San
Finna N°427 du
20 au 26 Août 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
ATELIER
SUR LE FONCTIONNEMENT DU SYSTEME DE PARTIS BURKINABE
CRI DE GUERRE : REFONDATION DEMOCRATIQUE
L’Atelier
initié par la Fondation Konrad Adenauer Stiftung
et l’Institut des affaires africaines de la Germen
Institute of global and area studies (GIGA), destiné
à ausculter le fonctionnement du système
partisan burkinabé, a drainé un monde de
qualité ce 13 août passé et produit
des débats à la hauteur. Jamais une rencontre
n’avait permis à des participants de se prononcer
avec autant de fermeté et de clarté sur
un sujet jusqu’à présent abordé,
sinon avec complaisance, avec prudence : le fonctionnement
de la démocratie et des partis politiques.
Pour une fois, il aura été proclamé
au grand jour, que la démocratie ne va pas bien
au Faso en raison notamment de la concentration et de
la confusion des pouvoirs entre les mains du parti au
pouvoir et du mauvais traitement fait au droit de suffrage
et au droit des partis politiques.
NAISSANCE
DU SYSTEME PARTISAN BURKINABE
Mais avant d’en venir à ce constat, il a
fallu faire la genèse des partis politiques. Rôle
qui est revenu au Docteur Yacouba Bahoro, Chercheur à
l’INSS/CNRST. Il s’est longuement appesanti
sur l’historique des partis politiques de la Haute-Volta
au Burkina Faso qu’il a dépeint avec brio,
donnant des éclairages sur les différentes
tentatives d’instauration du multipartisme intégral
à travers les cycles constitutionnels que le pays
a connus.
Mais son analyse n’est pas allée au-delà
de 1991, ce que beaucoup ont regretté.
Relevons que pour cette intervention, le Professeur Albert
Ouédraogo assurera le rôle de modérateur
avec efficacité.
ETAT
DES LIEUX DES PARTIS POLITIQUES SOUS LA 4 EME REPUBLIQUE
La deuxième intervention, faite par Monsieur Alexander
Stroh du GIGA, l’Institut d’Etudes Africaines
de Hambourg (Allemagne) avait trait à la perception
populaire du paysage partisan dans quatre pays francophones,
dont le Burkina Faso.
Il mettra en exergue les trois dimensions suivantes du
système des partis :
• La fragmentation qui a déterminé
le nombre des partis qui jouent un rôle significatif
au Burkina. Il est ressorti entre autres, après
interview de 1 000 personnes, que plus de 70 % de Burkinabé
pensent qu’il y a trop de partis dans ce pays pendant
que 10,7 % d’entre eux pensent le contraire.
• La polarisation qui fait ressortir la qualité
des rapports entre les partis du système. Avec
le même échantillon, il est apparu que la
majorité des personnes interrogées, soit
plus de 75 %, désiraient que les partis politiques
collaborent au Burkina.
• L’institutionnalisation qui mesure les degrés
de stabilité et de légitimité dont
jouissent les partis politiques. Là, on retiendra
que les personnes interviewées sont consentantes
à 63 % au multipartisme et 70 % soutenant que la
démocratie a besoin d’une compétition
multipartite. Par ailleurs, dans cette même rubrique,
28 % des personnes interrogées disent faire confiance
aux partis, 41 % ne sont pas satisfaits de leur travail
tandis que 73,1 % estiment que les partis sont tout à
fait capables de contribuer à la solution des problèmes.
Le
rapport conclut au brouillage des repères de certains
partis notamment ceux de l’opposition dite modérée
et à l’existence d’un système
de parti dominant. De là, découlent toutes
les difficultés à réaliser l’alternance.
REGRESSION
DEMOCRATIQUE
Intervenant sur le thème « Système
de partis et système électoral burkinabé
: Impact sur les élections législatives
du 06 mai 2007 », le Professeur Augustin Loada et
le Professeur Luc Ibriga ont tâté le pouls
de la démocratie burkinabé sans complaisance.
Pour le Professeur Augustin Loada, la démocratie
au Burkina Faso souffre de facteurs limitants : dénaturation
du droit à la différence, entrave au système
des contrôles par la mainmise du parti majoritaire
sur les pouvoirs politiques et économiques. La
conséquence, c’est l’instrumentalisation
des forces religieuses, coutumières, économiques
par le parti au pouvoir ; c’est aussi la mainmise
sur l’économie du pays, notamment par le
contrôle des marchés d’Etat, l’utilisation
des moyens de l’Etat…, toutes choses qui favorisent
la pensée unique. Les élections dans ces
conditions, sans enjeu, tournent en de simples formalités,
tendance confortée par les manipulations du suffrage
populaire et les atteintes au droit des partis politiques.
