AFFAIRES
« NANTOU »
L’OBLIGATION DE REPONSE ET DE PARTAGE
Lorsqu’on
nous a demandé de nous rendre à Réo
pour nous imprégner d’une affaire qui
faisait grand bruit, nous étions loin de nous
douter de l’envergure qu’elle aurait.
Depuis cette visite, elle a pris des proportions telles
qu’elle devient quasiment une affaire nationale.
Au
fond, il n’y a rien d’étonnant
à cela. Avec l’intérêt que
représente la mine (régional, national
et même international), avec la personnalité
des intervenants mis en cause (comme Mme Rosalie Bassolet,
présidente de l’Association des parents
enfants encéphalopathes du Burkina Faso et
épouse du ministre des Affaires étrangères),
avec l’appel en cause par les plaignants d’hommes
influents (comme Evariste Bassolet, bien connu au-dedans
comme au dehors du pays), l’affaire ne pouvait
pas rester une simple affaire de patelin, tout juste
bonne à faire les joies et les délices
de cancaniers.
Et voilà justement que le quotidien Le Pays
en parle dans son édition du 10 août
dernier en relevant les espoirs que suscite pour certains
Nantou Mining mais aussi la réprobation qu’elle
provoque pour d’autres : «.. à
travers un écrit parvenu à notre rédaction,
il est fait cas de la création illégale
d’une agence immobilière ainsi que d’une
société de gardiennage par cette fondation
».
Allant plus loin, l’Evènement du 10 août
2007, y revient à travers un titre choc : «
Le zinc de Madame Bassolet menace la cohésion
du Sanguié», et pour ainsi dire, interpelle
au-delà de ses lecteurs, l’Etat lui-même.
En effet, notre confrère rapporte d’abord
qu’ il y a beaucoup de questionnements sur la
façon dont on y recrute (« ‘si
tu n’es pas membre du CDP, on ne te recrute
pas’, s’indigne un jeune de Réo
»), sur le népotisme ambiant, citant
en exemple le propre frère de Mme Bassolet,
Gustave Baya Bado, qui est le trésorier de
la fondation. Le bimensuel révèle par
ailleurs les ratés constatés dans le
dédommagement des populations déguerpies,
les incompréhensions sur le pourcentage devant
revenir à la région (il ne s’agirait
pas de 10 % mais de 1 % !). Au total, L’Evènement
fait ressortir une généralité,
au-delà de la mine de Perkoa, celle de la problématique
des mines au Faso : «Les revenus reviennent
presque entièrement à l’exploitant
et à l’Etat. En dehors des taxes superficiaires,
des dispositions vagues demandant à l’exploitant
de contribuer au développement socio économique
de la collectivité, les régions minières
ne tirent pas grand-chose de leurs ressources ».
La morale de tout cela pourrait résider dans
deux préoccupations. Il serait tout d’abord
grand temps, pour ne pas qu’on finisse par dire
que « qui ne dit mot, consent », que «
Nantou Fondation » fasse connaître sa
version des choses. Pareillement pour « Nantou
Mining ». Ayant eu promesse d’une réaction
prochaine de l’exploitant, nous ne désespérons
pas d’en avoir une de Mme Rosalie Bassolet,
qui (nous le rappelons) nous avait assuré qu’elle
nous contacterait. Mais quelle que soit la voie choisie
pour éclairer les Réolais et les Burkinabé
en général, l’important c’est
qu’effectivement toute la lumière soit
faite sur ce différend et que la désharmonie
en marche au Sanguié, soit résorbée.
Ensuite, il faudra saisir l’opportunité
qu’offre ce dossier pour mettre sur le tapis
la question primordiale du partage des ressources
naturelles entre ce triptyque de base que constituent
l’Etat, l’exploitant et la collectivité
territoriale du lieu d’exploitation. Cette question
est à l’ordre du jour dans bien de pays
à la faveur de la prise de conscience du droit
des collectivités territoriales et des minorités
comme nouveaux droits à préserver.
S.
Koné