du contraire, « L’Autre Burkina » ne donne pas les signes d’une potentielle puissance financière.

Lorsqu’ils sont un peu plus caustiques, les contempteurs argumentent sur l’absence de base électorale significative du Docteur Alain Zoubga pour prédire à son parti le temps de vie, d’une fleur !

Il y en a aussi qui critiquent parce qu’ils ont tout simplement perdu foi au système partisan et qu’ils rêvent en lieu et place, du système rédempteur des candidatures indépendantes.

D’autre enfin, ont un tout autre langage et osent même parier sur l’heureuse naissance d’ «Un autre Burkina ». Ils s’appuient d’abord sur l’expérience du Docteur Zoubga qui a déjà eu à diriger trois partis et qu’il n’a abandonné que pour intégrer des ensembles plus vastes où il a toujours apporté une part remarquée et constante à l’effort de construction nationale. Il a au demeurant des qualités humaines faites de fierté, de fidélité, de non compromission, qui donnent du crédit à sa parole, et l’homme n’est pas un paresseux de la plume qu’il manie bien, au demeurant.

La création du nouveau parti d’Alain Zoubga intervient certes dans un contexte de confusion, de doute épistémologique pour les partis politiques tant le pouvoir, en méconnaissant leurs droits, les a rendus méconnaissables dans leur forme comme dans leur fond. Mais paradoxalement, Alain Zoubga a campé l’identité de son nouveau parti dès sa naissance par son caractère et ses comportements propres mais aussi par les missions qu’il lui assigne. Le rôle de ce dernier, c’est la révolution constitutionnelle pour une reconstruction démocratique et économique du pays dans l’optique de la satisfaction des besoins du plus grand nombre, de sa durabilité politique, sociale, économique. Il fait dans la clarification du paysage politique qui reste une attente de ceux qui ont fait la juste analyse de la crise des partis politiques et qui savent que si leurs leaders y ont contribué, les 4/5 èmes de cette responsabilité incombent au pouvoir en place qui, avec les moyens de l’Etat, les silences ou les complicités internationales, a mis en œuvre une action visant à leur effacement du paysage politique.

Par le fait, « l’Autre Burkina » se situe dans le camp de ces autres partis qui, comme lui, invoquent la révolution institutionnelle, la refondation de la gouvernance, la rupture pour parvenir aux mêmes fins de sécurisation institutionnelle et de reconstruction de la gouvernance nationale.

Si tous ces partis se donnent la main avec le nouveau venu et parviennent à se départir des récupérations, des querelles subjectives et de leadership et qu’ils restent fidèles en paroles comme en actes au primat des intérêts collectifs et globaux professés par eux, ils pourront contribuer de façon modeste mais plus efficace, à la libération de l’espace partisan de l’emprise du pouvoir. Voilà à coup sûr qui aidera à la rénovation en profondeur de nos institutions et de nos mœurs politiques pour réorienter le service du développement vers une réelle redistribution sociale dans l’intérêt général.

Nous avons tendu notre micro pour avoir la réaction de certains politiques et de la société civile sur la création de ce nouveau parti. Voici leurs réponses.

Jean Hubert Bazié, co-président de l’Union des partis sankaristes (UPS) : « Docteur Alain Zoubga n’est pas un inconnu de la scène politique burkinabé. Sa trajectoire est assez riche en appartenances et en renoncements. Il s’était tout d’abord retiré de l’organe dirigeant du parti auquel il appartenait. En choisissant aujourd’hui d’être le premier responsable d’un nouveau parti, il use des privilèges que notre Constitution lui confère : la liberté d’animer la vie politique du Burkina Faso.

D’aucuns diront : un parti de plus, un parti de trop !
D’autres s’en réjouiraient en se disant qu’en politique, le mariage s’apparente bien plus à celui qui se fait à la mairie où le divorce et le remariage ne sont autorisés qu’à celui qui se lie à l’église « pour le meilleur et pour le pire », selon la formule consacrée.

Les raisons profondes et les causes qui ont présidé à la création de ce nouveau parti appartiennent à Alain Zoubga et à ses anciens compagnons. Ne possédant pas des informations exhaustives, il serait prétentieux et hasardeux de vouloir porter un jugement sur le fait. Au fur et à mesure des actes qui seront posés par lui et ses camarades, nous aurons une meilleure compréhension de la nature réelle de la nouvelle formation .En attendant, je souhaite « bonne arrivée » et bonne chance à « L’Autre Burkina » qui se définit de Gauche. « Wènd na ti ta sak a youré ».

Mamadou Lamizana, Conseiller de jeunesse : A mon humble avis, les partis politiques au sens noble du terme (c’est-à-dire la capacité pour eux de satisfaire un certain nombre de critères : représentativité qualitative et quantitative, orientation idéologique, projet de société, etc..) ne sont pas très nombreux dans notre pays. Par contre, les associations politiques et autres groupuscules hâtivement créés ou suscités pour servir de faire-valoir sont pléthoriques. De ce point de vue, la naissance d’un parti a priori, ne constitue pas en elle, un évènement majeur. Il s’agit de l’expression d’une prérogative constitutionnelle et citoyenne.

Pour ce qui se rapporte en l’occurrence à l’initiative qui a vu naître « L’Autre Burkina PSR » du Docteur Alain Zoubga, il importe de souligner quelques considérations qui donnent à l’initiative une attention.

- L’affirmation de la révolution comme choix d’objectif à réaliser en dépit d’un contexte qui tend à diaboliser l’ère de la RDP. la vision sur cette question est tout à fait significative de la conscience qu’il a à jouer sa partition à un moment où le Burkina est à la croisée des chemins.

- La refondation : cette vision est originale. A quoi bon poursuivre l’approfondissement d’un processus qui n’a plus de repères : une politique de circonstance, une navigation à vue et tout ce que cela comporte comme dérives : clientélisme, coterie, trafic d’influence, etc… ?

Le Docteur Zoubga est un homme averti de la scène politique. Il ne saurait sombrer dans l’anonymat et l’indifférence depuis sa défection du PDP/PS. Sa décision de « reprendre du service » témoigne certainement de la déception que nombre de Burkinabé ont malheureusement à l’endroit de la kyrielle de partis déjà existants. De ce fait, si l’on ne peut s’empêcher d’entrer dans le sérail, il faut le faire avec une certaine originalité.

Il m’est impossible de préjuger de ce qui arrive mais je demeure convaincu que le redisposition des forces et des acteurs s’impose.

TN






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