Mise à jour le 12/08/2007
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San Finna N°426 du 13 au 19 Août 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

LES « AMIS DE LAURENT GBAGBO » AU BURKINA FASO
DES RAISONS DE S’ENTHOUSIASMER
DES RAISONS DE CRAINDRE

En principe, la création des « Amis de Laurent Gbagbo » (ALG) au Burkina Faso ne devrait pas soulever des passions négatives. Plus on compte d’ artisans de la paix sur un chantier de paix et plus on est assuré de la réaliser dans les meilleures conditions ! Nul ne conteste aujourd’hui que la nouvelle donne au plan de la Côte d’Ivoire comme au plan international est au soutien au dialogue direct et à l’Accord de Ouagadougou qui en est sa matérialisation. Au Burkina Faso, en tout cas, on a mille et une raisons de travailler à la réussite du processus de pacification enclenché chez nous. Il y va du relèvement de l’image de Blaise Compaoré après les nombreuses accusations d’ingérence.

Il en résulte que si les « Amis de Laurent Gbagbo » se constituent au Faso, ils ne devraient normalement pas constituer un repoussoir et être attaqués comme ennemis dans ce pays, et encore moins en Côte d’Ivoire. Que demande l’aveugle sinon des yeux, n’est-ce pas ?

Cette perspective de rejet au Burkina Faso est d’autant plus improbable, pourrait-on dire, qu’au pays de Laurent Gbagbo, les bras sont largement ouverts au CDP, aux « Amis de Blaise Compaoré » et autres structures qui se réclament du pouvoir burkinabé ou de son mentor.

On devrait aussi faire bon accueil aux ALG car, à s’en tenir à leur profession de foi, ils peuvent travailler à diluer certains doutes qui persistent nonobstant les acquis, et surtout à consolider le processus de réconciliation nationale en enlevant de l’esprit des étrangers résidant en Côte d’Ivoire et des Ivoiriens d’origine burkinabé, toute tentation par rapport à l’ingérence électorale. Ce risque demeure, quoi qu’on dise, et si à ce sujet on en venait encore à utiliser les Burkinabé et les étrangers en général comme bétail électoral ou agents déstabilisateurs, on mettrait à mal les grands espoirs nés de l’Accord de Ouagadougou.

Ce point, disons-le, est aussi important que celui de la reconstitution administrative du pays comme de l’unification de l’ armée nationale.

A l’aube de la campagne pour le renouvellement des organes constitutionnels, la contribution des « Amis de Laurent Gbagbo » peut être capitale en Côte d’Ivoire pour la victoire de leur maître à penser mais elle peut aussi avoir des retombées pour les Burkinabé résidant au pays ou en terre éburnéenne. En effet, en s’investissant pour le processus en cours, ils prennent des garanties pour l’avenir. En devenant acteurs de la réconciliation, ils sortent de la périphérie dans laquelle les a perclus l’Accord de Ouagadougou qui reste, en dépit de ses aspects positifs, une affaire entre deux camps, une affaire d’Etat. Or, pour donner à cet accord le ciment indispensable à sa pérennisation, il faut lui apporter le souffle de l’adhésion populaire, et celui-ci peut venir aussi de mobilisation du genre ALG.

Mais les « Amis de Laurent Gbagbo » n’auront pas forcément une marche triomphale car leur parcours pourrait être semé d’embûches. Comme il y a de tout pour faire un monde, il y a aussi dans toute entreprise, des gens qui sont pour et des gens qui sont contre. Il n’est pas sûr qu’en Côte d’Ivoire comme au Burkina Faso ou ailleurs, ces déclarations de soutien et d’adhésion au dialogue direct et à l’Accord de Ouagadougou soient toujours sincères ; c’est peut-être aussi sous des pressions multiples ou par nécessité politique et diplomatique que l’on s’est converti à cette nouvelle donne. Il se pourrait qu’en sous main, on travaille à l’échec de cette entreprise de retrouvailles nationales. Au-delà des signes visibles comme l’attentat de Bouaké, il en est peut être d’autres souterrains qui ne sont pas moins inquiétants. C’est dire que les ALG peuvent faire face à des hostilités sur leur parcours.

S’agissant spécialement du pays des hommes intègres, on ne peut pas comme ça effacer d’un trait de plume, tous les intérêts, toutes les rancoeurs qui se sont cristallisés à la faveur de la crise. Il en est qui y ont trouvé un moyen pour faire des fortunes colossales et qui ne veulent pas les voir asséchées. Il en est dont la vie a changé du tout au tout par les nouvelles promotions et responsabilités qu’ils ont eues grâce à cette rupture d’harmonie en Côte d’Ivoire : ils se retrouveraient réduits à leur plus simple expression face à un retour à la normalité. Il y en a aussi qui ont trop parlé, trop condamné, qui ont tellement joué les mouches du coche qu’ils se retrouvent quelque peu gênés d’avoir à exalter aujourd’hui ce qu’ils ont flétri hier. Au Burkina Faso, le proverbe qui dit qu’il ne faut pas ré ingurgiter ce qu’on a vomi hier, reste toujours vivace.

Il y en a enfin qui, par patriotisme, lient la grandeur du Burkina Faso à sa grandeur à l’extérieur du pays, donc à l’aboutissement des motivations qui ont été à la base du 19 septembre 2002 et de la rébellion ivoirienne. Chez eux, l’espérance en la revanche peut être toujours atavique. Pour beaucoup de ces gens, au Burkina Faso comme en Côte d’Ivoire, les « Amis de Laurent Gbagbo » pourraient apparaître comme une menace, et ils ne manqueront pas d’initiatives pour les décrédibiliser, pour les récupérer, les diaboliser afin que leur contribution ne soit pas à la hauteur de l’espérance suscitée par leur création.

Instruits de ces vents favorables comme défavorables qui peuvent souffler sur eux, les « Amis de Laurent Gbagbo » et tous leurs amis du Burkina comme d’ailleurs, sauront en tirer les meilleures leçons.

La Rédaction






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