AFFAIRE
FATIMA
LA JURISPRUDENCE ITALIENNE FERAIT-ELLE DROIT A
LA CHARIA ?
Ce
qui vient de se passer en Italie est tout simplement
renversant.
Saisie d’une affaire de séquestration
et de mauvais traitements de parents vis-à-vis
de leur enfant, la justice a donné raison
aux parents. La jeune fille Fatima est une Musulmane
résidant en Italie. Elle avait été
séquestrée et attachée à
une chaise puis libérée uniquement
pour être brutalement battue par ses parents,
qui voulaient la punir parce qu'elle fréquentait
un ami et plus généralement pour
son style de vie jugé indigné d’une
bonne musulmane. La justice mettra donc hors de
cause ses parents sous prétexte d’être
saisie d’une affaire purement religieuse,
au demeurant justifiée par le souci de
donner une bonne éducation à un
enfant. Il ne faut pas s’étonner
que cela provoque une vague de protestation à
travers l’Italie et bien de pays.
Cette décision est totalement rétrograde
et dangereuse à l’excès. A
un moment où la communauté internationale
est mobilisée contre les mauvais traitements
que subissent les enfants, contre les atteintes
aux droits de la femme, il est tout simplement
aberrant de voir l’Italie, qui figure parmi
les pays plutôt regardants sur les droits
de l’homme, déraper à ce point.
Une chose est de respecter le multiculturalisme
et de combattre l’intolérance ethnique
et religieuse qu’on observe dans bien de
pays, une autre est d’affaisser les bases
sur lesquelles reposent la morale et le droit
international et de se rendre complice de pratiques
barbares qui portent atteinte au droit des enfants
et des femmes.
Cette décision est dangereuse parce qu’elle
pourrait ouvrir la porte à une jurisprudence
confirmative non seulement en Italie mais dans
bien d’autres pays du monde. Il y a un procès
qui pointe le mois prochain en Italie : celui
du meurtre d’une jeune Pakistanaise, Hina
Saleem, qui a été égorgée
par son père qui ne tolérait pas
qu’elle se dévergonde.
Si l’on s’en tient au jugement entrepris
dans l’affaire Fatima, on pourrait imaginer
que les défenseurs du père de la
défunte pakistanaise, se fondent sur les
mêmes considérations pour obtenir
en faveur de leur cliente, une décision
clémente de la justice. Bonjour alors tous
les crimes d’honneur qui déjà
en hausse dans le monde, y trouveront une consécration
parfaite.
Le plus terrible dans toute cette affaire, c’est
qu’on trouve même des Musulmans qui
ne sont pas d’accord avec cette sentence.
Ainsi, Souad Sbai, présidente de l’Association
des femmes marocaines, s’est insurgée
en ces termes : « c’est une honte.
(…) Au nom du multiculturalisme et du respect
des traditions, les juges appliquent deux types
de règles, l’une pour les Italiens,
l’autre pour les immigrés. Un père
catholique qui se serait comporté de la
sorte aurait été durement condamné
».
Pour bon nombre de Musulmans, c’est là
un mauvais signal donné à ceux qui
contestent que la religion puisse primer sur le
droit et qui, de toute façon, n’acceptent
pas que l’on mette sur le dos du Coran,
des pratiques aussi barbares que les séquestrations,
les maltraitances d’enfants, les mariages
forcés, l’excision … La justice
italienne, avec l’affaire Fatima, risque
de « booster » les radicaux de l’Islam
qui ont une interprétation minoritaire
et tout à fait iconoclaste du message d’Allah.
Alors, quelles que soient les raisons qui sont
à la base de cette décision, excès
de zèle, volonté de respecter le
multiculturalisme, peur du terrorisme, il faudra
qu’il y ait le plus rapidement possible,
une décision de rupture qui projette la
première décision, pour toujours,
dans le domaine de l’oubli. Les faux pas,
ça existe aussi en justice puisque celle-ci
est rendue par des hommes mais comme heureusement
on en a tenu compte dès les origines (en
créant plusieurs ordres de juridiction,
en instituant des appels et des cassations), on
a largement des moyens pour s’amender et
sortir au plus vite de ce cauchemar.
CY