AFFAIRE
SALIF DIALLO/SIMON COMPAORE
APRES S’ETRE OCCUPE DES ENNEMIS,
EN VIENDRAIT-ON MAINTENANT AUX AMIS ?
On se souvient
qu’à un certain stade de son parcours,
un éminent ministre du CNR avait tétanisé
le pays en déclarant en forme de menace que «
La Révolution, après avoir fait son sort
à ses ennemis (entendez les contre-révolutionnaires),
allait maintenant d’attaquer à ses amis
(traduisez les révolutionnaires) ». C’était
à l’époque où le roussi commençait
à se faire sentir entre les pères fondateurs
de la révolution. On sait depuis comment tout
cela s’est dénoué, un certain après-midi
du 15 Octobre. A 20 ans d’intervalle, l’histoire
semble vouloir se réécrire. Il y a en
effet encore de nos jours, dans le fond de l’air,
comme une menace, laissant penser que la 4ème
République, après s’être occupée
de ses contempteurs, voudrait bien maintenant se pencher
sur ses fidèles partisans haut placés.
De
fait, les opposants purs et durs ont subi les foudres
du pouvoir par la violence sous toutes ses formes, par
les fraudes électorales d’Etat, et ceux
qui n’ont pas choisi –par des chemins détournés-
d’ aller sinon à la « soupe »,
de faire le dos rond, ne sont pas nombreux. Le pouvoir
peut dès lors penser que ce n’est plus
la peine de perdre sa poudre à moineaux et que
le temps est venu pour lui de régler les contradictions
qui le minent de l’intérieur. C’est
l’expression de cette antique supplique maintes
et maintes fois éprouvée : oh Seigneur,
préservez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en
charge ! C’est ici évoquer le sort qu’on
voudrait, semble-t-il, réserver à certains
baobabs du régime, considérés jusqu’alors
comme les amis les plus fidèles du chef de l’Etat.
Après les avoir pressés comme des oranges,
on voudrait les jeter à la poubelle avec en prime,
le déshonneur.
La première orange indiquent des rumeurs persistantes,
serait Salif Diallo. C’est devenu un secret de
Polichinelle que ce fidèle parmi les fidèles,
est aujourd’hui dans l’œil du cyclone.
C’est ce que relève notamment l’Observateur
Paalga n° 6942 du 3 au 6 août en ces termes
: « Cher Wambi, ces derniers temps, des personnalités
qui gravitent autour de la galaxie Compaoré sont
dans la ligne de mire d’écrits qui leur
prêtent toutes sortes d’intentions et d’ambitions.
Principal visé, Salif Diallo ». Le journal
souligne qu’il s’agirait d’ «
une histoire de clans et de groupes où on en
serait même arrivés à s’espionner
mutuellement, à s’épier »,
et conclut : « Une chose est sûre : quand
on en arrive là, ce n’est pas bon signe
».
Qui l’eût dit, qui l’eût cru
? Bras séculier, ange protecteur, sorte d’Alpha
Yaya (NDLR : homme de confiance de Samory Touré
qui l’accompagna en exil et se fit enterrer à
ses côtés), il exposait jusqu’à
sa vie pour défendre le chef. Muet comme une
tombe sur les secrets d’Etat, il était
toujours parti pour conduire les coups les plus tordus
es qualité. Le voici maintenant dans le collimateur.
Est-ce, comme on le susurre parce qu’il s’oppose
à la liquidation du CDP au profit d’une
nouvelle structure destinée à porter François
Compaoré au rang de successeur indiscuté
? Est-ce parce que, dans le sillage du chef de l’Etat,
la conviction se renforce qu’il faut des changements
qui aillent jusqu’à une alternance interne
et que déjà les prétentions s’aiguisent,
faisant de lui un obstacle à réduire ?
Ou est-ce tout simplement parce que l’usure du
pouvoir aidant et les contrepouvoirs extérieurs
pour la plupart domestiqués, les oppositions
politiques ont rejailli à l’intérieur
même du parti au pouvoir pour mettre face à
face les partenaires du même camp ?
C’est possible mais tout cela fait partie des
choses que l’on voyait venir. Si l’on ferme
la porte à toute critique dans une société
politique, que l’on méprise le droit à
la différence et à l’alternance
démocratique, portés principalement par
le pluralisme politique, on court le risque de blocages
institutionnels et de transposition des contradictions
politiques externes normales, à l’intérieur
même du régime avec tout ce que cela peut
entraîner comme secousses. D’où toutes
ces craintes autour de l’affaire Salif Diallo
mais aussi de celle de la deuxième orange, Simon
Compaoré, puisque lui aussi, fidèle et
coutumier des prises de risques pour sauvegarder son
patron et le système, se trouve jeté en
pâture à la vindicte de l’opinion
à cause d’un rapport de la Cour des comptes
qui n’aurait pas pu voir le jour sans la bénédiction
du grand manitou.
En effet, le même Observateur Paalga n° 6949
du jeudi 16 août 2007 souligne à propos
de ce rapport que selon certains avis, il serait rédigé
« dans l’intention de nuire aux institutions
et aux personnalités concernées, en l’occurrence
Simon Compaoré ». Il explique qu’à
« l’intérieur du régime, de
gros bonnets voudraient donc tuer politiquement le maire
de Ouagadougou (par exemple) par le biais de la Cour
des comptes et réduire ainsi le nombre de prétendants
au trône ou, au moins, le nombre de courtisans
», et conclut à son tour que ce rapport
n’ayant pas été fait dans l’ignorance
de Blaise Compaoré, « c’est à
lui que le bourgmestre de la capitale devrait s’en
prendre et non pas au président de la Cour des
Comptes ». Sale temps pour la république,
quatrième du nom !
Mais
le grand hic ici, c’est que Salif Diallo et le
bourgmestre de Ouagadougou, s’ils n’étaient
rien sans leur boss au commencement de leur aventure
commune, ont au fil des années, gagné
en galons, en solides relations, en secrets monnayables,
en trésors de guerre amassés, se fidélisant
ainsi une clientèle et des lieutenants prêts
à faire pour eux ce que hier eux-mêmes
faisaient pour leur Capitaine. Et c’est là
toutes les craintes mais aussi toutes les espérances
que drainent les spéculations qui entourent cette
situation.
La Rédaction