Mise à jour le 19/08/2007
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San Finna N°427 du 20 au 26 Août 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

AFFAIRE SALIF DIALLO/SIMON COMPAORE
APRES S’ETRE OCCUPE DES ENNEMIS,
EN VIENDRAIT-ON MAINTENANT AUX AMIS ?


On se souvient qu’à un certain stade de son parcours, un éminent ministre du CNR avait tétanisé le pays en déclarant en forme de menace que « La Révolution, après avoir fait son sort à ses ennemis (entendez les contre-révolutionnaires), allait maintenant d’attaquer à ses amis (traduisez les révolutionnaires) ». C’était à l’époque où le roussi commençait à se faire sentir entre les pères fondateurs de la révolution. On sait depuis comment tout cela s’est dénoué, un certain après-midi du 15 Octobre. A 20 ans d’intervalle, l’histoire semble vouloir se réécrire. Il y a en effet encore de nos jours, dans le fond de l’air, comme une menace, laissant penser que la 4ème République, après s’être occupée de ses contempteurs, voudrait bien maintenant se pencher sur ses fidèles partisans haut placés.

De fait, les opposants purs et durs ont subi les foudres du pouvoir par la violence sous toutes ses formes, par les fraudes électorales d’Etat, et ceux qui n’ont pas choisi –par des chemins détournés- d’ aller sinon à la « soupe », de faire le dos rond, ne sont pas nombreux. Le pouvoir peut dès lors penser que ce n’est plus la peine de perdre sa poudre à moineaux et que le temps est venu pour lui de régler les contradictions qui le minent de l’intérieur. C’est l’expression de cette antique supplique maintes et maintes fois éprouvée : oh Seigneur, préservez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge ! C’est ici évoquer le sort qu’on voudrait, semble-t-il, réserver à certains baobabs du régime, considérés jusqu’alors comme les amis les plus fidèles du chef de l’Etat. Après les avoir pressés comme des oranges, on voudrait les jeter à la poubelle avec en prime, le déshonneur.

La première orange indiquent des rumeurs persistantes, serait Salif Diallo. C’est devenu un secret de Polichinelle que ce fidèle parmi les fidèles, est aujourd’hui dans l’œil du cyclone. C’est ce que relève notamment l’Observateur Paalga n° 6942 du 3 au 6 août en ces termes : « Cher Wambi, ces derniers temps, des personnalités qui gravitent autour de la galaxie Compaoré sont dans la ligne de mire d’écrits qui leur prêtent toutes sortes d’intentions et d’ambitions. Principal visé, Salif Diallo ». Le journal souligne qu’il s’agirait d’ « une histoire de clans et de groupes où on en serait même arrivés à s’espionner mutuellement, à s’épier », et conclut : « Une chose est sûre : quand on en arrive là, ce n’est pas bon signe ».

Qui l’eût dit, qui l’eût cru ? Bras séculier, ange protecteur, sorte d’Alpha Yaya (NDLR : homme de confiance de Samory Touré qui l’accompagna en exil et se fit enterrer à ses côtés), il exposait jusqu’à sa vie pour défendre le chef. Muet comme une tombe sur les secrets d’Etat, il était toujours parti pour conduire les coups les plus tordus es qualité. Le voici maintenant dans le collimateur. Est-ce, comme on le susurre parce qu’il s’oppose à la liquidation du CDP au profit d’une nouvelle structure destinée à porter François Compaoré au rang de successeur indiscuté ? Est-ce parce que, dans le sillage du chef de l’Etat, la conviction se renforce qu’il faut des changements qui aillent jusqu’à une alternance interne et que déjà les prétentions s’aiguisent, faisant de lui un obstacle à réduire ? Ou est-ce tout simplement parce que l’usure du pouvoir aidant et les contrepouvoirs extérieurs pour la plupart domestiqués, les oppositions politiques ont rejailli à l’intérieur même du parti au pouvoir pour mettre face à face les partenaires du même camp ?

C’est possible mais tout cela fait partie des choses que l’on voyait venir. Si l’on ferme la porte à toute critique dans une société politique, que l’on méprise le droit à la différence et à l’alternance démocratique, portés principalement par le pluralisme politique, on court le risque de blocages institutionnels et de transposition des contradictions politiques externes normales, à l’intérieur même du régime avec tout ce que cela peut entraîner comme secousses. D’où toutes ces craintes autour de l’affaire Salif Diallo mais aussi de celle de la deuxième orange, Simon Compaoré, puisque lui aussi, fidèle et coutumier des prises de risques pour sauvegarder son patron et le système, se trouve jeté en pâture à la vindicte de l’opinion à cause d’un rapport de la Cour des comptes qui n’aurait pas pu voir le jour sans la bénédiction du grand manitou.

En effet, le même Observateur Paalga n° 6949 du jeudi 16 août 2007 souligne à propos de ce rapport que selon certains avis, il serait rédigé « dans l’intention de nuire aux institutions et aux personnalités concernées, en l’occurrence Simon Compaoré ». Il explique qu’à « l’intérieur du régime, de gros bonnets voudraient donc tuer politiquement le maire de Ouagadougou (par exemple) par le biais de la Cour des comptes et réduire ainsi le nombre de prétendants au trône ou, au moins, le nombre de courtisans », et conclut à son tour que ce rapport n’ayant pas été fait dans l’ignorance de Blaise Compaoré, « c’est à lui que le bourgmestre de la capitale devrait s’en prendre et non pas au président de la Cour des Comptes ». Sale temps pour la république, quatrième du nom !

Mais le grand hic ici, c’est que Salif Diallo et le bourgmestre de Ouagadougou, s’ils n’étaient rien sans leur boss au commencement de leur aventure commune, ont au fil des années, gagné en galons, en solides relations, en secrets monnayables, en trésors de guerre amassés, se fidélisant ainsi une clientèle et des lieutenants prêts à faire pour eux ce que hier eux-mêmes faisaient pour leur Capitaine. Et c’est là toutes les craintes mais aussi toutes les espérances que drainent les spéculations qui entourent cette situation.

La Rédaction






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