CONSEIL
CONSTITUTIONNEL
LA HONTE DEVOILEE
D’UNE INSTITUTION CENSEE ETRE AU-DESSUS DE TOUT
SOUPÇON
Si
l’inféodation de la justice au pouvoir
au Burkina Faso n’est plus de nos jours à
discuter, ce n’est pas pour autant que tous
les magistrats doivent être « jetés
» comme des chiffons souillés à
la poubelle parce que corrompus jusqu’à
la moelle. Il en existe qui, comme la femme dans la
chanson de Serge Reggiani, ont été seulement
contraints par nécessité, par peur à
exposer leur résignation au grand vent. Au
Conseil constitutionnel, ce type de magistrats existe
à côté de ceux qui ont mis leur
crédibilité à l’encan mais
peut-on leur en vouloir de ne pas chercher à
être des martyrs quand on connaît la capacité
de nuisance de ce pouvoir vis-à-vis des résistants
de tout bord à son ordre injuste ?
Mais les morts comme on dit, si profondément
enfouis, remontent toujours en surface, et au Conseil
constitutionnel, quoique les dénonciations
des opposants et de certains acteurs de la société
civile se soient toujours brisés sur le mur
de la désinformation, de la répression
et du mépris, la vérité commence
à s’imposer et les langues à se
délier, sur les parjures des sages, au droit.
Les choses ont commencé avec les critiques
de l’opposition au sujet de la composition du
Conseil constitutionnel, de son absence d’attribution
juridictionnelle et surtout de son inféodation
au pouvoir. Ce qui le rend congénitalement
inapte à protéger les libertés
publiques, donc le suffrage populaire pour être
en mesure de fonder une démocratie digne de
ce nom.
L’UNDD, particulièrement sur la question,
ne tarira pas d’accusations. Le parti en apportera
même la démonstration concrète
avec sa plainte contre le découpage électoral,
réglé par des voies politiques et non
juridiques. Pourtant, les moyens de fait et de droit
développés étaient tels que le
parti ne pouvait être débouté
mais c’est bel et bien ce qui s’est produit,
à la grande honte, dit-on, de bien de magistrats.
Depuis, cette décision est de plus en plus
évoquée parmi les exemples éloquents
d’infidélité au droit du Conseil
constitutionnel. Aussi, le sentiment se dégage-t-il,
que le temps de la reddition des comptes se rapproché
à grands pas.
Il est même déjà là avec
le scandale qui actuellement bat son plein par rapport
à cette affaire de marchés dans laquelle
le nom du président du Conseil constitutionnel
lui-même est évoqué. L’Indépendant
du 7 août 2007 ne mâche pas ses mots :
«Idrissa Traoré voulait ‘maximiser’
dans le marché. Pour cela, il dit à
son ami (NDLR : l’entrepreneur) de faire mal
les dosages pourvu que lui, il rentre dans ses fonds.
L’homme refuse….(..) Depuis deux ans,
aucun décompte relatif au marché ne
lui a été payé par le Conseil
constitutionnel ». Bendre du 13 août,
emboîte le pas : «L’appétit
vient en mangeant. Et Mr Traoré semblait avoir
un appétit gargantuesque. Pour ce faire, l’ami-entrepreneur
devait réaliser l’ouvrage avec le moins
d’investissement possible. La stratégie
consistait à faire fi des normes de construction
afin d’avoir des retenues. Et le pactole de
ses retenues devait être réparti ».
Tant va la cruche à l’eau qu’à
la fin elle se casse : ainsi, il apparaît vain
d’escompter que meure de sa belle mort, cette
affaire nauséabonde à la faveur de laquelle
d’autres remontent en surface, éclaboussant
du coup la grande institution, et c’est là
le point de rupture.
Que la corruption ait pris ses aises au Burkina Faso,
qu’elle frappe quasiment tous les secteurs,
c’est quelque chose de moche mais qui ne surprend
plus. Mais qu’elle soit à l’œuvre
au cœur de la justice, qui plus est du Conseil
constitutionnel qui est le surveillant général
de la codification des règles du jeu politique,
le protecteur des droits de l’homme et de l’ordre
public, il y a de quoi reconnaître que le ver
a quasiment pourri le fruit. Le Conseil constitutionnel,
parce que contrôleur en chef des pouvoirs publics
qui édite des règles et qui devrait
donc être au-dessus de tout soupçon,
se retrouve au cœur du soupçon. C’est
comme qui dirait, la justice en « laisse-guidon
» (NDLR : en roue libre).
A ce stade, des mesures fortes s’imposent. La
corruption est ainsi faite qu’arrivée
à un certain degré de gangrène,
il faut procéder à l’intervention
chirurgicale. Ici cependant, le mal est si profond
qu’il ne s’agira pas seulement de faire
sauter, comme on le ferait d’un bouchon de champagne,
Idrissa Traoré pour libérer la pression
sur le Conseil constitutionnel ; il ne s’agira
pas davantage de re-chemiser l’institution ;
c’est tout le moteur de la gouvernance qu’il
faut changer. C’est là une exigence qui
s’impose, par-delà les médias,
les partis, les mouvements de droits de l’homme..,
à tous les Burkinabé.
Nous sommes donc en présence d’un défi
collectif qui ne manquera pas d’interpeller
tout un chacun et les partenaires avec, au moment
où se prépare à grand frais,
au Burkina Faso, le 7ème forum africain sur
la gouvernance.
V.T
SUITES
DU CONFLIT ENTRE ELEVEURS ET AGRICULTEURS
AU ZOUNDWEGO
Comme nous l’annoncions la semaine dernière
dans le n° 426 de San Finna, nous nous sommes
rendus une nouvelle fois à Manga pour nous
enquérir des évolutions de la situation
conflictuelle entre agriculteurs et éleveurs.
Sur place, nous n’avons pu rencontrer, comme
prévu, le délégué des
agriculteurs. Selon une certaine source, les deux
parties en présence se méfieraient des
gens et hésiteraient à parler pour la
simple raison que jusqu’à présent,
aucune interpellation n’a été
faite par rapport à ce drame.
Pour les protagonistes, il serait hasardeux de dire
quoi que ce soit au risque de se faire épingler
d’un moment à un autre pour raisons d’enquête.
En tout état de cause, nous suivons toujours
l’affaire et vous donnons rendez-vous pour les
prochaines éditions, si évolution intéressante
il y a.
Seydou
Diabo