JOURNEE
INTERNATIONALE DE LA JEUNESSE
UNE RECUPERATION POLITIQUE EN REGLE
AU PAYS DES HOMMES INTEGRES
Il
n’y a qu’au Burkina Faso qu’on
peut voir ça, est-on tenté de dire
! La journée internationale de la jeunesse,
à l’instar de celle de la femme et
de bien d’autres, est une occasion au pays
des hommes intègres, de remerciements,
de réjouissances et d’anesthésie
populaire. Tout cela participe au fond de cette
philosophie éprouvée depuis la Rome
antique et dans laquelle sont passés maîtres,
Néron et bien d’autres dictateurs
pour endormir les peuples avec des jeux et du
pain.
La leçon a été si bien comprise
en Afrique et particulièrement au Faso
qu’elle a été systématisée,
atteignant même le créneau des parrainages
et des marrainages, le domaine du sexe avec la
pandémie des concours de beauté
et ces feuilletons brésiliens dont on nous
gave et même à des heures de grande
écoute !
La journée internationale de la jeunesse
aurait dû être préservée
de cette captation du pouvoir. Elle aurait gagné
en neutralité, en éthique, en efficacité.
Au lieu de promouvoir un véritable leadership
de la jeunesse, elle s’est corrompue pour
servir des intérêts personnels et
politiques. Pas étonnant qu’à
l’occasion, on ne se mette pas en peine
de faire le point, de mesurer les acquis notamment
en matière d’emplois pour la jeunesse,
d’éducation… et aussi les erreurs
enregistrées dans l’optique de mieux
faire à l’avenir.
On se contente seulement de cette occasion pour
manger, boire, danser, chanter… Pardi !
Par ces temps de déprime et de disette,
ça peut avoir son petit effet ! Pas étonnant
dans ces conditions aussi que le consensus manque
pour cette manifestation sélective et politisée
à outrance. Ainsi, le ministre de la jeunesse
ne s’est pas gêné, à
l’ occasion de cette journée qui
se veut apolitique, de co-présider les
assemblées « reconstitutives »
de l’AJBC (Action des jeunes pour Blaise
Compaoré), où il a encensé
les actions du numéro un burkinabé
!
Nous avons pour notre part rencontré des
jeunes pour savoir ce qu’ils pensent de
cette journée et surtout la façon
dont elle est célébrée dans
notre pays.
| IZDINE
TOURE : |
| |
«
Merci pour cette question qui est d’actualité,
qui plus est concerne la jeunesse. Comme
vous l’avez constaté, la célébration
de cette journée est plutôt
axée sur l’organisation de
concerts, par ci par là. Nous, nous
considérons que ce sont des réjouissances
inutiles parce que, selon notre entendement,
cette journée doit être l’occasion
pour nous jeunes, de nous retrouver dans
des cadres |
informels ou formels pour pouvoir discuter, faire
le bilan des différentes activités
que la jeunesse a menées et parler de questions
aussi importantes que le développement
et l’engagement politique de la jeunesse.
Et
les concerts dans les différentes régions
ne sont que des manières de distraire la
jeunesse et de l’éloigner de ses
préoccupations réelles. C’est
pas ce que nous attendons de nos autorités.
Nous voulons qu’elles nous permettent de
pouvoir nous exprimer. Il est vrai que notre label,
c’est la contestation mais nous sommes en
mesure de préconiser des solutions aux
maux qui sont les nôtres.
Les ateliers et forums de discussion organisés
de façon biaisée à travers
notamment la mise à l’écart
des jeunes ruraux ne suffisent pas. Il faut permettre
à tout le monde de s’exprimer. C’est
l’exemple de ce forum organisé par
le Chef de l’Etat avec la jeunesse, et qui
n’est autre qu’une mascarade. Au nom
de qui ces jeunes choisis de façon discrétionnaire
par les organisateurs, ont-ils parlé ?
Non, je crois qu’on doit avoir un minimum
d’égard pour la jeunesse ! »
| Désirée
Michèle Kanyala : |
| |
«
C’est malheureux. Pour nous, dans
un pays où on est confronté
à des maux comme l’injustice,
la délinquance juvénile, la
prostitution, le chômage, l’analphabétisme,
cette journée devrait être
célébrée pour nous
avec recueillement et mieux avec la prise
de grandes décisions. Or, on nous
demande de danser. |
Le
pire, c’est que beaucoup d’entre nous
iront dans ces séances d’abrutissement
! Comme quoi, la conscience de sa réalité
n’est pas la chose la mieux partagée
par la jeunesse burkinabé ! ».
S.
Koné