LES
« AMIS DE LAURENT GBAGBO » AU BURKINA FASO
DES RAISONS DE S’ENTHOUSIASMER
DES RAISONS DE CRAINDRE
En
principe, la création des « Amis de Laurent
Gbagbo » (ALG) au Burkina Faso ne devrait pas
soulever des passions négatives. Plus on compte
d’ artisans de la paix sur un chantier de paix
et plus on est assuré de la réaliser dans
les meilleures conditions ! Nul ne conteste aujourd’hui
que la nouvelle donne au plan de la Côte d’Ivoire
comme au plan international est au soutien au dialogue
direct et à l’Accord de Ouagadougou qui
en est sa matérialisation. Au Burkina Faso, en
tout cas, on a mille et une raisons de travailler à
la réussite du processus de pacification enclenché
chez nous. Il y va du relèvement de l’image
de Blaise Compaoré après les nombreuses
accusations d’ingérence.
Il en résulte que si les « Amis de Laurent
Gbagbo » se constituent au Faso, ils ne devraient
normalement pas constituer un repoussoir et être
attaqués comme ennemis dans ce pays, et encore
moins en Côte d’Ivoire. Que demande l’aveugle
sinon des yeux, n’est-ce pas ?
Cette perspective de rejet au Burkina Faso est d’autant
plus improbable, pourrait-on dire, qu’au pays
de Laurent Gbagbo, les bras sont largement ouverts au
CDP, aux « Amis de Blaise Compaoré »
et autres structures qui se réclament du pouvoir
burkinabé ou de son mentor.
On devrait aussi faire bon accueil aux ALG car, à
s’en tenir à leur profession de foi, ils
peuvent travailler à diluer certains doutes qui
persistent nonobstant les acquis, et surtout à
consolider le processus de réconciliation nationale
en enlevant de l’esprit des étrangers résidant
en Côte d’Ivoire et des Ivoiriens d’origine
burkinabé, toute tentation par rapport à
l’ingérence électorale. Ce risque
demeure, quoi qu’on dise, et si à ce sujet
on en venait encore à utiliser les Burkinabé
et les étrangers en général comme
bétail électoral ou agents déstabilisateurs,
on mettrait à mal les grands espoirs nés
de l’Accord de Ouagadougou.
Ce point, disons-le, est aussi important que celui de
la reconstitution administrative du pays comme de l’unification
de l’ armée nationale.
A l’aube de la campagne pour le renouvellement
des organes constitutionnels, la contribution des «
Amis de Laurent Gbagbo » peut être capitale
en Côte d’Ivoire pour la victoire de leur
maître à penser mais elle peut aussi avoir
des retombées pour les Burkinabé résidant
au pays ou en terre éburnéenne. En effet,
en s’investissant pour le processus en cours,
ils prennent des garanties pour l’avenir. En devenant
acteurs de la réconciliation, ils sortent de
la périphérie dans laquelle les a perclus
l’Accord de Ouagadougou qui reste, en dépit
de ses aspects positifs, une affaire entre deux camps,
une affaire d’Etat. Or, pour donner à cet
accord le ciment indispensable à sa pérennisation,
il faut lui apporter le souffle de l’adhésion
populaire, et celui-ci peut venir aussi de mobilisation
du genre ALG.
Mais les « Amis de Laurent Gbagbo » n’auront
pas forcément une marche triomphale car leur
parcours pourrait être semé d’embûches.
Comme il y a de tout pour faire un monde, il y a aussi
dans toute entreprise, des gens qui sont pour et des
gens qui sont contre. Il n’est pas sûr qu’en
Côte d’Ivoire comme au Burkina Faso ou ailleurs,
ces déclarations de soutien et d’adhésion
au dialogue direct et à l’Accord de Ouagadougou
soient toujours sincères ; c’est peut-être
aussi sous des pressions multiples ou par nécessité
politique et diplomatique que l’on s’est
converti à cette nouvelle donne. Il se pourrait
qu’en sous main, on travaille à l’échec
de cette entreprise de retrouvailles nationales. Au-delà
des signes visibles comme l’attentat de Bouaké,
il en est peut être d’autres souterrains
qui ne sont pas moins inquiétants. C’est
dire que les ALG peuvent faire face à des hostilités
sur leur parcours.
S’agissant spécialement du pays des hommes
intègres, on ne peut pas comme ça effacer
d’un trait de plume, tous les intérêts,
toutes les rancoeurs qui se sont cristallisés
à la faveur de la crise. Il en est qui y ont
trouvé un moyen pour faire des fortunes colossales
et qui ne veulent pas les voir asséchées.
Il en est dont la vie a changé du tout au tout
par les nouvelles promotions et responsabilités
qu’ils ont eues grâce à cette rupture
d’harmonie en Côte d’Ivoire : ils
se retrouveraient réduits à leur plus
simple expression face à un retour à la
normalité. Il y en a aussi qui ont trop parlé,
trop condamné, qui ont tellement joué
les mouches du coche qu’ils se retrouvent quelque
peu gênés d’avoir à exalter
aujourd’hui ce qu’ils ont flétri
hier. Au Burkina Faso, le proverbe qui dit qu’il
ne faut pas ré ingurgiter ce qu’on a vomi
hier, reste toujours vivace.
Il y en a enfin qui, par patriotisme, lient la grandeur
du Burkina Faso à sa grandeur à l’extérieur
du pays, donc à l’aboutissement des motivations
qui ont été à la base du 19 septembre
2002 et de la rébellion ivoirienne. Chez eux,
l’espérance en la revanche peut être
toujours atavique. Pour beaucoup de ces gens, au Burkina
Faso comme en Côte d’Ivoire, les «
Amis de Laurent Gbagbo » pourraient apparaître
comme une menace, et ils ne manqueront pas d’initiatives
pour les décrédibiliser, pour les récupérer,
les diaboliser afin que leur contribution ne soit pas
à la hauteur de l’espérance suscitée
par leur création.
Instruits de ces vents favorables comme défavorables
qui peuvent souffler sur eux, les « Amis de Laurent
Gbagbo » et tous leurs amis du Burkina comme d’ailleurs,
sauront en tirer les meilleures leçons.
La Rédaction