San
Finna N°428 du
27 Août au 02 Septembre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
AFFAIRE
GUY ANDRE KIEFFER
SIMPLE NORMALISATION JUDICIAIRE
OU NOUVELLE OFFENSIVE CONTRE LA COTE D’IVOIRE ?
Alors
que l’affaire « André Kieffer »,
à la faveur du témoignage de Berté
Seydou, occupe la plupart des médias, deux fenêtres
de lecture se dégagent par rapport à l’évènement.
Il y a celle qui laisse entrevoir une simple volonté
de Nicolas Sarkozy de rétablir la justice dans
ses droits et celle qui met en relief une détermination
à replonger la Côte d’Ivoire dans la
crise.
Si dans un premier
réflexe, on s’attache au contexte général
de la réhabilitation des institutions républicaines
et donc à la redynamisation de la justice prônée
par Sarkozy, on ne devrait pas en principe s’étonner
outre mesure que le dossier Kieffer revienne au-devant
de la scène. Après l’élection
du nouveau président français, ne sent-on
pas en effet comme une révolution dans la maison
de Thémis en France ? Ces chefs d’Etat africains,
qui sont l’objet d’enquêtes pour fortunes
mal acquises, ce dossier du « Beach » qu’on
croyait à jamais scellé et qui est déverrouillé,
cet ancien premier Ministre mis en examen et cet ancien
président auditionné en tant que témoin
assisté, si cela n’est pas significatif d’un
tsunami judiciaire, qu’est-ce que c’est alors
?
Reconnaissons à tout le moins qu’il y a là
une lame de fond qui pourrait, dans son déroulement,
envelopper bien d’autres affaires comme l’affaire
Borrel ou l’affaire des ingérences imputées
à la France en Afrique. On pourrait ici ne pas
être chiche en bons points pour Nicolas Sarkozy,
et même à l’étranger, qui se
plaindrait de cet accès de justice, d’égalité,
de fraternité, qui amène les autorités
françaises à s’investir, au-delà
de la cause des infirmières libyennes et des ayants
droit de Hariri, dans celles de Aun San Suu Kyi, d’Ingrid
Betancourt ou peut-être demain dans le dossier des
ayants droit de Norbert Zongo ? Il y a là tout
un chantier qui pourrait valoir une place au Panthéon
à Nicolas Sarkozy.
Mais d’un autre côté, si l’on
s’en tient aux réactions timides de la France
par rapport à l’Accord de Ouagadougou, à
ses lenteurs à montrer les changements dans sa
politique africaine et surtout ivoirienne, on peut se
poser des questions sur cette soudaine impulsion de l’affaire
Kieffer, cette embardée qui intervient curieusement
au moment même ou le patron du RDR, ami supposé
de Nicolas Sarkozy, lance son grand meeting de rentrée
à Montreuil.
Les questions inquièteront encore plus si on les
met en perspective avec certains faits consécutifs
à la signature de l’Accord de Ouagadougou
: l’attentat de Bouaké qui a fait des morts
et des blessés et qui s’est produit au nez
et à la barbe des forces impartiales, la grogne
récente dans l’armée dont on dit qu’elle
aurait été alimentée par des mains
extérieures.. Pas étonnant que l’on
tende insidieusement à se retrouver à l’époque
des grandes suspicions entre la France et la Côte
d’Ivoire et à tirer à conclusion,
en voyant que dans le même temps que la famille
Kieffer était reçue à l’Elysée,
les médias faisaient leurs choux gras en reportage
et autres commentaires de la déposition de Berté
Seydou.
Si l’on voulait en effet donner des preuves à
ceux qui n’en ont jamais douté que Sarkozy
pourrait à sa façon, perpétuer la
politique de Jacques Chirac, on ne s’y serait pas
pris autrement. Et en cette période où l’on
est à quelques petites encablures de la sortie
de crise, cette espèce de projectile politico-médiatique
peut apparaître comme tous ces autres actes de plasticage
qui ont parsemé les efforts de réconciliation
nationale, à chaque fois qu’une perspective
heureuse s’annonçait.
Mais encore une fois, la maladresse a dominé. Dans
un pays où la présomption d’innocence
a valeur constitutionnelle, voir une chaîne de télévision
prendre publiquement partie pour l’ accusation en
parlant de « coups tordus du régime Gbagbo
» est tout à fait scandaleux. Scandaleux
mais aussi inconséquent car on ne peut pas imaginer
qu’un régime qu’on fait passer pour
expert en coups tordus de tout genre puisse après
un acte aussi grave que l’élimination d’un
journaliste franco-canadien, ne pas procéder à
un nettoyage en règle et laisser un témoin
comme Berté Seydou vaquer normalement à
ses occupations jusqu’à ce jour sans chercher
à le corrompre ou à le faire disparaître.
Ce n’est plus de l’amateurisme, c’est
de la pure irresponsabilité !
Mais de la personnalité du témoin et de
la valeur à accorder à ses propos, on en
saura certainement plus les jours qui viennent. Pour sa
part, le Procureur de la République à Abidjan
les a balayés du revers de la main comme n’étant
pas « constitutifs d’éléments
nouveaux » et pire, comme étant des «
affabulations ». Et beaucoup dénoncent déjà
ses variations dans son témoignage qui pourraient
être symptomatiques d’une instrumentalisation.
Dans ces temps durs, on est prêt à tout !
Ce qui serait souhaitable eu égard aux efforts
accomplis par les uns et les autres jusqu’à
présent dans ce dossier ivoirien, c’est qu’enfin,
viennent de Nicolas Sarkozy (qui n’est pas jusqu’à
preuve du contraire un velléitaire, un homme qui
lambine), des signaux forts pour provoquer le dégel
tant attendu entre la France et la Côte d’Ivoire
et convaincre de sa volonté à être
un acteur dynamique et impartial de la paix. C’est
ça qui nous fera sortir de cette situation de malaise
propice à toutes ces détestables et dangereuses
surenchères.