San
Finna N°428 du
27 Août au 02 Septembre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
RECONDUCTION
DES SANS-PAPIERS
POLEMIQUE AUTOUR DE POLICIERS FRANÇAIS MOLESTES
A CONAKRY
Bien avant son élection, Nicolas Sarkozy avait
annoncé les couleurs : la France avec lui aux commandes
ne sera plus une passoire à immigrés. Pour
faire dans la franchise, en pleine période de pré
campagne, il s’était même rendu en
terre d’Afrique pour le signifier aux Africains,
leur expliquer les yeux dans les yeux que la France allait
dorénavant choisir ses immigrés.
C’est vrai
qu’il a par la suite consenti une bonification sémantique
en passant de l’immigration choisie à l’immigration
concertée mais dans le fond, la différence
est bien ténue. Cette politique déjà
en œuvre dans toute sa rigueur (et parfois dans sa
brutalité) blesse dans leur chair et dans leur
dignité les expulsés, heurte dans leur orgueil
national les gouvernants africains, et dans leurs sentiments,
les équipages des vols ainsi que les passagers.
Cela fait beaucoup de mécontents et n’est
pas de nature à rehausser l’image des compagnies
sollicitées pour les rapatriements et en particulier
celle de Air France, qui se vante de « Faire du
ciel le plus bel endroit de la terre ». Lisez ce
qu’en retient un passager d’Air France, qui
a assisté –complètement bouleversé
alors qu’il voyageait avec son enfant de 5 ans-
à une tentative de reconduite musclée qui
a finalement échoué grâce à
la mobilisation des passagers : «Nous voilà
complices par la force d’une politique et d’une
procédure d’expulsion que la plupart d’entre
nous réprouvent » (lu sur le site de l’UFC).
Notons d’ailleurs, par rapport à la compagnie
Air France, que les élus du comité central
d’entreprise ont voté mardi surpassé,
une motion demandant l’arrêt des expulsions
des immigrés clandestins sur les vols de la compagnie
car pour eux, selon un employé CGT, Ali Bouzara
: «Ce n'est pas la vocation de la compagnie, ni
d'un pilote de ramener des gens par la force» et
aussi que ces expulsions «nuisent à l’image
de marque de la compagnie…Cela pose des problèmes
d’éthique. Les personnels ne veulent pas
être considérés comme des auxiliaires
de police». La polémique continue de battre
son plein même si les actionnaires ne veulent pas
se prononcer sur la motion et que le PDG d'Air France-KLM
affirme que les compagnies aériennes devaient "prêter
leur concours" aux autorités. Par contre,
rapporte Le Figaro, les actionnaires d’Air Canada
ont voté l’arrêt des expulsions sur
les vols commerciaux et depuis le 1er janvier 2007, plus
aucun clandestin ne figure sur la liste des passagers
de la compagnie canadienne. Il n’est pas exclu que
ça fasse finalement jurisprudence.
En tout cas, les incidents se multiplient de plus en plus,
témoignant de la nécessité de repenser
cette politique de retour forcé, et c’est
encore la leçon qui nous vient de Conakry.
Des policiers français, qui y reconduisaient deux
expulsés, ont été molestés.
Il faut dire d’entrée de jeu que ce n’est
pas tolérable que des fonctionnaires de l’Etat,
qui ne font que leur travail, se retrouvent traités
de la sorte. Et l’on comprend dans ces conditions
que les autorités guinéennes aient exprimé
leur regret aux autorités françaises.
Mais là où les choses se compliquent, c’est
lorsque les policiers français affirment qu’ils
ont été violentés par des confrères
guinéens et que Mme Alliot Marie, ministre français
de l’Intérieur, au débotté,
saisisse l’opinion pour déclarer que la Guinée
avait sur l’incident, formulé des excuses.
Cette présentation des choses, en effet, a entraîné
des rectifications et une polémique sur les expulsions.
D’abord, ce sont les policiers guinéens qui
se sont plaints d’être victimes de fausses
accusations de brutalités sur leurs collègues
français alors qu’ au contraire, les voyant
molestés, ils ont accouru pour les défendre.
Ensuite, c’est le gouvernement guinéen qui
a réagi pour recadrer les choses afin de ne pas
se trouver en porte-à-faux avec ses policiers et
son opinion qui, on le sait, ont depuis Sékou Touré,
la susceptibilité à fleur de peau : «
Des regrets ont été formulés à
l'endroit de la France mais pas d'excuses, car la France
est le seul pays au monde qui rapatrie les ressortissants
d'autres pays sans en avertir les autorités »
(Bo Keïta, conseiller du Ministre guinéen
de l’Intérieur et de la Sécurité
in Le Figaro).
Mais si cette affaire fait autant de bruit, c’est
parce qu’au-delà de l’incident, elle
remet sur le tapis les principes et les modalités
de ces expulsions à la française. Elles
laissent beaucoup à désirer en raison de
leur caractère parfois déshumanisant mais
aussi souvent vexatoires pour les Etats de retour qui
voient ramener des rapatriés chez eux que l’on
jette comme des sacs poubelles dans des dépotoirs,
à l’insu des autorités des pays de
retour. Cela ne peut que provoquer des ressentiments dans
bien de pays africains et au-delà car la solidarité
humaine, ça existe encore malgré tout !
Au
total, chaque Etat est libre de construire sa politique
d’immigration. Il n’est pas déconseillé
cependant de souhaiter qu’elle se fasse dans le
respect de la dignité des rapatriés et de
la considération due aux Etats d’origine
de ceux-ci.
TN
DERNIERE
MINUTE : On apprend, au moment de boucler,
qu’un des Guinéens expulsés portait
des traces de violences et les autorités guinéennes
ont demandé aux enquêteurs d’en tenir
compte et de le faire mentionner dans les pièces
de justice.