Mise à jour le 26/08/2007
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San Finna N°428 du 27 Août au 02 Septembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
 

A vue de monde

AFFAIRE GUY ANDRE KIEFFER
SIMPLE NORMALISATION JUDICIAIRE
OU NOUVELLE OFFENSIVE CONTRE LA COTE D’IVOIRE ?

Alors que l’affaire « André Kieffer », à la faveur du témoignage de Berté Seydou, occupe la plupart des médias, deux fenêtres de lecture se dégagent par rapport à l’évènement. Il y a celle qui laisse entrevoir une simple volonté de Nicolas Sarkozy de rétablir la justice dans ses droits et celle qui met en relief une détermination à replonger la Côte d’Ivoire dans la crise.

Si dans un premier réflexe, on s’attache au contexte général de la réhabilitation des institutions républicaines et donc à la redynamisation de la justice prônée par Sarkozy, on ne devrait pas en principe s’étonner outre mesure que le dossier Kieffer revienne au-devant de la scène. Après l’élection du nouveau président français, ne sent-on pas en effet comme une révolution dans la maison de Thémis en France ? Ces chefs d’Etat africains, qui sont l’objet d’enquêtes pour fortunes mal acquises, ce dossier du « Beach » qu’on croyait à jamais scellé et qui est déverrouillé, cet ancien premier Ministre mis en examen et cet ancien président auditionné en tant que témoin assisté, si cela n’est pas significatif d’un tsunami judiciaire, qu’est-ce que c’est alors ?

Reconnaissons à tout le moins qu’il y a là une lame de fond qui pourrait, dans son déroulement, envelopper bien d’autres affaires comme l’affaire Borrel ou l’affaire des ingérences imputées à la France en Afrique. On pourrait ici ne pas être chiche en bons points pour Nicolas Sarkozy, et même à l’étranger, qui se plaindrait de cet accès de justice, d’égalité, de fraternité, qui amène les autorités françaises à s’investir, au-delà de la cause des infirmières libyennes et des ayants droit de Hariri, dans celles de Aun San Suu Kyi, d’Ingrid Betancourt ou peut-être demain dans le dossier des ayants droit de Norbert Zongo ? Il y a là tout un chantier qui pourrait valoir une place au Panthéon à Nicolas Sarkozy.

Mais d’un autre côté, si l’on s’en tient aux réactions timides de la France par rapport à l’Accord de Ouagadougou, à ses lenteurs à montrer les changements dans sa politique africaine et surtout ivoirienne, on peut se poser des questions sur cette soudaine impulsion de l’affaire Kieffer, cette embardée qui intervient curieusement au moment même ou le patron du RDR, ami supposé de Nicolas Sarkozy, lance son grand meeting de rentrée à Montreuil.

Les questions inquièteront encore plus si on les met en perspective avec certains faits consécutifs à la signature de l’Accord de Ouagadougou : l’attentat de Bouaké qui a fait des morts et des blessés et qui s’est produit au nez et à la barbe des forces impartiales, la grogne récente dans l’armée dont on dit qu’elle aurait été alimentée par des mains extérieures.. Pas étonnant que l’on tende insidieusement à se retrouver à l’époque des grandes suspicions entre la France et la Côte d’Ivoire et à tirer à conclusion, en voyant que dans le même temps que la famille Kieffer était reçue à l’Elysée, les médias faisaient leurs choux gras en reportage et autres commentaires de la déposition de Berté Seydou.

Si l’on voulait en effet donner des preuves à ceux qui n’en ont jamais douté que Sarkozy pourrait à sa façon, perpétuer la politique de Jacques Chirac, on ne s’y serait pas pris autrement. Et en cette période où l’on est à quelques petites encablures de la sortie de crise, cette espèce de projectile politico-médiatique peut apparaître comme tous ces autres actes de plasticage qui ont parsemé les efforts de réconciliation nationale, à chaque fois qu’une perspective heureuse s’annonçait.

Mais encore une fois, la maladresse a dominé. Dans un pays où la présomption d’innocence a valeur constitutionnelle, voir une chaîne de télévision prendre publiquement partie pour l’ accusation en parlant de « coups tordus du régime Gbagbo » est tout à fait scandaleux. Scandaleux mais aussi inconséquent car on ne peut pas imaginer qu’un régime qu’on fait passer pour expert en coups tordus de tout genre puisse après un acte aussi grave que l’élimination d’un journaliste franco-canadien, ne pas procéder à un nettoyage en règle et laisser un témoin comme Berté Seydou vaquer normalement à ses occupations jusqu’à ce jour sans chercher à le corrompre ou à le faire disparaître. Ce n’est plus de l’amateurisme, c’est de la pure irresponsabilité !

Mais de la personnalité du témoin et de la valeur à accorder à ses propos, on en saura certainement plus les jours qui viennent. Pour sa part, le Procureur de la République à Abidjan les a balayés du revers de la main comme n’étant pas « constitutifs d’éléments nouveaux » et pire, comme étant des « affabulations ». Et beaucoup dénoncent déjà ses variations dans son témoignage qui pourraient être symptomatiques d’une instrumentalisation. Dans ces temps durs, on est prêt à tout !

Ce qui serait souhaitable eu égard aux efforts accomplis par les uns et les autres jusqu’à présent dans ce dossier ivoirien, c’est qu’enfin, viennent de Nicolas Sarkozy (qui n’est pas jusqu’à preuve du contraire un velléitaire, un homme qui lambine), des signaux forts pour provoquer le dégel tant attendu entre la France et la Côte d’Ivoire et convaincre de sa volonté à être un acteur dynamique et impartial de la paix. C’est ça qui nous fera sortir de cette situation de malaise propice à toutes ces détestables et dangereuses surenchères.

V.T





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