Mise à jour le 12/08/2007
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San Finna N°426 du 13 au 19 Août 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

NICOLAS SARKOZY DOIT-IL OU NON RECTIFIER SON DISCOURS DE DAKAR ?

Qu’on le veuille ou non, l’intervention de Nicolas Sarkozy à Dakar, au cours de sa première sortie post électorale en Afrique, passera à la postérité comme le Discours de Dakar. Cela se fera-t-il en bien ou en mal ? En tous les cas, une controverse n’en finit pas d’enfler et qui oppose ceux qui le condamnent et qui suggèrent que le président français rectifie le tir pour ramener son propos au diapason de ses promesses électorales et ceux qui le félicitent et pensent qu’il gagnerait plutôt à garder le cap de Dakar et donc de la rupture d’avec la rupture en quelque sorte. Deux sons de cloche.

NICOLAS SARKOZY DOIT RESPECTER SES PROMESSES A L’AFRIQUE

Ce n’est pas être anti-Sarkozy et moins encore anti-Français que de conseiller au nouveau président de dissiper le malaise grandissant né du discours de Dakar. Pour rappel, il avait promis à l’Afrique de rompre avec la politique décriée de son prédécesseur. Il n’a cessé de réaffirmer ses engagements sur ce point et de jurer qu’il respecterait ses promesses. Son discours de Dakar a été une trahison de sa parole, et pire une injure à l’Afrique. La condamnation est générale. A l’Université Cheick Anta Diop, où il a parlé, on a relevé des désertions. Au Gabon où Sarkozy s’est rendu le lendemain, on a constaté la même réprobation : ainsi, le professeur A. Bissiélo, interviewé par RFI le 28 juillet dernier, a dit le propos du numéro un français était « décalé, anachronique ». Il a même parlé de « négationnisme ». Au Burkina Faso, San Finna a embouché la même trompette : « Il y a là de la part de ce ‘quinqua’ (..) plus qu’un manque de tact, une méconnaissance du temps qui passe et des réalités socio-économiques d’une Afrique fortement urbanisée et dont les fils, majoritairement de souche paysanne, se distinguent dans les filières de pointe au point de constituer un capital appréciable qui ne lui a pas échappé à travers sa politique d’immigration choisie ». Au Cameroun, Achille Mbembé, n’est pas plus tendre : «Manifestement, le président ne connaît ni notre histoire, ni les significations humaines dont elle est porteuse » et il conclut à « l’insolence qu’autorise l’ignorance ». Pour le « mali.fr » du 9/08/07, la réprobation n’est pas moins virulente : «Il est intéressant de rappeler, également, que c’est grâce aux Africains, que Nicolas Sarkozy a pu inscrire dans son agenda le mois et les jours de ses visites en Afrique car ce sont bien les Africains qui ont inventé le calendrier et aussi l’écriture ». Au Burkina Faso, où décidément le discours ne passe pas, le professeur Mahamadé Sawadogo y revient dans l’Observateur du 10/08/07 : «.. globalement, son discours est rejeté par les Africains. Sarkozy n’était d’ailleurs pas beaucoup aimé en Afrique avant ce voyage et ce n’est pas ce discours qui va arranger les choses». On le voit, Nicolas Sarkozy doit impérativement suturer les blessures qu’il a causées à l’Afrique. Déjà, le projet Eurafrique de N. Sarkozy semble mal barré, comme qui dirait, et ce n’est pas le professeur Mamadou Koulibaly qui dira le contraire, lui qui en réplique, propose une idée qui fait déjà son chemin : la « Librafrique ». Nicolas Sarkozy doit donc combler les voies d’eau et il en existe encore en Afrique qui pensent que rien n’est perdu. Sarkozy peut rattraper le coup en montrant qu’il a été incompris ou que ses propos ont dépassé ses pensées et surtout, en les remettant au niveau de ses engagements premiers. Il a autour de lui des femmes et des hommes qui peuvent être les porteurs de cette rectification. Bernard Kouchner, Rama Yade, mais aussi, dans le cercle de l’ouverture, des valeurs comme Strauss Khan, Jack Lang, Jacques Attali.. , qui pourraient l’y aider. Son prochain voyage sur le continent peut même être une occasion d’une autocritique qui le grandirait. Les Africains aiment ça. Tout le monde y gagnerait : l’Afrique qui pourrait bénéficier de l’aide précieuse de Sarkozy à travers une politique africaine de la France repensée et la France qui pourrait gagner, par l’infléchissement cours de cette réorientation en cours des relations du continent vers les pays émergents. Plus important, le sentiment anti-français qui gagne en puissance en Afrique sera ainsi résorbé voire vaincu.