Expert en allégories et en images suggestives,
il comparera les compétitions électorales
à des matches de football se déroulant sur
terrain incliné et favorisant de fait une équipe.
La déloyauté électorale est si profondément
ancrée que, selon le Professeur Loada, «
frauder n’est pas pécher ; c’est se
faire prendre qui l’est » et il ne fait pas
bon d’être dans un parti politique d’opposition
car « être opposant, c’est quand même
accepter la précarité ». et il revient
à son tour sur la confusion de repères des
partis politiques avec tous ceux qui se disant de l’opposition
modérée sont allés gîter dans
le nid du CDP parce qu’ils auraient été
convertis par cette foi « en une société
d’espérance pour un progrès continu
».
L’expérience démocratique entreprise
à l’avènement de la 4ème République,
et qui a connu un coup d’accélérateur
en 2002, grâce aux réformes obtenues sous
la pression populaire consécutive au drame de Sapouy,
s’est interrompue par la révocation de ces
réformes en 20047 : « Les élections
de 2007 représentent la fermeture (…) sur
la crise de Sapouy ».
Le Professeur Luc Ibriga embouchera la même trompette,
mettant particulièrement l’accent sur la
faiblesse de la culture démocratique au Burkina
Faso et la monopolisation de la scène politique
par le parti au pouvoir. « Hors du pouvoir, il n’y
a pas de salut », dira-t-il.
Mais il parlera aussi de la faiblesse structurelle des
partis d’où ne sortent que « des gens
qui passent du néant à la lumière
». Il ne passera pas sous silence la manipulation
du mode de scrutin et du dévoiement du système
proportionnel. S’agissant du nombre de partis et
de sa réduction éventuelle, il dira comme
Mr Loada, qu’il est possible de réduire leur
nombre en rendant plus draconiennes les critères
d’inscription de ces partis lors des élections.
Il citera une autre proposition moins généreuse
pour certains : un mode de scrutin majoritaire qui obligerait
les partis à s’unir pour être plus
forts.
INEVITABLE
REFONDATION DEMOCRATIQUE
La démocratie certainement bat de l’aile.
Pour nos communicateurs, nous sommes toujours dans le
cadre d’une transition démocratique. Voilà
qui va tout à fait à contresens de ceux
qui se plaisent à présenter le Burkina Faso
comme un modèle de démocratie achevée,
stabilisée par des élections qui se tiennent
à intervalles réguliers pour renouveler
les organes de l’Etat. Non, on est loin du compte.
Le mal, c’est vrai, est profond et les chefs coutumiers
y auront contribué en jouant de pressions multiples
sur les électeurs. En attestent ces propos de campagne
comminatoires du Mogho Naaba lui-même : «
le chef parle au nom de la communauté, au nom des
ancêtres et au nom des Dieux ». Voilà
qui contribue à faire du chef de l’Etat,
un quasi monarque de droit divin.
Pour autant, les choses ne peuvent pas rester en l’état
car « la démocratie ne s’épuise
pas dans la problématique des élections
; on peut tout faire avec la démocratie sauf s’asseoir
dessus ». Voilà à la fois une mise
en garde et une invite du Professeur Loada en faveur d’un
travail de reconstruction démocratique.
Me
Benewendé Sankara interviendra pour sa part sur
le thème «Le travail des partis burkinabé
dans la démocratisation du Faso : forces, faiblesses
et possibilités de renforcement », appuyé
par Mr Chrisogone Zougmoré du MBDHP qui exposera
sur le thème «Les attentes légitimes
des acteurs internes à l’égard d’une
contribution des partis à la démocratisation
», ils feront à leur tour profiter les participants
de bien d’éclairages nécessaires.
La seule note en dessous de la moyenne que l’on
aura relevée au cours de cet Atelier, concerne
le cafouillage qui a suivi l’intervention des femmes
élues, obligeant les organisateurs de l’atelier
à mettre fin aux discussions, pour que chacun reparte
sur une bonne impression. Et effectivement, ce qui impactera
le plus participants, de même que l’opinion,
ce sont les mots forts, les mots justes et courageux qui
ont été prononcés par rapport à
la mal gouvernance, à la détérioration
de la démocratie et à l’urgence d’en
rétablir au plus vite les termes, au Burkina Faso.