TOMI.

NICOLAS SARKOZY DOIT GARDER LE CAP DU DISCOURS DE DAKAR

Nicolas Sarkozy a prononcé à Dakar, un discours fondateur non emprunt de la langue de bois. On lui fait un bien mauvais procès en lui donnant une lecture injurieuse pour les Africains. Qu’y a-t-il de mal à mettre le doigt (comme l’a fait hier Axelle Kabou avec son livre ‘Et si l’Afrique refusait le développement ?’) sur les tares de l’Afrique si le souci est de l’aider à les guérir pour amorcer son développement qui tarde à s’enclencher ? Ce langage de vérité est d’autant moins condamnable que les Africains sont les premiers à ne pas se ménager lorsqu’ils parlent de leurs défauts, de leur propension à justement s’accommoder du présent et à laisser la chance décider pour eux. C’est vrai que comme dans les banlieues sensibles en France, on préfère entre soi se porter des injures du type « Niques ta mère » que de les voir utiliser par les gens d’en haut ; Nicolas Sarkozy peut donc se voir dénier le droit de reproduire des commentaires et analyses que les Africains se font eux-mêmes de leur continent, avec parfois de fortes doses de dérision et même d’injures. Mais cela au fond ne change rien en l’affaire puisque ce que le président français dit, n’est pas faux. Au demeurant, il a le devoir, pour la France et pour lui-même, d’objectiver les relations entre son pays et l’Afrique. Au lieu, comme d’autres avant lui, de venir chanter les louanges du continent, berceau de l’humanité, créateur de grands empires.. , il a choisi de dire les vérités qui blessent mais qui ne tuent pas. Oui, la colonisation n’a pas fait que du mal et s’il y a des responsabilités à établir, elles doivent être partagées ; oui, l’Afrique est plutôt fataliste, plutôt placée en situation rétrospective que prospective ; oui, l’immigration déstabilise la France et l’Europe et fait perdre à l’Afrique des capacités énormes de développement. Oui, si les Africains doivent conquérir la liberté, la démocratie, le développement et même la considération et rattraper le train de l’histoire, c’est à eux de se bouger les fesses. Au lieu de passer le temps en contemplation d’un passé qui ne reviendra pas, les Africains et surtout les jeunes, doivent se mettre au travail, partir en guerre contre la fatalité pour apprendre à conquérir l’avenir. C’est ainsi que les autres peuples ont procédé pour sortir de la barbarie et pour s’engager sur les chemins de la civilisation et du développement. En fait, c’est ça la vraie rupture qui est d’abord mentale, intellectuelle. Une fois que ce choc traumatique sera intériorisé, le reste suivra. Il n’y a rien sans rien. Ce discours de Dakar est au demeurant réaliste car N. Sarkozy a compris que dans les relations de la France avec l’Afrique, il valait mieux procéder par touches et ne pas employer la politique de la « tabula rasa ». Même s’il est un président toujours populaire, il ne gagne rien à avoir contre lui dans le même temps, les puissances financières, les chefs d’Etat africains et les multiples réseaux qui contribuent à alimenter l’économie de la France. Il doit garder le cap. Tout passe, et la colère suscitée par ces propos de Dakar finira par tomber. Les Africains comprendront que l’avenir, c’est dans l’Eurafrique qui, en mettant fin au tête à tête franco-africain, libèrera plus de possibilités pour le développement du continent. Mais ils comprendront surtout qu’ils doivent arrêter de se figer dans des attitudes passives en attendant que quelqu’un vienne faire leur bonheur à leur place. Si on veut bien voir, le message du numéro un français, cohérent par-dessus tout, tient en ces idées : aide-toi, le ciel t’aidera. Il est un appel à la capacité de résistance des Africains et une promesse que le reste viendra de surcroît.



TOZI.

Citation de la semaine

«Dans le désert, on peut toujours tomber sur une oasis.»

[ Fatou Diome ] - Le ventre de l’Atlantique






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